Un livre à déguster sans modération : La porte du ghetto d’Olivier PIES

Décidément, cette saison 2024 débute fort sur ce blog en matière de chronique littéraire. Après le recueil de poèmes de Louise Glük, les deux ouvrages de Caroline Bourgine et d’Hector Poullet parus chez CaraïbÉditions (chronique du 7 janvier), voici un petit livre particulièrement revigorant édité à compte d’auteur en novembre 2023 : La porte du ghetto d’Olivier Pies.

De la sociologie à ciel ouvert

Sous-titré en bas de couverture Histoire vraie de mon enfance, ce récit est davantage à mes yeux qu’un simple livre. C’est un document sociologique, j’ose le dire, de la plus haute importance. Mais sans la rigidité académique ni l’ennui généralement soporifique d’un tel ouvrage. L’auteur, sans chercher à faire de la « littérature » par des tournures qui sentent la recherche, nous propose en effet une sorte de conversation avec le lecteur, le prenant souvent à témoin, dans un style alerte, spontané, d’une vivacité surprenante, gage de réalisme et d’authenticité. Récit et conversation truffés de trouvailles originales, passant du burlesque au tragique, qui ne laisseront indifférent aucun lecteur de bonne foi. Bref, Olivier Pies raconte une histoire, comme s’il était sur une scène. Non à la manière d’un comédien interprétant le texte d’un autre, mais comme l’artisan, l’acteur, au sens premier du terme, de son propre vécu. Et c’est le cas dans ce petit ouvrage qui ne paie pas de mine mais qui a son importance pour notre connaissance de l’histoire sociale (sociétale, comme on dit aujourd’hui) pas si lointaine de la Guadeloupe, et que je vous conseille de courir, si ce n’est déjà fait, vous le procurer au plus vite.

Olivier Pies à Cultura Destreland. Ph. Raymond Joyeux

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit tout simplement du récit véridique de l’enfance de l’auteur dans le quartier Lacroix-Boissard, non loin de Pointe-à-Pitre, dans la Guadeloupe des années 80. Olivier Pies, surnommé Djono, alors âgé de 12 ans, ne peut se défaire, nous dit la 4è de couverture, « du sentiment de n’être pas à sa place, de n’être pas né au bon endroit. Tout ici le choque et le questionne : les violences conjugales, les coups de feu, les trafics en tout genre, la misère, les descentes de police, l’injustice d’un monde qui parque les pauvres loin du regard des riches. »

« J’ai toujours considéré mon quartier, écrit l’auteur, comme une prison à ciel ouvert. Une sorte de boîte en tôle dont on ne sort que difficilement. Une boîte scellée par trois chaines puissantes : la pauvreté, la violence et la drogue... Je m’y promène comme se promènerait un ours polaire au beau milieu d’une savane africaine. »

Description qui rejoint celle qu’avait faite Ernest Pépin dans son roman policier La Darse rouge (CaraïbÉditions 2018) : qui écrit à la page 77 en parlant de Boissard : « C’était un quartier populaire où les ruelles entortillées, les cases entrelacées, les stigmates de la misère sociale accueillaient tout un peuple de laissés-pour-compte qui se débrouillaient pour survivre en marge de la Guadeloupe officielle… Un quartier où on trouvait des gangs abonnés à toute sorte de trafics et notamment à celui de la drogue… Un quartier où on trouvait en fait les plus démunis, les sans-papiers, les mauvais sujets d’une société en pleine mutation. »

La littérature à l’estomac

Si les descriptions du quartier de Boissard d’Olivier Pies et d’Ernest Pépin se rejoignent par leur réalisme brut, (on devrait surtout dire brutal), et leur caractère historique avéré, il y a néanmoins entre elles une différence de taille.

Celle de Pépin est inscrite dans une fiction et rédigée au passé par un écrivain supposé confortablement installé à son bureau climatisé.

La description d’Olivier Pies est écrite en revanche au présent et s’insère dans le vif, au cœur même de la vie, la vraie. Celle qu’il a vécue, dans une case délabrée, sans eau ni électricité, sans commodités sanitaires, sans souvent de quoi manger, et dont il nous relate les péripéties sordides, sur un ton souvent léger et sans pleurnicherie. Un sujet et une manière d’écrire et de rapporter les faits telle que le préconise Julien Gracq dans un célèbre pamphlet intitulé La littérature à l’estomac (José Corti 1950). Point de vue que partage Jean-Pierre Otte dans La littérature prend le maquis, édition Sens&tonka 2005 : « Si ton écriture va mal, s’empâte ou s’affadit, reste stérile ou mimétique, si l’inspiration te fuit et que le plaisir même se perd, retourne plonger dans la vie la tête la première. »

Plonger dans la vie la tête la première

Plonger la tête la première… dans la misère, on ne peut pas dire qu’Olivier Pies ne l’a pas fait. Il l’a même si bien fait qu’il en a très souvent littéralement touché le fond. Comme le soir où revenant de la plage avec sa mère, son petit frère et sa sœur Olivia, passant devant une roulotte à frites de la Place de la Victoire, il écrit ceci :

« Je ne sais pas si c’est le bain de mer qui nous a ouvert l’appétit et rendus sensibles à ce délicat fumet, mais il semble impossible aux enfants que nous sommes de faire un pas de plus sans une frite en bouche. C’est un véritable supplice de voir tous ces gens quitter la roulotte, leurs frites soigneusement enveloppées dans un cône de papier gris. Encouragé par ma fratrie, je dis à ma mère : « S’il te plaît, achète-nous un cornet de frites, nous avons tous très faim. » Sans me regarder et sans même ralentir sa marche elle répond :
-Si on achète des frites ce soir, on ne pourra pas acheter du pain demain. Alors tu choisis quoi
? »

Je vous laisse le soin de découvrir la suite, pages 37-38 du livre.

La révolte comme premiers pas vers la sortie

Contraint de supporter ces conditions de vie déplorables, pour tout dire inhumaines, voire déshumanisantes, le jeune Olivier ne l’accepte pas pour autant. Il est au contraire révolté très tôt par cette résignation dont font preuve sa mère et les habitants de son quartier. Une résignation qu’il ne comprend pas. « Je sens bien au plus profond de moi, écrit-il, que toutes ces pratiques ne sont pas normales. Je suis sûr qu’une autre façon de vivre est possible, loin de la misère, loin des coups de feu, loin de la drogue, loin de cette violence crasse. »

Et, contre toute attente, c’est le personnage d’Emma Bovary du roman de Flaubert, découvert par hasard au collège qui va l’ancrer dans sa révolte et dans son désir de changer de vie. « J’aimais me plonger dans l’univers de cette femme nommée Emma, qui s’imaginait une vie romantique et brillante et qui ne se satisfaisait pas de la médiocrité de celle qui lui était imposée… À une échelle moindre, les mêmes sentiments me traversaient. Moi non plus, je n’étais pas content de ma situation, de mon cadre de vie et même du monde auquel j’appartenais. Moi aussi j’imaginais des moyens pour l’enjoliver. »

Pousser la porte du ghetto

Alors, Olivier, dit Djono, arrivera-t-il à enjoliver sa vie comme il le rêve ? À sortir enfin du ghetto en poussant cette porte, symbolisée par l’illustration de la couverture de son livre ? Une porte qu’une main, la sienne peut-être, tente d’ouvrir pour arriver à s’échapper. Je vous laisserai, bien sûr, le soin de le découvrir.

Mais avant de terminer cette chronique. Je tiens à vous rassurer : ce livre n’est pas du tout un récit larmoyant, enrobé de pessimisme. C’est au contraire, non pas une leçon, mais un témoignage d’espoir, de vitalité où la volonté de changer le cours des choses, en dépit des situations parfois dramatiques évoquées, est toujours présente.

En alternant les épisodes difficiles et les petits moment de bonheur, le meilleur et le pire, le narrateur-auteur, par son écriture enlevée, par les situations parfois rocambolesques qu’il décrit, nous entraîne sur un chemin où l’on ne s’ennuie jamais. Il nous fait prendre conscience que le malheur ne sort pas toujours vainqueur de la lutte pour la dignité humaine. En réalité, dans La porte du ghetto d’Olivier Pies, pour parodier le titre des souvenirs d’enfance de Maryse Condé, si on a finalement plus souvent le cœur à rire que le cœur à pleurer, on a surtout beaucoup de choses à méditer. Entre autres celle-ci où l’auteur évoque un séjour chez sa tante Francelyse à Dugazon, plus déshéritée encore que sa propre mère à Boissard :

« Nous avons vécu plus d’une année dans une indigence sans nom et pourtant ce fut la période la plus heureuse de mon enfance. Difficile à croire, n’est-ce pas ? Voilà une preuve concrète que ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur. Il est parfaitement possible de se sentir heureux sans un sou en poche. Mais pour y arriver, il faut savoir remplacer le manque matériel par autre chose… »

Pour découvrir ce qu’est cette autre chose, je vous renvoie à ce petit ouvrage qui m’a personnellement à la fois enchanté et ému :
La porte du ghetto d’Olivier Pies.

Bonne lecture à tous.

PS. Olivier PIES, né en 1972, est licencié avec mention en chimie de l’Université
Antilles-Guyane et exerce actuellement comme professeur des écoles.

Publié par Raymond Joyeux
le samedi 13 janvier 2024

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Littérature antillaise : deux publications passionnantes chez CaraïbÉditions

Pour les Antillais et plus globalement les Caribéens, pour tous les lecteurs et toutes les lectrices, créolophones ou non, voici, en ce début d’année, deux ouvrages susceptibles de les intéresser.

1 – Dictionnaire des Caraïbes de Caroline Bourgine


Le premier est de Caroline Bourgine qui vient de publier (mai 2023) chez CaraïbÉditions un Dictionnaire des Caraïbes. Dictionnaire amoureux s’entend, sous-titré : Un itinéraire poétique. Au total, un glossaire alphabétique de 438 entrées, allant de Abolition à Zombi, réparties en 7 thèmes présentés en pages de garde de l’ouvrage.

L’ouvrage

Sous une couverture et une typographie soignées, comme le sont tous les ouvrages de CaraïbÉditions, Caroline Bourgine, pour citer la 4è de couverture, « nous invite en toute subjectivité à circuler à travers les mots, les lieux, les auteurs, les langues et les territoires. L’auteure se plaît à rencontrer le singulier proche et lointain, tout un creuset de mondes brassés par l’histoire, la géographie, l’archéologie, la cuisine, la littérature, la botanique et les musiques. Autant de balises pour entrer dans ce Tout-monde, intime de la relation aux êtres et aux choses, pour entendre une composition poétique sans ordonnance tissée de définitions fragiles et mouvantes. »

Illustrations librement inspirées des pétrographes amérindiens

L’auteure

Diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris et de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris (EHESS), Caroline Bourgine dédie sa vie professionnelle depuis 30 ans aux cultures du monde et à la diversité de leurs expressions à travers le journalisme, la production artistique et la réalisation. L’ouverture aux terrains internationaux et aux Outre Mer constitue le cœur de son engagement. (PrésentationWikipédia).

En octobre 2021, elle a publié une étude intitulée Guadeloupéens aux éditions Henry Dougier

Extraits

Les deux extraits suivants de ce dictionnaire amoureux vont sans doute plaire à mes amis Saintois, entre autres, puisqu’ils évoquent ce qu’ils connaissent le mieux : le court-bouillon et le pélican.

Page 106 : Court-bouillon.

Il n’y en a pas deux pareils, clair ou épais, avec ou sans roucou ? Ses multiples préparations sont adaptées à autant de poissons en tenue de fraîcheur : grande gueule, chat, vivaneau, thon, poissons rouges, thazard, dorade….
Un court-bouillon est un secret de famille qui se transmet dans l’intimité d’une cuisine. Il en va de sa réputation !

Secret de famille, sans doute. Aucun Saintois à priori ne dira le contraire. Peut-être tiquera-t-il à propos de la présence ou non du roucou qui donne sa sauce rouge au court-bouillon traditionnel et qu’il conçoit difficilement sans cette épice… sans oublier bien entendu le citron et le piment. De quelque chose à ses yeux d’un peu pâlot, qui ne « pète » pas, d’une élection sans fraude, ne dit-il pas, comme un court-bouillon sans piment ! ?

Page 261 : Pélican, Grand Gosier

Leurs domaines sont les mangroves et les îlets où ils aiment se nicher et se reproduire.
La crête des vagues semble les aimanter lorsqu’ils déploient leurs ailes de toute leur envergure (2 mètres) pour plonger tout entier et saisir leur poisson. Comme une épuisette, ils filtrent l’eau avec leur grand bec et engloutissent leur proie…
Ils prennent un temps infini à lisser leurs ailes grâce à une glande huileuse et cireuse située près de leur croupion.
Non loin des ports de pêche, on peut les approcher ou les voir amerrir sur le pont d’un bateau, ces gigantesques oiseaux, maladroits sur la terre. Le pélican brun des Antilles est une espèce protégée depuis 1989.

Espèce protégée, bien sûr, mais dont la fiente acide sur leurs canots agace fortement certains pêcheurs et plaisanciers qui rêvent parfois en secret de fusil pour les chasser en tirant en l’air… sans les occire, cela va de soi…

Colonie de pélicans à Terre-de-Haut à l’arrivée des pécheurs. Photo Raymond Joyeux

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2Choukamo d’Hector Poullet

Le second ouvrage que je me propose de vous présenter est celui d’Hector Poullet, écrivain guadeloupéen, lexicologue et traducteur en créole de nombreux ouvrages dont les Fables de La Fontaine (Zayann) en collaboration avec Sylviane Telchid et, plus récemment, La Place d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, Plas-la.

Hector Poullet est également l’auteur, toujours avec Sylviane Telchid, du premier Créole sans peine dans la collection ASSIMIL. Ouvrage qui a été et reste encore pour beaucoup la référence en matière d’apprentissage du créole écrit.

L’ouvrage ci-dessous a été publié, comme celui de Caroline Bourgine, chez CraïbÉditions en septembre 2014. Il a été complété par un second volume intitulé Bikamo Kréyol Gwadloup, en octobre 2017, toujours chez le même éditeur.

« Dans le présent ouvrage, écrit Poullet dans son introduction, j’ai essayé de ne m’encombrer d’aucun a priori sur les origines et la genèse des langues créoles. Sans prétention aucune j’ai établi mon corpus à partir des mots rencontrés quelquefois au hasard de mes lectures, mais aussi pris uniquement dans des ouvrages qui se trouvent dans ma bibliothèque et dont je donne la liste dans la bibliographie… »

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Hésitant sur l’étymologie de certains mots, l’auteur reconnaît ignorer parfois leur origine. Ainsi à la page 113, il avoue à propos du terme Konfedmanti : « Je n’ai trouvé nulle part l’explication possible à l’usage de cette locution qui est employée couramment pour certifier quelque chose. »

Or, pour l’anecdote, possédant l’ouvrage dès sa publication, je me suis permis de téléphoner à l’auteur pour l’informer que j’avais peut-être une explication. Que cette expression serait, selon moi, une déformation guadeloupéenne de celle que nous employons aux Saintes : pwofèt manti qui a le même sens que Konfedmanti, terme inconnu à Terre-de-Haut.

Pwofèt manti, pour signifier que la chose est tellement vraie que si elle ne l’était pas, le prophète aurait menti. Une sorte de renforcement du sens par la négation ! Et j’ai donné à Hector Poullet des exemples d’emplois de cette expression souvent entendue chez ma mère, dans des situations comme celle-ci : Ti-moun lasa, pwofèt manti, i bel menm !

On peut employer également, à la place de pwofèt manti : apa pou di, qui est aussi une négation de renforcement de l’affirmation.. équivalent français de ce n’est pas pour dire.

Hector Poullet a été, je dois le dire, particulièrement accueillant et très intéressé par cette explication… alors même qu’elle n’est peut-être pas la bonne ! N’étant personnellement expert ni à expliquer ni à écrire correctement le créole. Mes amis Jean Samuel Sahaï et Marc-André Bonbon, mes deux professeurs occasionnels, ne diront pas le contraire !

*****

Voilà, en tous cas, deux ouvrages que, selon que vous soyez Guadeloupéen des Saintes ou du continent, pwofrèt manti ou konfedmanti, vous intéresseront à coup sûr si vous aimez le créole et souhaitez approfondir agréablement vos connaissances de cette langue.

Nous devons ces deux pépites parmi d’autres aux deux auteurs cités, bien sûr, mais aussi à CaraïbÉditions qui se consacre depuis de nombreuses années à nous faire découvrir la littérature caribéenne, sous la férule du très actif et avisé Florent Charbonnier, son directeur. À lui et à ses auteurs, experts en notre admirable langue maternelle – absurdement interdite autrefois à l’école – nous exprimons nos remerciements et souhaitons qu’avec eux l’aventure continue pour notre plus grand plaisir. C’est un peu plat comme compliment, je l’avoue, mais tant pis, ça vient du cœur et je promets de mieux faire la prochaine fois !

À TOUTES ET ÀTOUS, À MES ABONNÉS, LECTEURS ET LECTRICES DE CE BLOG, JE SOUHAITE UNE MERVEILLEUSE ANNÉE 2024, RICHE EN LECTURES ET DÉCOUVERTE DE NOTRE PRÉCIEUX PATRIMOINE CULTUREL ET LINGUISTIQUE.

Publié par Raymond Joyeux
Le 7 janvier 2024


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Le serpent de la haine : un cadeau de Noël empoisonné…

En cette veille de Noël 2023, période propice à la joie, la paix et la fraternité, la publication d’une photo de lycéens en visite à l’Assemblée Nationale suscite des commentaires racistes sur les réseaux sociaux.

Voici comment le journal 20 Minutes rapporte les faits :

« La France est une maternité géante pour Africains » : C’est ce genre de commentaires haineux et raciste qu’ont pu lire des élèves de seconde professionnelle sur les réseaux sociaux après une visite à l’Assemblée nationale le 4 décembre dernier. Ces enfants du lycée Mistral de Fresnes étaient invités par la députée Rachel Keke (La France Insoumise), qui a ensuite posté sur X (ex-Twitter) une photo de la visite, avec un commentaire qui ne prêtait pas spécialement le flanc à la polémique : « Bienvenue aux élèves de seconde pro du lycée Mistral de Fresnes ! ».

Lycéens de Freines en visite à l’Assemblée Nationale -Photo Rachel Keke. Journal 20 Minutes

Face à cette triste réalité, alors que cette même Assemblée Nationale vient tout juste de voter une loi contestée sur l’immigration, nous avons jugé bon de vous proposer, sans commentaire, ce poème de Léopold Sédar Senghor extrait d’Hosties noires paru en 1948 et que l’auteur avait dédié à Claude et Georges Pompidou.

Prière pour la paix

Voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que je croyais mort…

Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.

Seigneur, parmi  les nations blanches, place la France à la droite du Père.

Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des boeufs, pour engraisser ses terres à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.

Qu’elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os

Qu’elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins.
Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques

Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié.
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement

Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire
Qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires
Et de ma Mésopotamie, de mon  Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc.

Pour lire l’intégralité de ce poème : http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/priere-de-paix

Léopold Sédar Senghor :

Pour plus d’informations sur ce poète et homme d’état sénégalais, cliquer sur le lien suivant.

https://memoire-esclavage.org/biographies/leopold-sedar-senghor

L. Sédar Senghor

En dépit de cette sordide actualité, à ces lycéens de Fresnes et d’ailleurs, à vous toutes et tous, amis lecteurs, je souhaite un Joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’année.

Publié par Raymond Joyeux
Le vendredi 22 décembre 2023

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Terre-de-Haut : stop aux chiens errants sur nos plages !

Avec les épisodes récurrents des baignades interdites suite aux fortes pluies et aux ruptures régulières des canalisations des égouts communaux, un autre fléau sévit actuellement aux Saintes, tout aussi insupportable pour les adeptes de bains de mer et autres plaisirs de la plage : la prolifération des chiens errants sur le littoral du Fond-Curé.

Drapeau rouge, danger : baignade interdite. Photo Raymond Joyeux 16.12;23

Un problème d’image, de santé et de salubrité publique

On peut être l’ami ou le propriétaire d’animaux de compagnie et dans le même temps comprendre et accepter une règlementation pour le mieux être et la santé de tous. Posséder un chien – ou tout autre animal – suppose de s’en occuper et de faire en sorte qu’il n’aille pas divaguer seul à sa guise dans les lieux publics, surtout lorsqu’il existe des arrêtés municipaux interdisant cette divagation. Ainsi, à Terre-de-Haut, comme partout ailleurs en France métropolitaine et en Guadeloupe continentale, un arrêté existe en ce sens, depuis 2009. Mais combien le savent, et peut-être même au sein de la police municipale que l’on ne voit jamais intervenir pour le faire respecter ?

Or ce n’est sans doute pas pour embêter les propriétaires de nos amis canins que les responsables de la collectivité ont voté cette règlementation, à la demande de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Tout le monde sait en effet que, en dehors d’autres désagréments comme les trous profonds dans le sable, l’éventration, la fouille et l’éparpillement de poubelles, les ébrouements intempestifs au sortir de l’eau, les risques de morsure etc…, les chiens sont porteurs de parasites qui peuvent contaminer gravement les humains, surtout par leurs déjections à même le sable des plages.

Voir à ce sujet l’article sur les dangers du ver à chien en cliquant sur le lien suivant :

https://www.santevet.com/articles/vers-du-chien-quels-risques-pour-l-homme

Responsabiliser les propriétaires

Pour éviter de stigmatiser les propriétaires en infraction qui pourraient reconnaître leur animal, nous nous nous sommes abstenus volontairement de publier l’intégralité des photos prises récemment et aujourd’hui-même, ce samedi 16 décembre 2023, de chiens errants qui fréquentent librement plusieurs fois par jour la plage du Fond-Curé. Mais les trois photos ci-dessous montrent à quel point certains d’entre eux sont irresponsables en laissant divaguer leur chien sans aucun respect pour les riverains, la population en général et les touristes de passage. Empressons-nous de préciser que ce n’est pas le cas de ces peu nombreux propriétaires qui tiennent leur protégé en laisse et ramassent scrupuleusement leurs déjections dans des sachets prévus à cet effet. Un grand merci à eux ou elles pour leur civisme !

Déjection de chien errant. Photo prise le 16.12.2023. Plage du Fond-Curé

Afficher et faire respecter l’arrêté.

En définitive, comment responsabiliser les propriétaires récalcitrants s’ils ignorent l’existence de l’arrêté municipal et, surtout, si aucun panneau ne signale l’interdiction de divagation ? C’est, à notre sens, le rôle des autorités communales et de la police de proximité de faire en sorte que la règlementation soit respectée. Or, à ce jour, on a l’impression que tout le monde s’en fiche, sauf peut-être ceux qui marchent dans les crottes, qui se foulent la cheville dans les trous ou qui sont contaminés par les vers de chiens avec toute la ribambelle d’inconvénients sanitaires qui s’ensuit ! Par ailleurs, ne nous dit-on pas que notre île est une commune à vocation touristique ? La belle affaire !

Une précédente chronique sur le même sujet vous fera peut-être davantage sourire.
Pour la lire, cliquer sur le titre :

Publié par Raymond Joyeux
le dimanche 17 décembre 2023

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Recettes d’hiver… ou la poésie-surprise d’avant Noël

À l’AMI(E) ANONYME QUI ME VEUT DU BIEN…

Retour aux Saintes. Mercredi 13 décembre 2023.

Premier geste : la boîte aux lettres.

Pour une fois, pas de colossale facture d’eau ni d’avis d’imposition..
Quelques pubs destinées à la poubelle…

Sous la liasse de prospectus colorés, une simple enveloppe blanche déjà servie. Sans adresse. Une enveloppe plus épaisse que celles que je reçois habituellement.
Et même pas cachetée.

À l’intérieur, surprise : un livre. Oh, pas très épais ! Moins de 100 pages.
97 exactement en comptant les pages de garde et la table des matières.
Mais quel livre ! Un recueil de poèmes.

Avant même d’ouvrir la porte de la maison, je cherche un expéditeur. Une dédicace, peut-être ? RIEN !

Seuls, sur la couverture Gallimard, le titre, le nom de l’auteur : Louise GLÜCK, et un bandeau rouge : Prix Nobel de Littérature.

Une main anonyme me l’a glissé sans se faire connaître.
Certainement pas de quelqu’un qui me veut du mal ! De quelqu’un au contraire qui connaît ma passion dévorante pour la poésie. Un(e) passionné(e) comme moi sans doute. Oui, Un ou une passionné(e). Quel enchantement ! Nous sommes de la même planète.

À peine entré, sans même m’occuper de la valise ni des volets, je parcours les pages.
Lis des bribes au hasard.

Page 13.

Le jour et la nuit arrivent
main dans la main comme un garçon et une fille
s’arrêtan
t seulement pour manger des baies sauvages dans un plat
décoré de peintures d’oiseaux.

C’est une édition bilingue. Anglais d’un côté, traduction française de l’autre par Marie Olivier.. Mon ami Michel Duval aurait apprécié.

Plus loin, page 23 :

Un jour une enveloppe arriva,
affranchie avec des timbres d’une petite république européenne.
Cette enveloppe, le concierge me la tendit avec des airs fort cérémonieux ;
j’essayai de l’ouvrir dans le même esprit.

Quelle coïncidence ! Un jour une enveloppe arriva. La mienne n’est pas affranchie.
Comme celle de l’auteur qui continue :

À l’intérieur il y avait mon passeport.
Inside was my passport, écrit-elle en anglais.

Même sans la traduction j’aurais compris.

Pour moi, pas de passeport à mon nom dans l’enveloppe. Mais c’est tout comme :
un passeport pour le plaisir que m’offre à la veille de ce noël 2023 un(e) ami(e) anonyme. Et qui me rend plus que joyeux : Joyfull, écrit Louise Glück, page 59. Et non le fade happy, comme on traduit habituellement ce mot.

Joyfull ! La plénitude de la joie. Du bonheur. De la chance. Glück en allemand. Du nom même de l’auteure.

S’il fallait continuer à vous proposer des citations, je serais intarissable et c’est tout le recueil que je recopierais.

Mais qui est cette auteure ?

Louise Glück, née le 22 avril 1943 à New York et morte le 13 octobre 2023 à Cambridge (Massachusetts), est une poétesse américaine. Primée à plusieurs reprises, elle est lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Ses œuvres sont très peu traduites en français. Nous dit Wikipedia. Elle a publié treize recueils de poèmes, un texte en prose et deux essais sur la poésie. Ce présent recueil est sa dernière publication.

Photo Wikipedia


Voici comment sa traductrice (Marie Olivier) parle de son dernier livre

« Et le monde passe,
tous les mondes, chacun plus beau que le précédent.
 »

Avec Recueil collectif de recettes d’hiver, publié aux États-Unis en 2021, Louise Glück poursuit son oeuvre poétique en laissant une place de plus en plus grande à la narration. Dans ces poèmes qui prennent parfois des allures de fables, l’individualité des voix qui s’expriment s’estompe au profit d’une présence au monde plus collective. À mesure que des réalités matérielles sont mises à distance émergent une multitude de détails, métaphores obsédantes d’une vie perçue à travers le prisme de la mémoire et du rêve : des bonsaïs que l’on taille, un passeport abandonné, la lumière joyeuse du soleil, de petites princesses jouant à l’arrière d’une voiture. Tout converge vers une fin, accueillie plus qu’attendue. Mais tout fi nit par revenir, jamais à l’identique, comme l’hiver porte en germe le retour du printemps. Le langage, dans cette écriture de haute précision et d’une extrême concision, semble presque avoir épuisé ses ressources, et pourtant subsiste encore la possibilité de dire l’ineffable. Telle est la magie de la poésie de Louise Glück, sa force vitale.

En manière de remerciement

En terminant cette chronique, comment pourrais-je dire mieux sur la poésie de Louise Glück que sa traductrice Marie Olivier ? Et surtout comment remercier l’expéditeur ou l’expéditrice anonyme qui m’a fait cadeau de son précieux recueil ?

Peut-être tout simplement en citant une dernière fois l’admirable poétesse qu’il ou elle m’a permis de découvrir.

Pages 17-19 :

Parfois une carte postale arrivait.
Sur la face avant, des monuments emblématiques et œuvres d’art sur papier glacé.
Une fois une montagne couverte de neige. Après un mois environ,
un post-scriptum apparut : X te salue.


Qui sait ? pour moi, un jour, cet X aura peut-être un nom ! S’il me lit, je le salue en tout cas aujourd’hui à mon tour, en attendant que le mystère s’éclaircisse. Mais, chacun le sait, mystérieuse est souvent la poésie. Mystérieux parfois aussi sont les poètes et leurs admirateurs.

Publié par Raymond Joyeux
le 14 décembre 2023

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Ti-Auril : une critique de la Bibliothèque Nationale de France (BNF)

 

Publié par Raymond Joyeux
le mercredi 13 décembre 2023

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Un nouveau Bulletin municipal pour Terre-de-Haut

Une heureuse initiative

On ne peut que saluer et applaudir des deux mains (expression pour le moins bizarre car essayez d’applaudir d’une seule main !) la publication à Terre-de-Haut d’un bulletin municipal papier d’informations. Combien de fois par le passé avons-nous personnellement, avec d’autres, regretté l’absence d’un tel organe de communication dans notre commune, incitant en vain les responsables de l’époque à s’atteler à cette publication. Certes, comme partout ailleurs, la mairie de Terre-de-Haut dispose depuis fort longtemps d’un site officiel où sont publiées régulièrement des informations communales de toute nature, mais, tout le monde ne possède pas les outils et les compétences nécessaires pour y accéder. C’est une évidence. Aussi l’initiative de l’actuelle municipalité est un pas important vers la démocratisation de la communication, attendu que tout citoyen est en droit d’être informé, comme le précise à juste titre le maire, « de la vie de la commune, des réalisations et projets en cours… »

Éviter les erreurs du passé

Cela dit, ce premier apparemment vrai Bulletin Municipal, après la tentative avortée d’un précédent maire, est loin d’être parfait. Et nous pensons que ceux qui l’ont élaboré en sont certainement conscients. Mais ne jetons pas la pierre à une initiative louable qui, même si elle ne répond pas pour le moment à toutes les attentes des citoyens, a le mérite d’exister, on l’espère, pour longtemps. Et puisque le maire lui-même parle d’écoute et d’échange avec la population (terme deux fois employé), il ne faudrait pas que ces échanges soient à sens unique. Que les suggestions et propositions des administrés restent lettre morte et, surtout, que ce bulletin devienne une plate-forme d’autosatisfaction et de propagande ouverte ou déguisée, où l’opposition n’aurait pas son mot à dire. Comme c’était le cas pour des célèbres bulletins de la fête patronale du 15 août, particulièrement ceux édités entre les années 89 et 2001, aux frais du contribuable, où l’opposition, alors même qu’elle n’était pas représentée au Conseil municipal, était régulièrement critiquée, voire insultée. Le maire d’aujourd’hui, membre de la minorité de l’époque, doit s’en souvenir. Voir à ce propos la chronique sur la presse écrite aux Saintes, publiée en novembre 2013 – voilà donc tout juste 10 ans ! – en cliquant sur le lien suivant :

https://raymondjoyeux.com/2013/11/15/petit-historique-de-la-presse-ecrite-aux-saintes-2/

L’attente des administrés

Réalisations et projets communaux, manifestations, vie locale et animations festives, culturelles ou autres sont certainement les rubriques incontournables du sommaire d’un bulletin municipal digne de ce nom. Mais n’y aurait-il pas d’autres sujets tout aussi et parfois plus importants que ces informations basiques ? Nous pensons, entre autres aux problèmes non résolus comme les déficiences continuelles des égouts, les pannes récurrentes des camions de ramassage des déchets, l’absence dommageable d’une bibliothèque communale… nous pensons au budget et aux délibérations du Conseil municipal. Concernant ces dernières, les C.R. sont certainement affichés en mairie et nous imaginons que le public peut, s’il le souhaite, les consulter sur place. Mais maintenant qu’il existe un Bulletin imprimé et distribué aux particuliers, il serait judicieux, c’est une première suggestion, de pouvoir les lire aussi, paisiblement, à domicile par son intermédiaire. Le premier né de ce nouveau bulletin ne pouvait bien évidemment traiter toutes ces questions d’un coup. Laissons-lui le temps de prendre ses marques et l’avenir nous surprendra, peut-être… en bien.

En toute honnêteté

Ayant toujours appelé de nos vœux la création d’un bulletin municipal à Terre-de-Haut, nous ne pouvons en définitive que nous réjouir que ce vœu soit aujourd’hui réalisé. Et c’est en toute honnêteté que nous saluons ce premier numéro, avec l’espoir de le voir s’améliorer au fur et à mesure de ses publications. Puisse ce vœu se réaliser lui aussi. Une commune ne se réduit pas à sa municipalité. C’est l’ensemble de la population qui la constitue et rien de ce qui est fait en son nom ne saurait en aucune façon rester caché. Parmi les moyens à mettre en œuvre pour ce faire, en plus de la numérisation informatique, le bulletin municipal imprimé sur papier est une nécessité. Bienvenue donc et longue vie à cette belle et très heureuse initiative !

Publié par Raymond Joyeux
le 6 décembre 2023

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Décès de Jean-Pierre PÉTER

Nous apprenons avec tristesse le décès de notre compatriote Jean-Pierre Péter, survenu le vendredi 1er décembre 2023, à l’âge de 82 ans

Marin-pêcheur à la retraite, Jean-Pierre Péter, était une figure bien connue du quartier du Fond-Curé à Terre-de-Haut. Quartier qu’il a longtemps animé de ses palabres incessantes, empreintes de bonne humeur et de jovialité. Diminué depuis plusieurs années par la maladie, il a vécu ses dernières années dans sa maison du bord de mer, le plus souvent silencieux, mais toujours souriant, choyé par sa famille en permanence à ses côtés, comme un grand-père qu’on affectionne et qu’on entoure avec amour et sollicitude.

Appelé de la guerre d’Algérie 

Comme quelques-uns des jeunes Saintois de sa génération, heureusement peu nombreux, Jean-Pierre, né en 1941, n’a pas échappé au recrutement militaire des années 1960-62, où il ne faisait pas bon d’avoir 20 ans. C’est ainsi en effet qu’il a dû s’exiler malgré lui en Algérie, pour une guerre qui ne disait pas son nom et qu’officiellement les autorités françaises s’acharnaient à qualifier « d’événements »… Heureusement, pour lui, pour sa famille et la communauté saintoise, il en est revenu sain et sauf ! La tête pleine cependant d’un séjour imposé de bruit et de fureur, où la souffrance, la torture et la mort étaient omniprésentes. Et c’est dans cette réserve de souvenirs peu réjouissants, laissant de côté les images traumatisantes qui n’ont pas manqué d’affecter le jeune appelé qu’il a été, que Jean-Pierre puisait les anecdotes les plus présentables pour nous en faire le récit, comme pour exorciser le côté sombre de cette période de sa vie. Et nous l’écoutions en silence, amusés par sa verve croustillante, entrecoupée d’éclats de rire et qui se terminait toujours par un bon mot, vingt fois répété, dont il avait le secret. Amicalement surnommé Pi-Pique, du nom de cette herbe épineuse qui vous égratigne les jambes, non pas pour stigmatiser un défaut d’amabilité de notre ami, mais pour caractériser le fait qu’il revenait toujours à la charge avec ses mêmes histoires de régiment que chacun finissait par connaitre par cœur !

Un conseiller municipal impliqué, toujours à l’écoute

Après la période Eugène SAMSON qui fut un maire entreprenant, l’année 1971 vit arriver une nouvelle équipe municipale à Terre-de-Haut sous l’égide du docteur René GERMAIN, issu de Terre-de-Bas et premier conseiller général des Saintes, Parmi les membres de cette municipalité exclusivement masculine, figure Jean-Pierre PÉTER, 30 ans à l’époque, chargé des relations avec la jeunesse, et que l’on reconnaît sur la photo ci-dessous.

Municipalité élue en mars 1971
En partant de la gauche, on reconnaît :
Robert Azincourt – Raymond Joyeux -Jean-Pierre Péter -Raymond Déher -Maurice Vincent -Serge Cassin – René Germain – Robert Joyeux dit Louly – Daniel Mériot – Édouard Hoff – Gérard Maisonneuve – Alain Foy.

Un passionné de football

Peu avant cette période d’engagement politique, à son retour du service militaire, Jean-Pierre participa en 1964 à la création de l’association Avenir Saintois et intégra tout naturellement l’équipe de Football sous la direction du Docteur Yves Espiand.

Accroupis de gauche à droite : Michel Bocage – Jean-Pierre Péter – Yves Espiand – Raymond Joyeux – Euphrase Bocage

Ancien élève de Saint-Jean Bosco

J’ai bien connu Jean-Pierre, élève du lycée technique Saint-Jean Bosco près de Gourbeyre, à l’époque lointaine où j’étais moi-même pensionnaire au séminaire collège de Blanchet. Nos établissements scolaires respectifs n’étant éloignés que de deux kilomètres, nous prenions le même bus pour Trois-Rivières et le même bateau pour les Saintes à la veille de Noël ou de Pâques et surtout des grandes vacances si longtemps attendues. Voisins de toujours sur cette partie de la plage du Fond-Curé, nous nous retrouvions à Terre-de-Haut, heureux de partager nos habitudes de petits Saintois, nos vagues projets d’avenir, nos activités sportives au grand air et nos souvenirs d’enfance sur les bancs de l’école primaire du Mouillage !

Adieu Jean-Pierre

Comme beaucoup, je garderai de Jean-Pierre le souvenir d’un être jovial, fidèle en amitié, aimant comme moi-même la vie sans complexe, ni tralala… Ce n »est pas pour rien que nous nous sommes retrouvés ensemble dans la même équipe municipale de 1971, dans la même association sportive et la même équipe de football.. à une époque où il n’y avait pas de stade à Terre-de-Haut.

À ta famille proche ou lointaine, Jean-Pierre, à tes enfants, tes petits-enfants, tes gendres et belles-filles, j’adresse mes plus sincères condoléances et les assure de mon entière sympathie.

Publié par Raymond Joyeux
le Lundi 4 décembre 2023
Remerciements à sa fille Rosalie pour la photo de son père en militaire.
Les deux autres photos sont extraites de mes archives personnelles.

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Une nouvelle publication chez CaraïbÉditions

Après plusieurs mois de silence sur ce blog, j’ai le plaisir de vous informer de la parution de mon nouvel ouvrage sorti en librairie début octobre 2023 chez CaraïbÉditions. Ce livre de 216 pages au format 20 x 13, avec une illustration de couverture signée Alain Joyeux, est le récit de la vie en solitaire pendant plus de dix ans, à la fin du XIXè siècle, d’un jeune garçon nommé Ti-Auril, sur le Grand-Îlet des Saintes en Guadeloupe. Surnommé l’enfant sauvage, Ti-Auril n’est pas une simple légende née de l’imagination des habitants de l’archipel des Saintes. Il a réellement existé et c’est sur les indications des plus anciens habitants de Terre-de-Haut qui en ont entendu parler dans leur jeunesse, qu’à ma façon j’ai pu reconstituer certains épisodes de sa vie.

Une présentation de Michel Duval

Je remercie vivement Michel DUVAL, scientifique québécois, grand amoureux des îles et des Saintes en particulier, d’avoir accepté de commenter la parution de Ti-Auril dont il fut l’un des tout premiers lecteurs.

Le 9 février 2016, sur son site de blog (https://raymondjoyeux.com), Raymond Joyeux a publié huit beaux poèmes sur les îles. J’avais envoyé à cette occasion les commentaires suivants :

« L’île est une métaphore très riche de notre monde psychique intérieur, protégé du monde extérieur et de ses tourments. En anglais, île se dit d’ailleurs island ou « I – land », terre du moi intérieur.

Elle est une métaphore du refuge, peut-être le souvenir diffus de nos origines, quand nous flottions, heureux et protégés, dans le ventre de notre mère ?

Elle est une métaphore de l’enfance, du paradis perdu, de l’Eden, très largement utilisée en littérature et en poésie. Elle est par exemple l’Ithaque de l’Odyssée, la Procida d’Elsa Morante, l’île de Robinson et de Gauguin, l’île de l’idéal amoureux de Bernardin de St Pierre, l’île de Fréminville (Terre-de-Haut), révélatrice de sa troublante identité sexuelle de transgenre.

Le Grand-Îlet vu de la plage du Figuier – Photo Raymond Joyeux

On peut aussi la voir comme une métaphore de notre Terre et de notre Galaxie, flottant dans l’espace vide comme dans la matrice maternelle. Les astronomes parlent d’ailleurs joliment des autres galaxies comme étant des « univers-îles ».

En fait, l’île imaginaire ou réelle n’est pas toujours maritime, elle peut être terrestre (Île de France, Île St Louis, village natal), ou compagne de vie bien humaine.

Mais l’île est également une métaphore de notre prison intérieure, de notre solitude et de notre isolement, qui peuvent devenir étouffants et le siège des « mauvais esprits » primitifs.

L’île réelle peut elle-même parfois devenir un huis-clos oppressant (Sartre), avec ses jalousies et ses ragots. Il faut alors la fuir temporairement, ce que Raymond a joliment appelé « l’ex-île » dans un de ses recueils de poèmes, ne serait-ce que pour mieux y revenir.

L’île est donc peut-être aussi une métaphore de notre va-et-vient incessant entre idéal et réalité, et de notre « amour-haine » pour la société dans laquelle nous vivons ? »

Raymond Joyeux nous revient en 2023 avec ce passionnant récit : « Ti-Auril – l’enfant sauvage du Grand îlet », qu’on pourrait qualifier de récit historique et conte philosophique. 

Sous les traits à peine voilés de Ti-Auril, on devine le jeune Raymond nous racontant son enfance de liberté absolue dans les mornes de Terre-de-Haut, sa communion enivrante avec la flore, la faune, les poissons, les rochers, les falaises, les senteurs, le chant du vent, la mer, auxquels il s’identifie ; le ciel, la nuit étoilée, le cosmos, à l’écoute des vibrations de l’univers. Il nous fait partager son émerveillement et comme d’habitude sa connaissance, d’une érudition rare, des noms de chaque plante, chaque arbre, chaque oiseau, en créole comme en français, d’autant plus précieuse que beaucoup de ces espèces ont aujourd’hui disparu sous le béton ou le bitume.

On comprend qu’il a été lui aussi un « enfant sauvage » dans les mornes de Terre-de-Haut pendant des journées et des nuits entières, comme Ti-Auril à Grand Îlet.

Cet enfant sauvage était d’une certaine façon « une île dans une île », une double protection de son riche monde intérieur face aux contraintes sociales de l’île devenue  prison morale.

Raymond nous dévoile dans le détail comment faire des pièges pour attraper et manger des tourterelles, faire du feu sans allumettes, le maintenir sous la cendre sans faire de fumée, créer un jardin potager de plantes sauvages, apprivoiser des chèvres, boire leur lait.

Il nous explique que la Nature a été créée pour les hommes, et les hommes pour la Nature, rejoignant en cela les physiciens d’aujourd’hui qui nous disent que si les constantes physiques étaient très légèrement différentes, la vie n’aurait pu exister.

Le Grand-Îlet de Ti-Auril vu et dessiné par Alain Joyeux

Il nous dit son adoration pour le figuier maudit, temple sacré végétal. Apparemment il n’en resterait plus qu’un seul, sur l’îlet Cabri (?). 

Il nous décrit dans le détail les dévastations du cyclone de 1886, calquées sur celles de Maria en 2017.

Il nous dit sa terreur qu’on l’arrache de son espace de liberté intérieure, comme les thons sauvages et fiers capturés dans les filets des pêcheurs. C’est pourtant ce qui arrive à Ti-Auril et à Raymond. Il faut les « civiliser », les « normaliser », les « éduquer » contre leur gré. 

C’est là où réside peut-être l’ambiguïté de la fin du récit. Ti-Auril et Raymond semblent se soumettre à cette normalisation, aux rituels de l’Église, qui pourtant sont très loin de leur espace de liberté dans les mornes. 

Ils retrouvent l’île-prison et l’île huis-clos oppressive, que les esclaves affranchis cherchaient à fuir en allant sur Grand Îlet, îlot de liberté pour eux comme pour Ti-Auril.

Pour comprendre la suite de l’histoire de Ti-Auril et Raymond après la fin du récit, il faut  relire les poèmes et les récits de Raymond Joyeux depuis 1986. On y trouvera la nostalgie de son espace de liberté perdu. C’est en partie dans la poésie qu’il va la retrouver, et conclure que sans doute il a plus appris sur lui-même dans les mornes de son enfance que pendant ses études à l’université ! Le plus beau des poèmes peut-il égaler cette communion intime, éblouissante, avec la nature ? C’est l’enfant sauvage en lui qu’il y cherche désespérément. 

Pour décrire la suite de l’histoire, soit l’insertion de Ti-Auril et de Raymond dans la modernité de l’île, on rêve d’un autre récit de Raymond Joyeux sur les Rastignac de Terre-de-Haut, les luttes de clans et de pouvoir, les ragots, les moqueries, les sarcasmes, la corruption, la cupidité, les inégalités économiques croissantes, l’exil des jeunes, les derniers Ti-Auril de l’île. En aura-t-il le temps? On l’espère.

Michel Duval
Montréal, Canada

Extrait

Ti-Auril est disponible à la Fnac, chez Amazone, Decitre et autres grandes librairies d’Outre-Mer et métropolitaines.
En Guadeloupe, on peut le trouver, entre autres, au rayon livres de Carrefour Destrelland à Baie-Mahault… ou se le faire commander par son libraire.

Pour rappel, chez le même éditeur, sont également disponibles mes deux précédents récits autobiographiques :

Fragments d’une enfance saintoise
-Les manguiers du Galion

Publié par Raymond Joyeux
le mercredi 8 novembre 2023

Publié dans Littérature | 8 commentaires

Les chroniques de L’IGUANE (2)

Pour faire suite à la cérémonie de reconnaissance à notre compatriote Masséna DESBONNES, mort pour la France à 23 ans, le 25 avril 1945, soit 13 jours avant l’armistice du 8 mai, je vous propose cette seconde chronique de Félix FOY publiée dans le N° 28 du journal L’IGUANE des mois de mai-juin 1994.

***

« Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se suicide dans son bunker de Berlin. Sa maîtresse Eva Braun l’accompagne dans la mort après avoir conclu avec lui un engagement de mariage.

Les derniers fidèles du Führer ont soin de brûler les corps afin qu’ils ne tombent pas entre les mains des Soviétiques ni ne soient insultés par la foule comme, deux jours plus tôt, les dépouilles de Benito Mussolini et de sa maîtresse Clara Petacci. 

Une semaine plus tard est signée à Reims la capitulation des armées allemandes. C’est la fin dramatique et sans gloire du IIIe Reich. »

Signature de l’armistice du 8 mai 1945

(Document herodote.net. Le média de l’histoire)

En cette fin d’avril 1945, l’Allemagne, prise en étau à l’Est par les forces soviétiques, à l’Ouest par celles des alliés occidentaux, connaît la guerre sur son sol. Berlin est occupé, c’est la reddition de la Wehrmacht le 7 mai à Reims et la capitulation sans condition du 3ème Reich. Le 8 mai 1945 l’armistice est signé à Berlin, officialisant la fin des combats à 23h01 ce même jour.

Terre-de-Haut, 8 mai 1945 

L’écharpe

À l’annonce de l’armistice, imaginez la fête à Terre-de-Haut ! C’est tout simplement la folie. Nous rions, crions, dansons, chantons.

Brusquement tout s’arrête… notre maire destitué, Théodore SAMSON, s’avance majestueusement et nous demande de le suivre jusqu’au bar Le Coq d’or. Là, il se présente à Monsieur Louis AZINCOURT, adjoint au maire nommé par Vichy et, devant la population rassemblée, le prie de bien vouloir lui rendre son écharpe. Il est évident que Monsieur AZINCOURT refuse en expliquant qu’il n’était que l’adjoint de Monsieur de Meynard et que ce dernier n’est plus dans le pays. Nullement embarrassé, Dodo, en tête du cortège que forment déjà ses administrés, se dirige vers la mairie qu’il investit en déclarant solennellement qu’il est dès cet instant maire de Terre-de-Haut, qu’il expédie les affaires courantes et, confiant en sa population, il sera réélu aux prochaines élections. Acclamation de la foule en délire qui applaudit à l’avance à sa réélection.

Ouf ! la guerre est terminée en Europe, mais elle continue en Asie. Malgré les nombreuses victoires des Américains, les Japonais résistent avec détermination et posent certains problèmes aux stratèges de la marine des États-Unis. Des pilotes nippons volontaires, se lancent à corps perdus avec leurs avions bourrés d’explosifs sur les bâtiments de la flotte US, les fameux avions suicides avec leurs pilotes kamikazes.

Attaque de Pearl Harbor par les Japonais le 7 décembre 1941

Les festivités de l’armistice continuent chez nous jusqu’à l’aube du deuxième jour, puis tout le monde se met à rêver de lendemains meilleurs qui tarderont à venir car la France, brisée, exsangue, est à reconstruire.

Un événement grave se produit à Pointe-à-Pitre : nos soldats qui reviennent de la Métropole sont momentanément interdits de quitter le bateau. Ils ne comprennent pas cet ordre et, face à leurs parents impatients, décident de passer outre et de fouler leur sol natal ; une fusillade éclate, les tirailleurs sénégalais qui ont pour mission d’empêcher la descente, tirent. Plusieurs de nos jeunes Guadeloupéens tombent, mortellement blessés. Le capitaine Saintonge est tué net. Un beau gâchis pour des retrouvailles après des années de souffrances et de sacrifices pour sauver la patrie. Belle récompense !

Nos garçons des Saintes ont échappé à cette tuerie. Ils sont là, accueillis chaleureusement par la population. Les enfants les honorent à leur manière, s’accrochant à leurs basques, leurs posant mille questions. Nos valeureux soldats, nos héros, répondent, racontent inlassablement le récit de leur épopée…

Félix Foy

Notre regretté ami Félix Foy n’a pas nommé ceux de notre île qui sont revenus sains et saufs de la guerre. Sans doute les plus anciens d’entre nous doivent connaître leurs noms. Nous, nous savons cependant que l’un d’entre eux n’était pas de leur nombre, il s’agit de Masséna DESBONNES, comme il est mentionné au début de cette chronique...

Profitons donc de cette page pour remercier Madame Maryse Bertin du Souvenir Français, Cécile Jacob, professeur d’histoire et ses élèves de 3eme du Collège Archipel des Saintes, ainsi que les officiels départementaux et la municipalité de Terre-de-Haut qui ont œuvré pour permettre l’organisation de cette cérémonie en l’honneur de notre jeune compatriote, mort pour la France, Masséna Desbonnes. Auquel il ne faut pas oublier d’associer le nom de Cyprien Samson, fusillé en déportation, distingué lui aussi par la municipalité de Terre-de-Haut le 15 août 2018, lors de l’inauguration de la Place des Héros.

Plaque apposée sur le tombeau de Masséna Desbonnes lors de la cérémonie du 25 avril 2023
Les élèves de 3ème du collège des Saintes entourés de Madame Bertin à gauche et de Cécile Jacob

Toutes les photos de cette cérémonie du 25 avril 2023 en l’honneur de Masséna DESBONNES sont visibles sur le Facebook de la mairie de Terre-de-Haut.

L’écharpe, texte de Félix Foy
Publié par Raymond Joyeux
Le 8 mai 2023

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