Pour commémorer les 34 ans de la création du journal L’IGUANE, dont la parution s’est échelonnée entre décembre 1989 et juin 1994, soit 28 numéros de 8 pages chacun, livrant aux lecteurs de l’époque 224 pages de réflexions, d’informations politiques, culturelles et sportives, j’ai le plaisir de vous proposer une série de chroniques parues au cours de ces années 90.
Les premières de ces chroniques rapporteront les souvenirs de notre regretté ami Félix FOY, grand connaisseur de notre histoire pas si lointaine, malheureusement décédé en août 2015 et à qui nous avons rendu hommage en son temps sur ce blog. Voir lien ci-dessous.
Quelques faits ayant marqué mon enfance de petit Saintois durant les années 1939-1945.
Il m’est resté le souvenir de Monsieur Irénée BONBON, notre ancien secrétaire de mairie, qui fut aussi le premier Saintois à devenir opérateur-radio.
En poste en 1939 à la station de T.S.F. du Morne Rouge à Terre-de-Haut, il eut la désagréable surprise de capter le télégramme annonçant l’entrée en guerre de la France. Message transmis aussitôt à Monsieur Théodore SAMSON, maire de notre commune en ce temps-là, qui fit sonner le tocsin et dépêcha notre policier, Monsieur Justin TRAJA dit « Tintin », pour alerter la population.
Tintin donna de sa clochette en tous les points importants de notre village pour rassembler la population et lire la déclaration d’entrée en guerre de la France et de l’Angleterre contre l’Allemagne.
Grande émotion ce jour-là ! Des parents pleuraient leurs enfants installés en France, d’autres pensaient à leurs garçons de 20 ans. Ces derniers, insouciants, arboraient une certaine fierté à la pensée de pouvoir bientôt se battre.
Ce fut un triste après-midi que celui du 3 septembre 1939.
Ce même soir, tous les Saintois se retrouvèrent groupés autour des maisons BELMONT et BERTILLE. Ces messieurs étant les seuls possesseurs de radios de l’île, postes alimentés par batteries, qui elles-mêmes étaient rechargées par éoliennes puisque nous n’avions pas encore d’électricité secteur aux Saintes.
Durant toute la guerre, les vérandas BERTILLE et BELMONT accueillaient tous ceux qui voulaient suivre ces événements.
Monsieur Raoul BERTILLE, percepteur chez nous, était locataire de la maison Octave DABRIOU, située tout de suite à gauche de notre église. Monsieur BELMONT habitait une villa juste derrière la cantine actuelle, sur un petit chemin qui conduit à Marigot et dont M. Eugène SAMSON était alors le propriétaire.
Peut-être qu’une plaque pourrait signaler à la population et aux visiteurs de notre île que ces maisons ont un petit passé historique !
Toujours ce même soir du 3 Septembre, le D’ENTRECASTAUX, Aviso de la marine nationale, en rade de Terre-de-Haut, appareille rapidement pour Fort de France.
Les choses se mettent en place.
L’Armée s’installe au Fort Napoléon, à la batterie du Morne Rouge, à la Caserne du Mouillage. Toutes les maisons libres sont réquisitionnées pour loger officiers et sous-officiers.
Monsieur TONTON (époux de Madeleine BONBON) et Monsieur Joseph MICHEL (époux de Gilberte PETIT), sont affectés à la Vigie et au sémaphore de la Tour du Chameau.
Monsieur Irénée BONBON assure d’une manière permanente les écoutes-radio, aidé en cela par à partir de 1940 par sa jeune épouse Florestine SAMSON qui lui tient compagnie chaque nuit à la TSF.
Forts de tout cela, nous chantions : « Nou ka monté blo blo blo. Nous ka monté blo en dos à Hiclè. » (Lire Hitler !)
Texte de Félix FOY paru dans L’IGUANE N° 22 de mars 1993 Publication de Raymond Joyeux Le 20 avril 2023
C’est avec une immense tristesse et une très vive émotion que nous avons appris le décès de notre compatriote Christian Cassin survenu à l’âge de 82 ans au matin du dimanche 2 avril 2023 à son domicile de Terre-de-Haut. Ami d’enfance de Christian, je suis personnellement très touché par cette disparition et adresse à son épouse Christiane, à ses enfants, ses petits enfants et ses proches, mes plus sincères condoléances. Élevé par sa mère célibataire, Madame Edwige Cassin, agricultrice à l’époque et institutrice d’école payée, Christian avait reçu une éducation à l’ancienne dans le respect des valeurs sociales et chrétiennes, et, comme moi, avait été longtemps enfant de chœur attaché à l’église de la paroisse sous le ministère du Père Jean-Marie Offrédo. Pour lui rendre hommage, je me permets de reproduire ici un passage de mon ouvrage, Fragments d’une enfance saintoise publié en 2020 chez CaraîbÉditions que je lui avais dédié en ces termes : À Christian Cassin, mon camarade d’autel, des mornes d’En-Fond et des tourterelles.
L’école buissonnière et la leçon de morale
Mon amitié avec Christian ne consistait pas seulement à nous voir invariablement, chaque jour, pour servir la messe le matin et partir à la chasse aux oiseaux les fins d’après-midi.
Paradoxalement, il ne venait chez moi, au bord de la mer, que pour emprisonner les tourterelles dans notre cage, les nourrir et exceptionnellement les faire rôtir et les manger après les avoir copieusement pimentées et assaisonnées. Je me rendais en revanche régulièrement chez sa mère, qui vivait seule avec lui et qui s’absentait souvent pour aller voir ses bêtes d’En-Fond, et ramener à la maison des paniers de pommes cannelles, de cajous juteux, de mangues et de goyaves parfumées récoltés sur ses terres.
Mes parents et la mère de mon camarade, Mme Edwige, appréciaient notre amitié et savaient que, quand je partais le matin pour l’école, je ne manquais jamais de faire une halte chez Christian pour caresser son chien Tarot et continuer ma route avec lui, sac au dos, poches remplies de noix séchées ou de mabs, ces fragiles et éphémères billes marron, dites caca-chat’, que nous fabriquions avec de la terre glaise…
Un soir que nous revenions des mornes et que nous n’avions pas eu le temps d’apprendre nos leçons ni de faire nos devoirs, nous décidâmes secrètement, Christian et moi, de ne pas nous rendre à l’école le lendemain.
Paysage d’En-Fond – Photo Raymond Joyeux
Le matin venu, pour ne pas alerter ma mère, après être rentré de la messe et avoir ingurgité comme d’habitude ma mixture d’eau de café et de farine de manioc, chauffée au charbon de bois du potager de la cuisine, je pris mes affaires en même temps que le chemin de l’école et, sous les aboiements joyeux de Tarot, entrai directement chez Christian, comme si de rien n’était.
Sa mère étant partie depuis longtemps vaquer à ses occupations de petite propriétaire terrienne, nous étions assurés d’être tranquilles toute la matinée, au moins jusqu’à onze heures, signal de la sortie des classes et du retour habituel de Mme Edwige.
C’était naïvement sans compter sur la sagacité bienveillante des voisines de la mère de mon camarade, et surtout de ma tante Irène, à qui je devais impérativement donner le bonjour en passant chaque matin à heure fixe devant chez elle.
Toujours est-il qu’avant huit heures, à peine enfermés dans la maison, sans avoir eu le temps de réfléchir à la meilleure façon d’organiser notre matinée buissonnière, et alors que nous devions être alignés devant l’école à chanter joyeusement sous la férule de M. Dévarieux, notre instituteur, Tarot se mit à grogner et à japper, tirant furieusement sur sa chaîne, dans la petite cour fermée de mon camarade.
Le cœur battant, tapis dans l’obscurité pourtant rassurante de la maison, nous épiions à travers les persiennes pour savoir qui avait bien pu, si tôt et de façon si imprévue, pousser la porte-barrière et entrer dans la cour sans y être invité.
Ce n’était ni plus ni moins que ma mère qui m’exhortait à sortir immédiatement de ma cachette et à me présenter devant elle. Armée d’une brassée de lignes de traîne, rêches de sel et grosses comme un petit doigt, elle m’attendait de pied ferme pour me corriger comme il le fallait.
Quelques personnes s’étaient déjà attroupées dans la rue, attendant l’exécution de la sentence, comme autrefois la foule assoiffée de sang et de haine au pied de la guillotine ou de la potence.
Trahi et pris au piège, iguane terrorisé, pourchassé par des enfants en maraude, je n’avais que la solution de sortir de mon terrier et de courir au plus vite pour échapper à la colère de ma mère et aux lanières empesées de son martinet improvisé.
C’est ce que je fis, sous les aboiements compatissants de Tarot et les désapprobations de la petite foule à mon égard. Mes affaires d’école bien serrées sous le bras, je réussis à éviter le plus gros des coups et à courir jusqu’à la maison pour attendre stoïquement l’arrivée de ma mère, laquelle me poursuivait à distance de ses réprimandes, me menaçant de son redoutable fouet.
Furieuse de mon attitude, elle refusa d’écouter mes explications et n’entendait nullement laisser passer l’occasion de me donner une fois pour toutes une bonne correction. Et c’est le visage baigné de larmes, tentant d’esquiver la volée de lignes qui me cinglait les jambes, que je l’entendais s’emporter, me promettant pis que pendre, m’interdisant de revoir Christian :
– Désormais tu resteras à la maison à faire tes devoirs au lieu d’aller driver et perdre ton temps dans les raziés. Les tourterelles, c’est fini, fini, bien fini !
Entre deux sanglots, incapable de prononcer la moindre parole cohérente, et prenant tout à coup conscience des conséquences de notre escapade lamentablement ratée, je réussis à formuler un vague pardon et à balbutier dans un hoquet :
– Non, maman… s’il te plaît… pas… pas les tourterelles… pas les tourterelles.
Puis, lorsque, contraint et forcé, les yeux rougis, les fesses endolories et les jambes zébrées comme deux maigres orphies sorties du gril, j’arrivai honteux à l’école avec une heure de retard, sans un mot, je rejoignis Christian derrière le tableau, tête basse, à genoux sur sa règle carrée. Mais avant d’occuper ma place de paria en compagnie de mon camarade d’infortune, j’avais eu le temps de lire à la dérobée la sentence de la leçon de morale du jour que M. Dévarieux, la mine renfrognée, n’avait pas encore effacée ou avait volontairement laissée au tableau à notre intention :
« Je dois mériter la confiance de mes parents et de mes maîtres et ne jamais faire l’école buissonnière.
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Adieu l’ami, et merci pour ta belle amitié. Ce que nous avons vécu ensemble du temps de notre enfance à Terre-de-Haut restera toujours présent dans mes souvenirs. À ta famille éprouvée je souhaite courage et sérénité et l’assure de mon entière sympathie.
Texte de Raymond Joyeux extrait de Fragments d’une enfance saintoise CaraïbÉditions – Juillet 2020 Un grand merci à Cerdan Procida pour la photo de Christian.
Sa santé s’était dégradée ces dernières semaines et c’est le mercredi 7 septembre 2022, à l’âge de 84 ans, que Georges Vincent s’est éteint. Ses obsèques se sont déroulées le mardi 13 à Terre-de-Haut, en présence d’une foule considérable. Car s’il était archi connu aux Saintes, il l’était aussi en Guadeloupe continentale où il avait de la famille et de nombreux amis et connaissances.
Photo communiquée par Jean-Léon Vincent
Une enfance saintoise
Né d’un père charpentier de renom et d’une mère au foyer, mais élevé en grande partie par sa grand-mère, Mme Floresty, dans une petite maison-bistrot jouxtant l’actuel Café de la Marine, Georges Vincent a suivi sa scolarité primaire à Terre-de-Haut avant d’aller poursuivre ses études secondaires au lycée de Basse-Terre en Guadeloupe dite continentale. Inscrit dans une pension de famille, il a maintes fois raconté les vexations et moqueries qu’il subissait de la part de ses condisciples, à une époque où les jeunes Saintois expatriés étaient considérés par les Guadeloupéens comme des attardés mentaux et des déficients intellectuels. Ce qui ne l’a pas empêché d’obtenir quelques années plus tard une licence en droit à l’Institut Vizioz de Pointe-à-Pitre.
Cours élémentaire Terre-de-Haut 1945 – Georges est le premier garçon à droite au 2ème rang
Un fonctionnaire compétent et assidu
Entré dans l’administration communale comme secrétaire adjoint en 1960, à l’âge de 22 ans, sous la mandature de Georges Azincourt qui succéda au maire Théodore Samson, mystérieusement décédé à la gendarmerie deux ans plus tôt, Georges profita d’une formation sur place en mairie, sous la houlette de M. Irénée Bonbon, secrétaire titulaire, qu’il remplaça au départ à la retraite de ce dernier, jusqu’à la date de sa propre retraite prise à 62 ans en l’an 2000, année symbolique… après 40 ans de bons et loyaux services, formule qui, en l’occurrence, concernant Georges, est une réalité, davantage en tout cas qu’une simple et banale figure de style.
Au cours de ses 40 années de fonction, désireux de se perfectionner et d’actualiser ses compétences au gré des nombreuses réformes administratives, notre ami ne manquait jamais un stage de formation et compensait ses journées d’absence par une assiduité sans faille à la mairie, travaillant du 1er janvier au 31 décembre, nous dit son cousin Jean-Léon, sans tenir compte des jours fériés et n’ayant pris qu’une seule période de congé de toute sa longue carrière.
Mairie de Terre-de-Haut -1960-70 – Photo Raymond Joyeux
Féru de politique, d’histoire, de littérature et de grande musique
Ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé notre ami Georges Vincent, ou le rencontraient inopinément dans la rue, sur une place ou dans un bar, l’ont toujours vu un journal ou un livre sous le bras. Grand lecteur, intéressé au plus haut point par la politique internationale, nationale et locale, il était imbattable sur les partis, les hommes et les combinaisons politiques. Observateur privilégié de par ses fonctions de la mentalité de ses compatriotes Saintois et des méandres de la vie politique locale, fin connaisseur des difficultés à gérer une commune où chacun ne cherche le plus souvent qu’à défendre ses seuls intérêts, il répétait à qui voulait l’entendre « qu’il vaut mieux être maire à Paris qu’à Terre-de-Haut ». Mais ce que beaucoup ignoraient et ignorent peut-être encore, c’est que Georges était aussi un mélomane averti, amateur éclairé de musique classique et admirateur des grands artistes de la chanson comme Léo Ferré, Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Barbara… dont il connaissait les grands succès et en parlait avec enthousiasme et sincérité.
Chef d’entreprise et fêtard, impliqué dans la vie sociale et culturelle de son île
En dehors de ses fonctions à la mairie de Terre-de-Haut, Georges Vincent était un investisseur-né. Il fut le premier aux Saintes à ouvrir une agence locale d’Air Guadeloupe du temps où les avions de cette compagnie desservaient notre archipel. Puis il n’hésita pas à se lancer dans la restauration en créant avec des associés un premier établissement, Le Mouillage, puis, successivement, dans son propre immeuble le snack bar L’Escale suivi du First Food.
Activités qui ne l’empêchaient pas d’avoir une vie nocturne animée puisqu’avec des amis dont je faisais partie, nous passions jusque bien après minuit la plupart de nos soirées au Star, célèbre boîte de nuit saintoise de l’époque, tenue par l‘indomptable Marie Molza. Et c’était régulièrement chez ma mère que nous finissions nos nuits autour d’une soupe grasse ou d’un plat de poisson grillé… bien entendu, copieusement arrosés.
Ma rencontre personnelle et mon amitié avec Georges
Mais ma rencontre plus personnelle avec Georges Vincent date de l’année 1965 quand, revenu du service militaire et nommé comme enseignant à Terre-de-Haut, j’avais apporté dans mon barda l’idée et l’intention de créer le premier mensuel saintois d’informations politiques, culturelles et sportives dont j’avais déjà choisi le titre : L’ÉTRAVE.
Les trois premiers exemplaires de L’ÉTRAVE – Archives personnelles -Dessin d’Alain Foy
Et c’est tout naturellement avec Georges comme directeur du périodique et rédacteur occasionnel que nous avons commencé l’aventure. Avec comme collaborateurs attitrés le docteur Yves Espiand, André Allard, directeur de l’école primaire et le docteur Nègre, féru de cuisine et d’histoire des Antilles. C’était alors ma propre petite chambre-bureau chez mes parents qui nous servait de salle de réunion où nous concevions et rédigions nos articles, comme en témoigne la photo ci-dessous. Depuis cette date, nous étions devenus plus qu’amis et le sommes restés en dépit des aléas politiques et de la vie tout court qui auraient pu nous séparer. La dernière fois que j’ai vu Georges aux Saintes, en janvier ou février dernier, c’était pour lui annoncer le décès d’Yves Espiand alors que nous avions déjà perdu nos amis Alain Dufet, Loulou Martin, Alain Foy et Robert Manicom…
L’auteur avec Georges Vincent à gauche – TDH 1965 – Archives personnelles
Emporté par la maladie
Souffrant ces derniers mois de crises d’épilepsie, Georges Vincent a été à quatre reprises évacué par hélicoptère sanitaire depuis Terre-de-Haut, pour revenir chaque fois chez lui poursuivre sa vie de paisible retraité, apparemment sans grand problème. « Et c’est le jour où il s’est rendu de lui-même à l’hôpital, le vendredi 2 septembre 2022, pour un banal contrôle, nous informe son cousin Jean-Léon Vincent, qu’il n’est plus revenu, puisqu’il est décédé loin des Saintes, cinq jours plus tard, le mercredi 7 septembre. »
Georges Vincent restera dans la mémoire collective saintoise, en dépit de sa modestie légendaire, comme un personnage emblématique de notre commune. « Esprit vif, intelligent et cultivé, nous précise encore avec raison Jean-Léon, aimant passer son temps à lire et écouter de la musique classique, de Berlioz à Bach, adorant raconter des histoires inspirées de ses nombreuses lectures. »
À son fils Daniel à son frère Alain, à ses sœurs, à sa famille, ses proches et amis, nous présentons nos plus sincères condoléances et les assurons de notre plus profonde sympathie.
Adieu l’ami
Photo communiquée par Jean-Léon Vincent
Texte de Raymond Joyeux Publié le 19 septembre 2022
Avec les plus vifs remerciements de l’auteur à Pierrette Procida-Garçon et à Jean-Léon Vincent, cousin de Georges, pour leurs précieuses informations et photographies.
Nous apprenons avec la plus grande émotion et une immense tristesse le décès de notre ami et cousin Max Bourgeois survenu dans la nuit du lundi au mardi 9 août 2022. Créateur avec son frère Dominique des JARDINS de SAINT-ÉLOI connus dans toute la Guadeloupe et au-delà, Max, qui avait tout donné pour cette entreprise floralede renomaujourd’hui à l’arrêt, avait perdu son épouse l’an dernier des suites d’une longue maladie. À ses enfants, à ses sœurs Yvette et Michèle, à ses frères Camille et Dominique, à sa famille et à ses proches, nous adressons nos plus sincères condoléances et les assurons de notre soutien et de notre affection. En hommage à son travail d’innovateur et de mécène, nous rediffusons la chronique sur les Jardins de Saint-Éloi publiée en 2014. Raymond Joyeux
Les Jardins de Saint-Éloi, une entreprise à l’accent saintois
Une ancienne propriété agricole réputée
Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux
Avant d’être la célèbre exploitation florale que connaît aujourd’hui toute la Guadeloupe et, au-delà, nombre de visiteurs européens, amateurs de bouquets colorés de fleurs tropicales, l’Habitation Saint-Éloi était une propriété agricole appartenant à M. Victor LOGNOS, originaire de Terre-de-Haut et arrière petit-fils de Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes. Située au pied des Chutes du Carbet sur les hauteurs de l’Habituée, commune de Capesterre-Belle-Eau, cette habitation a longtemps été réputée pour sa production caféière, sa vanille, sa muscade, ses orangeraies, ses goyaviers et, bien entendu, sa bananeraie et ses racines potagères : malangas, madères, ignames. Des fleurs exotiques de toutes espèces poussant à l’état sauvage, agrémentaient déjà les sous-bois. À l’époque lointaine dont je parle, le site des chutes du Carbet était peu connu et pas du tout fréquenté car difficilement accessible. La route grossièrement pavée, partant de Saint-Sauveur, n’était praticable que par les gros véhicules 4×4, appelés chars, qui venaient se charger en bananes pour les transporter à Basse-Terre où les régimes étaient conditionnés en vue de leur expédition en Métropole.
1970 : premières ventes de plantes en pot et de fleurs coupées
Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux
Ce n’est qu’au début des années 1970 que Guadeloupéens et vacanciers commencèrent à emprunter en nombre cette route de l’Habituée, nouvellement mise aux normes et macada-misée, permettant ainsi l’accès au merveilleux site des Chutes du Carbetqui allait devenir la première destination touristique de la Guadeloupe proprement dite, les Saintes mises à part. Les années passant et les touristes devenant de plus en plus nombreux, Madame Marie Lognos, fille du propriétaire et épouse de Mr. Martin Bourgeois qui exploitait la propriété avec ses deux fils, eut l’idée d’orner les abords de la maison familiale, jouxtant la route des Chutes, avec des plantes d’agrément et de permettre aux touristes de visiter son jardin personnel. De fil en aiguille, le climat frais et humide de Saint-Éloi et sa terre volcanique fertile étant propices à la prolifération naturelle de fleurs exotiques, ce sont des bouquets de sa composition que Madame Bourgeois propose avec succès aux visiteurs jusqu’à la fin des années 80… En réalité jusqu’au passage du cyclone Gilbert en 1988.
1988 : les ravages de Gilbert
La production bananière de Saint-Éloi, vivotant au gré des fluctuations du marché, de la météo et des aléas de la commercialisation, c’est l’ouragan Gilbert, en septembre 1988 qui mettra brutalement et définitivement fin à son exploitation. Forts du succès de la production artisanale de fleurs, initiée par leur mère, les deux fils BOURGEOIS,Max et Dominique, eurent l’idée d’abandonner purement et simplement toute culture agricole d’exportation et de créer dès la fin de l’année 88 Les Jardins de Saint-Éloi, consacrés à la culture exclusive de fleurs tropicales.
1988 : Gilbert dévaste la bananeraie- Ph. R. Joyeux
Les débuts furent difficiles. Sans financement personnel, héritant d’un terrain accidenté, dévasté par l’ouragan, il leur fallut dans un premier temps, à la force du poignet, dégager le sol des moignons meurtris de la bananeraie, de sélectionner, d’assainir et d’aménager les espaces nécessaires à la production florale, d’installer à grands frais pépinières et ombrières et, dans un second temps, se préoccuper de trouver des débouchés commerciaux aussi bien localement qu’au plan national. Fruit des efforts de nos deux jeunes et courageux entrepreneurs, l’entreprise petit-à-petit s’organisa et prit de l’ampleur jusqu’à devenir en moins d’un an la première exploitation florale d’envergure de la Guadeloupe. C’était sans compter sur la folie meurtrière d’Hugo…
Après Hugo le terrible en 1989, un succès foudroyant
Alors que, grâce aux efforts physiques et financiers fournis, tout avait commencé pour le mieux, que les commandes affluaient et que l’exploitation prenait ses marques définitives, de nouvelles intempéries allaient anéantir le travail d’une année riche en réussite et en projets d’extension. Dans la nuit du 16 septembre 1989, un an presque jour pour jour après Gilbert, le cyclone Hugo dévastait la Guadeloupe et remettait tout par terre à Saint-Éloi, obligeant les responsables des Jardins à retrousser une nouvelle fois leurs manches. Et ce n’est que des mois plus tard, avec l’aide de la Région Guadeloupe, qu’ils réussirent à faire redémarrer l’entreprise, embauchant jusqu’à 27 employés permanents : secrétaire, manutentionnaires, jardiniers, livreurs… De 1990 à 2010, Les Jardins de Saint-Éloi volent de succès en succès. Sur 7 hectares, la production annuelle atteindra en 1997 le chiffre record de 450 000 fleurs, chiffre qui sera doublé en 98/99, toutes variétés exotiques confondues, livrées à domicile en Guadeloupe ou expédiées par chronopost en Métropole et dans toute l’Europe, bénéficiant opportunément du développement d’Internet et de l’informatique pour les commandes.
Activités de fleurissement et récompenses internationales
Outre les livraisons quotidiennes à domicile et un regain d’activité commerciale lors des différentes fêtes populaires telles que Noël, Fête des Mères, Saint-Valentin, Pâques et autres réjouissances, Les Jardins de Saint-Éloi ont été et sont toujours présents à de nombreuses manifestations tant locales que nationales et internationales : Jeux Olympiques d’Alberville en 1992, Congrès des Maires et Foire de Paris en 93, opération La Poste fleurie trois années de suite, Route du Rhum, tous les 4 ans à Saint-Malo depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui, Grand Pavois de la Rochelle, chaque année depuis 1996, Salon de l’Agriculture Porte de Versailles plusieurs années, Office municipal du tourisme de Trois-Rivières en Guadeloupe… Autant de prestations et d’excellence qui ont valu à Dominique et Max Bourgeois pour les Jardins de Saint-Éloi, deux fois la Médaille d’Or aux Floralies Internationales de Nantes en 94 et 99, devant plus de 250 concurrents de toutes nationalités.
Une bactérie venue de Hawaï
Ombrières momentanément délaissées – Ph. R.Joyeux
Toute médaille, fût-elle d’or, ayant malheureusement son revers, en 1993, une bactérie maligne, en provenance présumée de Hawaï, présente dans des plants d’une nouvelle variété florale mise au point en laboratoire, commença à se répandre aux Antilles et dans toutes les exploitations florales de Guadeloupe. Celle de nos amis n’échappa pas à la règle. Au fur et à mesure de sa lente prolifération, les ombrières de Saint-Éloi et une partie du sol environnant furent contaminées. La maladie mit des années à se manifester, alors que la cellule de l’INRA spécialisée dans l’étude des parades phytosanitaires venait précisément de quitter le département, obligeant les producteurs à expédier en Métropole, à leurs frais, des échantillons de sol et de plants pour analyse et recherche d’un antidote efficace ciblé.
Production et personnel réduits, activité commerciale maintenue
Dominique Bourgeois responsable des expéditions – Ph. R.Joyeux
Opérations de prélèvement et d’expédition méticuleuses, exigeantes et onéreuses, aux résultats aléatoires, qui ne pouvaient durer sans menacer et mettre en péril l’existence même de l’exploitation. Pour la préserver, il fallut se résoudre à fermer momentanément pépinières et ombrières contaminées et à laisser la nature accomplir son œuvre de purification jusqu’à l’éradication complète de la bactérie. Entre temps, Les Jardins de Saint-Éloi, tout en maintenant leur production habituelle de pleine nature et la commercialisation de leurs fleurs coupées, ont vu leur activité diminuer. Réduire le personnel et s’organiser autrement étaient devenus nécessaires, sans préjudice néanmoins pour la clientèle qui a pu, peut et pourra toujours continuer à passer commande et à être livrée sans problème aussi bien en Guadeloupe-même qu’en Métropole et en Europe. Si la boutique de Destreland a dû fermer ses portes, celle de l’aéroport Pôle Caraïbes a été maintenue et les voyageurs en partance peuvent commander, récupérer ou se faire expédier leurs colis comme à l’accoutumée.
Boutique de l’aéroport Pôle Caraïbes plus que jamais opérationnelle -Photo du catalogue
En attendant le reprise des plantations
Dominique, la charmante hôtesse des Jardins Photo R.Joyeux
Dominique et Max BOURGEOIS, sympathiques et persévérants entrepreneurs, qui ne se sont jamais découragés malgré les aléas bactériologiques et météorologiques, prévoient pour très bientôt la reprise de leurs plantations sous ombrières dès que la situation sanitaire des sols sera redevenue normale. Ils envisagent une extension du domaine floral à Bananier afin de faire repartir l’entreprise sur des bases élargies et biologiquement saines, et de retrouver rapidement leur niveau de production d’avant la survenue de la bactérie, en vue de satisfaire une clientèle exigeante toujours plus nombreuse et diversifiée. Puissent-ils réussir dans leurs projets pour que Les Jardins de Saint-Éloi retrouvent leur éclat d’antan et fassent honneur à leur belle réputation, avec en prime, le sourire de leur charmante hôtesse d’accueil, elle-même d’ascendance saintoise et prénommée elle aussi Dominique ! Et si vous souhaitez en savoir plus, par simple curiosité ou pour toute commande de circonstance, occasionnelle ou régulière, n’hésitez pas, cliquez sur le lien suivant : http://www.jardins-st-eloi.com, vous aurez toutes les informations nécessaires concernant cette magnifique entreprise au pur accent saintois qui n’a pas fini de faire parler d’elle !
Teste et illustrations de Raymond Joyeux publié le 10 août 2022
Pour ceux qui le connaissent depuis toujours et l’apprécient aux Saintes, en Guadeloupe, en métropole et ailleurs, comme pour ceux qui ne le connaissent pas encore, voici un ouvrage qui leur dira tout, mais vraiment tout, sur le personnage de Cocotier. Les inconditionnels y trouveront bien sûr largement leur compte et découvriront, en plus, des aspects cachés de son singulier talent et de sa personnalité hors du commun, tandis que les autres, après être tombés des nues, se précipiteront pour aller écouter sur les réseaux internet ses œuvres musicales et danser au rythme de ses clips déjantés, puis de courir illico chez leur disquaire se procurer ses CD pimentés à la sauce punchy des Antilles !
Que dire de plus ?
Mais, que dire de plus sur Éric Joyeux, dit Cocotier, qui ne soit pas déjà écrit dans la très belle présentation d’Élisabeth Meissirel et dans la magistrale postface de Didier Verdureau, tous deux proches de l’auteur, à l’origine, avec d’autres, de la publication bien venue de cet opus, superbement illustré de textes souvent inédits, de tableaux hauts en couleurs et de clichés pour le moins provocateurs de l’artiste en personne, réalisés pour la plupart par Didier Verdureau ? Que dire de plus en effet que ne révèlent ces deux présentations qui font le tour complet de cet inclassable troubadour adulé par les uns, décrié forcément par les autres, ne laissant jamais en tout cas personne indifférent ? Rien de bien original en fait, sinon de rappeler inlassablement à son propos que notre petite île des Saintes, Terre-de-Haut, devrait être fière, selon nous, et reconnaissante aux dieux des arts, (odieux lézard me souffle ma voisine !) de la musique et de la danse d’avoir vu naître sur son sol cet autodidacte original qui, parti clandestinement de rien sur un bananier il y a bien longtemps, s’impose aujourd’hui comme un digne et incontournable représentant et animateur de notre culture insulaire, et qui vient pour notre plaisir, d’ajouter à son volumineux répertoire musical cette luxuriante et luxurieuse publication de ses chansons-poèmes et autres textes originaux, abondamment illustrés d’œuvres picturales polychromes d’une remarquable qualité.
Il y aura toujours des détracteurs
Bien entendu, l’adage bien connu nul n’est prophète en son pays a toujours été pour Cocotier le boulet accroché à sa guitare… ou à ses extravagants locks enluminés. En Guadeloupe, certes, où les Saintois n’ont pas toujours bonne presse, mais aussi aux Saintes, son paradis d’origine, où ceux qui ne font rien, avachis sur leur néant, sont souvent les premiers à clamer la nullité de ceux qui osent quelque chose. Vantard, imbu de lui-même, maléluvé, prétentieux, sans talent, sans gêne… et j’en passe, sont les quelques affectueux noms d’oiseau les plus habituellement attachés à son personnage. Mais, en drôle d’oiseau qu’il aime à se définir lui-même, croyez-vous qu’il en tienne compte ? Lucide, s’il reconnait volontiers ces défauts qu’on lui colle au coin de ses chansons, loin de s’en formaliser, il en joue au contraire et en rajoute au grand dam de ses détracteurs mais pour la plus grande satisfaction de ses admirateurs dont nous sommes.
Par-delà le bien et le mal
Cela ne signifie pas que tout est parfait chez Cocotier. Loin de là. Et nous sommes les premiers, avouons-le sans honte, à lui déballer ses quatre vérités, si tant est que nous soyons nous- mêmes exempts des tares qui lui sont reprochées. À vrai dire, si nous pouvons nous permettre certaines critiques, c’est surtout parce que nous avons la chance et le privilège d’avoir été, involontairement parfois, son parolier pour des poèmes qu’il interprète à sa façon et dont les illustrations vidéo n’ont pas toutes l’heur de plaire à leur auteur. Éric le sait et reconnaît volontiers qu’une certaine distanciation est à l’origine de nos divergences artistiques. Qu’à cela ne tienne : comment ne pas être globalement satisfait d’un artiste qui peint vos poèmes sur les murs et vous élève au rang de ses poètes préférés, à côté de Baudelaire, d’Aragon, de Prévert, de Boris Vian, de Léo ferré… ? Il y a nettement moins bien comme compagnons au panthéon de la poésie !
Et si Dieu n’existait pas…
En conclusion de ce modeste témoignage, disons qu’en dépit de tout ce qu’on peut lui reprocher à tort ou à raison, avec sa centaine de textes dont on se demande où et quand il a trouvé le temps de les écrire, lui l’éternel baroudeur des quatre vents ; avec ses guitares chantantes et ses autoportraits – au sens étymologique du terme – présentés à l’envi dans son ouvrage L’ART SAUVAGE*, Joyeux de Cocotier, alias Éric JOYEUX, représente pas moins, pour nous personnellement et pour beaucoup d’autres, la figure d’un Don Quichotte moderne de la provocation. Le pourfendeur des moulins – bien réels ceux-là – de la bienséance outrée et du conventionnel aigri de ceux qui n’ont jamais rien osé et qui se contentent de contempler bêtement leur nombril, assis, répétons-le, sur le tabouret vermoulu de leur néant, à décrier ceux qui entreprennent ! En un mot comme en cent, pour parodier Bakounine, ce camarade vitamine de Léo Ferré mais aussi Voltaire, l’implacable ennemi de l’intolérance et du fanatisme, si Joyeux de cocotier n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’ouvrage qu’il vient de publier, dont le titre à lui seul est à l’image du marginal assumé qu’il est et revendique, en est la parfaite illustration.
Texte Raymond Joyeux Illustrations tirées du livre L’Art Sauvage
Publié par Raymond Joyeux Le 08 Août 2022
Titre : L’ART SAUVAGE Auteur : Joyeux de Cocotier Mise en page, conception et réalisation : Didier Verdureau Éditeur : Centre Littéraire d’Impression Provençal Marseille Février 2022 – 200 Pages -35 €
Alain Joyeux, artiste peintre, présente ses créations dans un nouvel espace d’exposition à Terre-de-Haut, archipel des Saintes en Guadeloupe.Connu et apprécié aux Saintes pour ses représentations très hautes en couleurs de la vie insulaire, Alain propose cette exposition-rétrospective en rendant visibles des créations originales de styles souvent très divers qui se côtoient et parfois se combinent. En différents formats, sur toiles, panneaux de bois, papiers, cette présentation privilégie l’acrylique comme médium principal et le bleu comme tonalité dominante.
Tireurs de barque #3
Actuellement éloigné de l’archipel, je laisse à présent la parole à l’artiste afin qu’il puisse présenter lui-même cette exposition, son contenu, son contexte, ainsi que ses projets…
Raymond Joyeux
LA PAROLE À L’ARTISTE :
« J’ai à nouveau le plaisir de pouvoir présenter au public saintois et aux visiteurs de passage une exposition de mes créations dans le centre bourg de Terre-de-Haut aux Saintes, 50 rue Benoit Cassin.
L’expo est ouverte aux visiteurs le samedi et dimanche et le sera lors d’événements festifs sur l’île … « Ouvert, quand c’est ouvert » indique la pancarte extérieure…. Le fait est que je m’active la plupart du temps à mon atelier qui est à mon domicile, atelier qui est également ouvert à la visite : 354 route du Bois Joli à Terre de Haut.
ECRITURES
Le lieu propose également un petit espace librairie où seront accessibles des ouvrages disponibles du « poète à la mer », Raymond JOYEUX. Cet espace « plumes », bien que minimaliste, a aussi pour vocation d’accueillir d’autres auteurs saintois ou ouvrages relatifs à notre histoire, culture et patrimoine insulaire. Avis aux intéressés.
QUELQUES MOTS SUR LES CREATIONS EXPOSEES
Les œuvres rassemblées et exposées actuellement ( une trentaine de pièces originales) présentent une rétrospective de tableaux et de « bannières » peintes ainsi que, pour la gourmandise, quelques « mini-art-dises » comme j’aime à les nommer : des petits formats à vocation plutôt décorative appréciées des voyageurs notamment par leur format réduit.
Il n’y pas proprement dit de thématique spéciale dans la présentation actuelle qui regroupe une sélection de peintures exécutées pour la plupart entre 2019 et 2021. Certaines peintures plus anciennes et plus récentes complètent, si j’ose dire, le tableau !
Cosmic Lambi #3Maria – 2017
Si l’ambiance générale s’ouvre sur une tonalité très « saintoise » de bleus océaniques et autres inspirations de scènes pittoresques de l’archipel (assez peu relativement à une production antérieure), une deuxième salle fait davantage état d’une atmosphère plus mystérieuse et énigmatique, interpellant souvent le visiteur, le questionnant parfois, pour les plus curieux… mais questionner n’est-il pas une des fonctions de l’art ?
« Gwadanesh » – 2022 empilée sur « Net » 2018
Profiter des présentes colonnes qui me sont ici ouvertes serait bien sûr une opportunité pour développer plus avant mes sources d’inspiration, mes influences, ainsi qu’une occasion de préciser mes motivations, postures esthétiques ou objectifs pour tel ou tel tableau, ou pour l’ensemble de ma démarche.
Toutefois, l’art dit « visuel » doit-il forcément céder à la tentation de l’explication ? Le commentaire s’il a lieu, se partage pour moi (et avec moi) de visu, en direct. .J’invite naturellement tout amateur d’art ou critique professionnel pour approfondir toute question…
Posez-moi vos questions lorsque vous viendrez voir l’exposition !
Sillage – 2018/2022
Bienvenue alors à toutes et à tous, (avec ou sans question !) dans ce nouvel espace saintois pour voir, sentir, échanger…
Cette actuelle rétrospective n’appelant pas d’inauguration particulière préfigure néanmoins une présentation prochaine de nouveautés en cours de gestation qui seront exposées prochainement ( à suivre …)
un vernissage dans les règles sera alors annoncé !
ATELIER ET REALISATIONS SUR MESURE
Je rappelle que mon atelier, Rte du bois joli, est également ouvert à la visite, et que je réalise, sur mesure et à la commande, tableaux et panneaux décoratifs à partir de vos projets. Un de mes plaisirs est la mise en couleurs de photographies anciennes en noir et blanc.
Bon matin – 2022
Par ailleurs …
Cours d’arts (dessin peinture) pour enfants, adolescents et adultes : LE MERCREDI ET VENDREDI
ateliers d’art thérapie : sur rendez-vous
LE LIEU DE L’EXPOSITION … UN AIR DE FAMILLE !
Le lieu d’exposition se situe sur le bord de mer dans le quartier du Fond de Curé, entre le plan d’eau et le restaurant Ti Bo doudou. Il n’est pas à proprement parler une « galerie d’art », mettant seulement et temporairement ses murs à ma à disposition dans la perspective d’une réhabilitation à venir.
En attendant, son âme de case ancienne traditionnelle continue à vivre à travers les couleurs des créations exposées. A noter que le lieu n’a pas pour vocation, actuellement, à être un espace d’accueil pour d’autres artistes peintres, ce privilège m’étant pour l’instant réservé !
Petite parenthèse historique qui intéressera les Saintois dont la géo-généalogie est un sport très pratiqué : les murs, pour rafraîchir la mémoire locale, furent construits par mon arrière-grand-père Jean-Marie JOYEUX, puis habités par leurs enfants Joubert (mon grand-père) et sa sœur Reine, jusqu’en 2008. Leur neveu Aimé Bertille époux de Nise Boulon ont ensuite habité les lieux. On reconnaît sur la photo ci-contre mes grands-parents Joubert et Léontine Joyeux, mon père Raymond, mon oncle Joseph en barboteuse, mes deux tantes Nadège et Odile, et trois cousines du côté de ma grand-mère..(En arrière plan la maison familiale côté mer où se situe l’expo d’aujourd’hui.)
Nise Boulon-Bertille fut la dernière à vivre sur les lieux. Elle nous a quittés l’an passé (août 2021). Nous regrettons tous sa disparition. Son hospitalité et sa générosité était connues et très appréciées ici à Terre de Haut. Un portrait lui est dédié dans l’exposition.
Amatrice d’esthétique et d’art, gageons que la réaffectation de son dernier lieu de vie saintoise en salon et chambre d’art lui est agréable depuis son séjour dans le monde d’au-delà du monde. Que son empreinte de cœur et de bienveillance soit de bon augure pour cette maison et la suite des évènements.
LES SAINTES, Terres d’artistes ?
Être visible est vital pour un artiste d’arts « visuels ». Nous sommes déjà quelques-uns connus sur l’archipel saintois et nombreux sont les talents qui ne demandent qu’à s’exprimer chez les jeunes comme chez les aînés. Les lieux publics d’exposition, existant au demeurant dans de nombreuses villes ou communes, ne courent pas les rues dans notre archipel. Un projet à Terre de Haut est attendu dans ce sens, des initiatives récentes d’un collectif d’artistes à Terre de Bas sont à suivre.
Le caractère exceptionnel de notre archipel, réputé pour sa beauté naturelle et sa culture insulaire spécifique, parcouru par de nombreux visiteurs de passage ou en séjour, haut lieu touristique de la Guadeloupe, a tous les atouts pour y voir fleurir de l’art à chaque coin de rue à l’instar d’autres communes réputées qui ont fait ce choix depuis bien longtemps : St Paul de Vence dans le sud de la France ou Pont-Aven en Bretagne en sont des exemples bien connus.
Pour l’instant à Terre de Haut, hormis quelques salles dévouées au Musée du fort Napoléon et les rares « spots » d’expositions privées (Martine Coten, Cathy Regnier, Pascal Foy), seuls quelques restaurateurs-hôteliers proposent leurs murs aux créateurs locaux. Ils se reconnaitront.
Pour ma part, j’ai pu présenter des œuvres au public dans les établissements suivants : L’Ô bleu hôtel, le Café de la Marine, le Bon Vivre, le Citrus bar, la crêperie Douceurs de l’île. Merci à eux.
Restaurant le Bon Vivre
Citrus Bar
Je remercie également L’OMCSL et la commune de Terre de Bas pour avoir accueilli ma première exposition aux Saintes en 2015.
MECENAT D’ARTISTE… une réalité nécessaire qui se pratique même discrètement !
Occuper un espace locatif pour exposer de l’art est un luxe qui n’est pas toujours accessible. C’est pourquoi je tiens à remercier les héritiers de la maison JOYEUX-BERTILLE d’avoir bien voulu me proposer gracieusement cet espace.
Il s’agit ici de mécénat pur et simple, désintéressé, hormis peut-être l’opportunité assumée de faire vivre un espace qui sinon serait fermé et promis à une dégradation sûre et lente.
Laisser l’air y pénétrer, l’air de l’art, n’a « l’air de rien », mais ventile assurément du vivant : un « courant d’art »… en témoigne déjà quelques visiteurs ravis de voir la maison ouverte et momentanément affectée à l’exposition de mes créations.
Pour ma part il s’agit, encore une fois, d’un coup de pouce de la solidarité familiale qui est, quoi qu’on en dise, le premier mécénat accessible lorsque cela est possible.
Cela dit, avis à d’autres mécènes collectionneurs qui me permettraient de me consacrer exclusivement à la peinture !
ALAIN JOYEUX 0690 40 49 45- TERRE DE HAUT- Les Saintes
« Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n’atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu’à l’essence même, la vie s’immobilise l’espace d’un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l’oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s’approche de vous : touché ! dit-il et vous voilà mort… »
Jon Kalman Stefansson – Entre ciel et mer Édition Folio-Gallimard2010
Nous avons reçu d’Antonella René-Boisneuf cet émouvant poème sur le navire Béatrix qui, après plusieurs années de navigation entre les Saintes et la Guadeloupe est aujourd’hui désarmé. Ce qui est particulièrement triste pour un navire dont la destinée est de prendre la mer parfois contre vents et marées, par plaisir ou nécessité, mais toujours pour satisfaire aux besoins des hommes. C’est avec plaisir que nous le publions sur ce blog en remerciant son auteur pour son talent et son extrême sensibilité.
BÉATRIX
Quand les vagues me bousculent… Je pleure en silence Quand le ponton sans cesse me heurte… Je me laisse chavirer contre vents et marées… Quand j’aperçois d’autres navires partir… Mes larmes coulent silencieusement et se laissent emporter par les flots…
En silence… Je pleure… Car personne ne se soucie de moi… Car personne ne se soucie de mon avenir… Finirais-je rouillée au milieu des autres vestiges oubliés..? Quand les vagues me bousculent…. Quand les flots me chavirent… Incessamment jour et nuit…
Je pleure en silence… Je ne serai probablement bientôt qu’un souvenir… Malheureusement je ne choisirai pas mon destin…. Malheureusement je ne choisirai pas ma fin….
Moi… Si heureuse d’avoir transporté mes habitants … Mes enfants que j’aime tant… Moi… Tellement fière et heureuse de partir sur les flots… Au-delà des tempêtes… Au-delà des maux….
Vous m’avez abandonnée au milieu de l’eau… Vous m’avez abandonnée au milieu des flots… Le destin répondra t-il à mes questions ?
Lorsque tous les soirs je pleure…. De ne plus naviguer… De ne plus voyager…
C’est avec le plus grand plaisir que nous publions ici le compte-rendu d’une sortie pédagogique avec les élèves de quatrième du collège Archipel des Saintes que nous a fait parvenir notre ami Dario Jacques de passage à Terre-de-Haut. Géologue de réputation internationale, auteur d’une carte géologique des Saintes, Dario, lui-même ancien élève de ce collège (autrefois CEG Jean Calo), a eu la bonne idée de répondre à la demande de leur professeur de Sciences M. Engel Molinié en accompagnant ses élèves sur des sites caractéristiques de la formation géologique de notre île-commune. Nous le remercions vivement pour cette initiative ainsi que ce professeur de sciences, avec l’espoir que les découvertes faites sur le terrain suscitent parmi nos jeunes scolaires des vocations de scientifiques de haut niveau à l’instar de nos deux éminents compatriotes Engel Molinié et Dario Jacques.
Texte de Dario Jacques
Contexte de l’excursion géologique du vendredi 8 avril 2022 avec les élèves du collège de Terre-de- Haut Les Saintes, classe de 4ème
J’étais en vacances aux Saintes depuis une semaine quand le professeur de Sciences Chimiques, Mr Engel MOLINIE, m’a contacté pour partager une demi-journée avec ses élèves de 4ème sur le thème de la géologie et géochronologie de Terre-de-Haut en tant que géologue saintois ayant réalisé la carte géologique de l’archipel des Saintes en 1982. Cette carte a été ensuite publiée par le BRGM en 1988 sachant que les relevés ont été réalisés en 1983.
Les 15 élèves étaient répartis en 4 groupes de travail avec à leur tête un responsable d’équipe.
À la recherche d’échantillons sur le site du Chameau – Photo Dario Jacques
L’excursion a démarré le vendredi 8 avril 2022 à 6h30 au pied de La Colline pour étudier la plus vieille coulée de lave andésitique de Terre-de-Haut. Cette lave a été datée à 4,7 millions d’années par la méthode du Kr/Ar. Les élèves ont pu prélever des échantillons à l’aide de leur marteau pour observer à l’oeil nu puis à la loupe les caractéristiques de leur échantillon (présence de plagioclases, pyroxènes) ( on peut se référer à la notice de la carte géologique pour plus de détails).
Observation d’un échantillon à la loupe.
Leur deuxième escale fut sur la route du Chameau, cet imposant dôme volcanique, où les futurs géologues de Terre-de-Haut ont pu montrer leur capacité à grimper à 309 mètres d’altitude. Ils ont pu admirer et prendre des photos du centre volcanique de Terre-de-Haut localisé aux environs de Grande Anse, bien que dessiner ce magnifique paysage leur fut quelque peu contraignant. (Leur aptitude à dessiner est encore sous développée et pourtant c’est une base du métier de géologue !!!!!). Ils ont pu comparer l’andésite du Chameau à celle de La Colline et remarquer que les couleurs sont différentes (gris foncé pour La Colline et claire pour le Chameau), les minéraux de l’andésite du Chameau sont nettement plus gros et plus visibles.
Au sommet du Chameau vers 10h, la consécration fut d’une part la splendide vue des Iles environnantes (Dominique, Grand Ilet, La coche, les Augustins et surtout Terre-de-Bas) mais aussi le casse-croûte préparé par les parents.
Une légère pluie s’est invitée et c’est à ce moment qu’ils ont probablement pris conscience que ce métier est aussi dépendant des conditions météorologiques. Aucun d’entre eux n’a exprimé une quelconque remarque négative bien au contraire. Le fait de pouvoir étudier en plein air a contribué à les motiver et les questions posées au géologue fusaient à tout vent.
La dernière étape fut au Morne Morel où ils ont constaté d’eux-mêmes qu’il ne s’agissait plus de coulée de lave ou de Dôme mais bien de nuées ardentes sous la forme d’une alternance de niveaux blocs et de cendres. La pluie s’est intensifiée juste au moment de leur arrivée sur ce site sans pour autant les décourager.
Vers 11h30 l’excursion a pris fin avec un remerciement au géologue.
Pour la suite il faudrait interviewer les élèves eux-mêmes…
Le printemps a déjà un mois. Aux Saintes, le soleil a quitté son domaine du Chameau, se couche en son lit du Pâté et remonte lentement vers le nord. Dans les contrées septentrionales, la végétation explose; oiseaux et autres animaux s’en donnent à cœur joie en dépit des petits matins frisquets. Alors que la vie reprend chez nous, ailleurs c’est la mort qui est injustement infligée à des innocents… Ce cri de Jacques Prévert vient à propos nous rappeler que si les hommes pratiquaient un peu plus la politesse, entre eux mais aussi envers tout ce qui les entoure, notre planète serait certainement plus heureuse… et la guerre n’aurait pas de sens.
Soyons polis
Couronné d’étincelles Un marchand de pierres à briquet Élève la voix le soir Dans les couloirs de la station Javel Et ses grands écarts de langage Déplaisent à la plupart des gens Mais la brûlure de son regard Les rappelle à de bons sentiments
À Terre-d-eHaut, un soir d’avril 2022 – Photo Raymond Joyeux
Soyez polis Crie l’homme Soyez polis avec les aliments Soyez polis Avec les éléments avec les éléphants Soyez polis avec les femmes Et avec les enfants Soyez polis Avec les gars du bâtiment Soyez polis Avec le monde vivant.
Ph. R. Joyeux
Il faut aussi être très poli avec la terre Et avec le soleil Il faut les remercier le matin en se réveillant Il faut les remercier Pour la chaleur Pour les arbres Pour les fruits Pour tout ce qui est bon à manger Pour tout ce qui est beau à regarder A toucher Il faut les remercier Il ne faut pas les embêter… les critiquer Ils savent ce qu’ils ont à faire Le soleil et la terre Alors il faut les laisser faire Ou bien ils sont capables de se fâcher Et puis après On est changé
Photo Raymond Joyeux
En courge En melon d’eau Ou en pierre à briquet Et on est bien avancé…
Le soleil est amoureux de la terre La terre est amoureuse du soleil Ça les regarde C’est leur affaire Et quand il y a des éclipses Il n’est pas prudent ni discret de les regarder Au travers de sales petits morceaux de verre fumé Ils se disputent C’est des histoires personnelles Mieux vaut ne pas s’en mêler Parce que Si on s’en mêle on risque d’être changé En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser
photo Raymond Joyeux
Le soleil aime la terre La terre aime le soleil C’est comme ça Le reste ne nous regarde pas La terre aime le soleil Et elle tourne Pour se faire admirer Et le soleil la trouve belle Et il brille sur elle Et quand il est fatigué Il va se coucher Et la lune se lève La lune c’est l’ancienne amoureuse du soleil Mais elle a été jalouse Et elle a été punie Elle est devenue toute froide Et elle sort seulement la nuit
Ph; R. Joyeux
Il faut aussi être très poli avec la lune Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou Et elle peut aussi Si elle veut Vous changer en bonhomme de neige En réverbère Ou en bougie En somme pour résumer Deux points ouvrez les guillemets :
« Il faut que tout le monde soit poli avec le monde ou alors il y a des guerres… des épidémies des tremblements de terre des paquets de mer des coups de fusil…
Et de grosses méchantes fourmis rouges qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu’on dort la nuit.»
Jacques Prévert
Tableau Alain Joyeux
Publié par Raymond Joyeux Le dimanche 24 Avril 2022
Entre 1989 et 1993, l’opposition municipale à Terre-de-Haut s’était organisée en association déclarée et avait créé un périodique, sous la forme d’une publication mensuelle de format A4 de 8 pages d’articles, d’analyses, de propositions et, il faut le dire aussi, de critiques à l’égard du pouvoir en place depuis 1974. Ce journal avait pour nom L’IGUANE. Nom qui, en plus d’être celui de l’emblème officiel de notre commune, était en réalité un sigle résumant une démarche associative et une perspective ouvertement politique : Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution. Au total, 224 pages d’informations, de réflexion, de propositions en trois ans d’existence, aujourd’hui déposées aux Archives départementales et consultables par tous. Ce qui n’était quand même pas rien pour une petite commune comme Terre-de-Haut ! Et sans doute, toutes proportions gardées, du rarement vu ailleurs en Guadeloupe et, osons le dire, au-delà !
Ce qui était principalement reproché aux dirigeants de l’époque dans ce journal, c’était leur manque de disponibilité pour les administrés, le refus de partager les responsabilités au sein du conseil municipal, l’absence d’information à la population et un management communal où prédominaient le rejet de toute opposition à leurs prérogatives et une discrimination flagrante entre administrés, créant ainsi deux groupes antagonistes dans la population : ceux qui avaient bien voté et les autres, qualifiés d’irrécupérables, selon le mot même d’un ancien élu aujourd’hui disparu.
Disponibilité
Choisi par une majorité d’électeurs et confirmé dans sa fonction par le vote du conseil municipal, un maire, devrait, à l’évidence et avant toute chose, faire preuve de disponibilité. Il n’a pas été élu pour rester confiné en permanence dans son bureau, comme dans une tour d’ivoire. Sinon pourquoi se serait-il présenté aux suffrages de ses concitoyens qu’il a côtoyés journellement au cours de sa campagne pour solliciter leurs voix, puis pour leur donner, une fois élu, l’impression de ne plus être utiles et d’être abandonnés ? Dans une petite commune comme la nôtre rien ne serait plus facile que de parcourir régulièrement les rues pour un salut amical, une poignée de main, un mot, une simple présence qui renforceraient la confiance mutuelle et l’unité de la communauté. Des maires par le passé l’ont fait chez nous avec bonheur, et sans donner le sentiment de s’abaisser, bien au contraire. Nous pensons à Théodore Samson, Georges Azincourt, Eugène Samson, René Germain qui n’ont pas tous leur nom inscrit au palmarès des rues de la commune.
Une autre forme de courtoisie et de civilité élémentaire serait de répondre au courrier des administrés et d’accepter les demandes de rendez-vous, en ménageant s’il le faut un planning avec des jours et horaires dédiés. Rien n’est plus frustrant en effet pour le citoyen lambda de ne jamais recevoir de réponse à ses lettres, quel qu’en soit l’objet, ou de toujours se voir refuser un rendez-vous, sous prétexte d’un dossier important à instruire ou d’un surplus de travail… Terre-de-Haut n’est quand même pas Paris ! La proximité immédiate avec la population devrait être un atout pour nos élus insulaires, censés être au service des citoyens. Le meilleur moyen de pervertir cette obligation de service serait de la reléguer au placard des slogans électoralistes mensongers et racoleurs… comme beaucoup d’autres, hélas !
Partage des responsabilités
Un maire ne peut et ne doit évidemment pas tout faire seul dans sa commune. Quelle que soit par ailleurs l’importance de cette commune. Il est secondé par des conseillers et des commissions déléguées aux différentes affaires qui structurent la vie et l’essence même du conseil municipal et, au-delà, de la communauté. Ce sont ces commissions et ces délégations qui non seulement déchargent le maire de nombreuses responsabilités mais qui devraient avoir le pouvoir de mener leurs dossiers à leur terme, en passant bien entendu par l’approbation de l’ensemble des conseillers lors d’un vote. Si, par un excès d’autoritarisme ou prenant prétexte de ses prérogatives, (car il en a, et de trop nombreuses à notre avis), le maire s’oppose au travail des commissions ou l’oriente à son avantage, il entrave et annihile nécessairement le bon fonctionnement des délégations qu’il a lui-même créées et approuvées. Et c’est la débandade au sein du conseil et de la majorité… À ce propos, de l’écrivain Robert Procida, né de mère saintoise et dirigeant de diverses associations, citons le passage suivant extrait d’un récent ouvrage publié aux éditions Orphie : « Un président (d’association) est en mesure de réussir sa mandature dès lors qu’il est entouré d’une équipe soudée, forte de la reconnaissance qui est faite à chacun de ses membres pour son domaine de talents, de compétences et d’excellences. Chaque maillon de la chaîne a de la valeur, sa valeur, et c’est important de la distinguer. La confiance au sein du groupe est capitale et doit être naturellement réciproque. » Ce qui est valable pour une association n’est-il pas encore plus, a fortiori, pour une municipalité ?
Écoute et Information
À quoi servirait un maire qui n’aurait pas la faculté d’écouter ses conseillers et ses concitoyens lors d’échanges au sein et hors du conseil municipal ? Déjà, une réunion de ce conseil où les assistants n’ont pas droit à la parole est une aberration. Si c’est la loi qui l’exige, nul responsable n’est tenu de l’accepter et un maire attentif et ouvert devrait passer outre à cette disposition.On appelle cela la démocratie participative. Encore un beau slogan trop souvent relégué lui aussi au placard des oubliés ! Mais il ne suffit pas de se contenter d’écouter. Encore faut-il tenir compte des observations faites et surtout informer, informer, informer… On ne cessera jamais assez de le marteler : rien en effet ne doit se faire ou se projeter dans une commune au nom de la collectivité sans que le citoyen en soit informé. Ce sont ses impôts qui financent en grande partie projets et réalisations, il doit savoir où passe son argent. Mais informer de quelle façon, par quel moyen ? Un affichage en mairie ne suffit pas, encore moins une publication tronquée sur Facebook auquel tout le monde n’a pas forcément accès. Dans une petite communauté comme la nôtre, chaque foyer devrait recevoir chez lui, sur un support imprimé, les comptes rendus détaillés du conseil municipal, des décisions prises ou à prendre, du coût des opérations abouties ou entreprises. Ça peut coûter cher peut-être, mais quoi qu’il en coûte, c’est indispensable si l’on veut faire vivre chez nous – comme ailleurs – la démocratie, toute la démocratie où le citoyen se sentirait impliqué et partie prenante de la vie de sa commune… Un souhait exprimé voilà plus de 30 ans déjà dans L’IGUANE et que nous reformulons ici aujourd’hui, avec l’espoir qu’il sera enfin entendu. Pour que notre commune ne sombre pas, aux yeux de ses propres habitants, dans l’Atlas des îles abandonnées.
P.S.Tout rapprochement avec l’origine des malheureux événements qui ont récemment secoué le conseil municipal de Terre-de-Haut serait totalement inapproprié et relèverait de la plus malveillante imagination…