Séisme des Saintes de novembre 2004 : 15 ème anniversaire

C’était le  plus important séisme depuis un siècle en Guadeloupe

Voilà quinze ans jour pour jour, le dimanche 21 novembre 2004, à 7 heures 41 locales, un séisme de magnitude 6,3 ébranlait la Basse-Terre et réveillait brutalement toutes les Saintes. Appelé dès lors Séisme des Saintes, son épicentre se situait entre le Sud du petit archipel et le Nord de la Dominique, voir illustration ci-dessous.

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Un décès à Trois Rivières et les Saintes ébranlées

Semant la panique parmi les populations, il a provoqué la mort d’une personne à Trois-Rivières et fait d’importants dégâts à Terre-de-Haut, mais davantage encore à Terre-de-Bas, l’île voisine. Ce fut le plus important séisme enregistré en Guadeloupe depuis plus d’un siècle. Outre la destruction de nombreux bâtiments et la peur de leur vie pour les habitants, en moins de 10 secondes, la secousse a généré un creux à la surface de l’océan, provoquant un tsunami à certains endroits des côtes saintoises, particulièrement au Marigot et à l’Anse Figuier pour ne parler que de Terre-de-Haut. Des débris laissés par la vague ont montré que la mer était montée sur plusieurs mètres à ces endroits. Toute la journée de ce triste dimanche pluvieux et les jours qui suivirent, de nombreuses secousses ont été ressenties, obligeant les autorités à installer un village de toile pour les personnes sinistrées et pour ceux qui craignaient de regagner leur maison par peur des  incessantes répliques, plus ou moins importantes.

Pour rappel,
à Terre-de-Haut : outre des dégâts dans certaines maisons, le clocher de l’église a été fragilisé et a dû être démoli intégralement. Un autre clocher, semblable au tout premier édifié à l’origine l’a remplacé. L’école primaire du Mouillage a également beaucoup souffert et a cédé sa place à une construction neuve .

À Terre-de-Bas : effondrement de nombreuses maisons et la façade de l’église entièrement écroulée. Des reconstructions dont celle de l’église, ont été nécessaires.

Livres et témoignages

Inutile de dire que cet événement dramatique a suscité nombre de commentaires officiels et populaires, ainsi que des témoignages poignants, aussi bien dans la presse écrite qu’à la télé et sur les radios locales. Des livres ont été édités par la suite qui racontent par le menu les conséquences matérielles du tremblement de terre et le ressenti psychosomatique de leurs auteurs et de leur entourage au cours et après le phénomène. Nous pensons particulièrement au très bel ouvrage de Madame Léoncie Vala-Nadille de Terre-de-Bas, paru chez Nestor en 2012 : 40 secondes pour 40 ans de travail, livre dont nous avons rendu compte ici-même, dans notre chronique du 3 septembre 2013 : raymondjoyeux.com/2013/09/03/40-secondes-pour-40-ans-de-travail/. De son côté, le poète et conteur marie-galantais, Max Rippon, publiait un petit livre fort intéressant dont le titre reprend tout simplement les termes de la magnitude du séisme : Six virgule trois. À la différence près que ce dernier ouvrage se veut une œuvre de pure fiction alors que celui de Mme Léoncie Vala-Nadille est un témoignage vécu d’une bouleversante authenticité.



Le livre de Max Rippon a été publié chez Jasor. Celui de Mme Vala-Nadille aux Éditions Nestor.

Sur le vif : le récit d’A…

Les enfants aussi ont été fortement marqués par la violence du séisme. D’autant plus que l’école primaire de Terre-de-Haut  a subi de gros dégâts, laissant imaginer le pire si la terre avait tremblé un jour de classe. C’est pourquoi, au lieu de vous exposer les savantes explications scientifiques et géologiques, fort instructives mais quelque peu rébarbatives pour les non initiés, explications que l’on peut par ailleurs trouver facilement sur Internet en tapant Séisme des Saintes, je vous propose le témoignage d’A…, collégien de 13 ans à l’époque, qui, dans le cadre d’une rédaction faite en classe, peu après l’événement, a simplement intitulé son récit :

 » Un dimanche à Terre-de-Haut « 

 « Atmosphère paisible, rêves charmants, sommeil calme, nombreuses sont les impressions que pendant cette nuit du 20 au 21 novembre je ressens. Je ne peux imaginer meilleur repos. Tout d’un coup, sur le matin, je suis secoué une première fois brutalement, sèchement. Je pense alors : “Quel chauffard peut conduire aussi mal ? !” Il est vrai que la petite maison, une façade sur mer, l’autre sur rue, est en position favorable en cas de dérapage. Mais malgré cela, La Lucarne (c’est comme cela qu’on l’appelle) est à mes yeux la demeure la plus belle des Saintes. Puis je pense à autre chose, beaucoup plus surprenante et inattendue : un tremblement de terre. Je suis alors parcouru d’un frisson d’effroi : la maison, moitié bois, moitié béton, ne tiendrait pas longtemps. Aussi n’écoutant que mon instinct de survie, je m’empresse d’ouvrir les yeux et de me sortir du lit.

Dans les ténèbres de ma chambre, je me retrouve debout, lorsqu’une seconde secousse plus forte et plus longue me projette au sol. Abasourdi, à quatre pattes, je suis surpris de voir, du moins d’entendre avec quelle facilité les bibelots et autres livres tombent et se fracassent en s’éparpillant sur le carrelage en même temps que mon armoire. À l’estime, cette secousse dure une quinzaine de secondes. Désorienté, le temps de me remettre, je le vois enfin, ce filet de lumière salvateur qui filtre au bas de la porte. Je bondis hors de ma chambre et m’empresse de m’extirper de la maison.

Une fois dehors, je vois toutes les Saintes dans la rue, toutes classes d’âge confondues. Devant moi passe une vieille dame en pleine crise de nerfs. Plus loin, un groupe de personnes entoure un pan de mur effondré. Puis j’aperçois mon père, une baguette de pain à la main. Il accourt :
– Tout va bien, fiston ? Rien de cassé ?                                                
– Pour moi, tout va bien. Mais à l’intérieur !…
– Si tu es sain et sauf, c’est l’essentiel, dit-il, les dégâts matériels, ce n’est rien. J’ai bien cru qu’un Boeing nous tombait dessus ! Mais où est ta mère ?
– Où est maman ? répété-je, inquiet. Ah oui, je sais, chez le coiffeur !.. Et je la vois accourir vers nous, essoufflée, le visage décomposé.
– Ça va, mes chéris ? crie-t-elle.
– Ça va, répond mon père. 
– C’est horrible, mais je suis OK, répliqué-je à mon tour.
– Tant mieux, moi aussi, dit ma mère. Mais, mon Dieu, quelle frayeur ! Nous…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une nouvelle secousse fait vibrer la petite île qui tangue fortement. Partout, des voix de femmes s’élèvent. Certaines prient, les yeux au ciel. Je vois même les pires mécréants s’agenouiller en implorant miséricorde… 
Et la matinée se passe dans le stress et l’attente, la pluie incessante renforçant l’atmosphère d’apocalypse.
L’après-midi, après des secousses toutes les dix minutes environ, et une forte réplique vers 15 heures, nous nous décidons à pénétrer dans la maison, avec précaution, nous précipitant dehors à chaque alerte. En réalité, chez nous, peu de dégâts, quelques verres et assiettes brisés ainsi que l’armoire de ma chambre à terre. Un rapide coup de balai pour éliminer les tessons mais pas question de remettre quoi que ce soit sur les étagères…

Le repas du soir est frugal : sandwich et eau claire autour d’une lampe de fortune. La journée a été partagée entre secousses, rumeurs, visites et coups de téléphone. Lorsque le crépuscule commence de s’établir, mon père annonce :
– Ce soir, mon cousin Jean viendra passer la nuit chez nous.
– Pourquoi, dit ma mère, il est sinistré ?
– Sa maison n’est absolument pas praticable. Je l’ai visitée dans la journée, elle est fendillée de partout et menace de s’écrouler. Ici, il sera en sécurité.
– De toute façon, ajoute ma mère, personne ne pourra dormir avec les secousses et l’in-quiétude, alors tu fais bien de le faire venir.

C’est ainsi que regroupés sur la terrasse du bord de mer nous passons la nuit tous les quatre à épier les répliques, un œil à demi fermé, l’autre bien ouvert au cas où, nous précipitant sans réfléchir à l’extérieur chaque fois que le sol semble se dérober sous nos pieds… »

Merci A… pour ce beau texte, émouvant et réaliste !

Une video pour la reconstruction

Dans la vidéo suivante, mise en ligne sur youtube par la Région Guadeloupe, photos à l’appui, le maire de Terre-de-Bas évoque la reconstruction de sa commune après le séisme de 2004 :

 https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=eqonLqkL2-M

Un poème pour s’en souvenir

Séisme

21 novembre 2004

La terre se dérobe aujourd’hui à nos pas
Dans un fracas d’orage et d’oiseaux envolés
L’âme de la frégate éprouve le trépas
Et tous les corps tremblants semblent ensorcelés.

L’air saccadé de pluie n’adoucit pas les cœurs
Et les genoux meurtris implorent le répit
La pierre du sentier s’égare et dans sa peur
S’adosse à la clôture et délaisse l’épi.

Nul arbre dont les bras portent leur cargaison
D’indicibles tourments tel un fardeau d’hilote
Ne retrouve la paix au seuil de sa maison
Toute racine est vaine au sein de l’île morte.

Les navires au port palpitent aux répliques
Et l’amphore fourbue comme une nuit trop lasse
Sème au loin son secret à la vague sismique
Sous le regard absent de l’angoisse qui passe.

Fragile crépuscule aux sources des geysers
Le voile du sommeil parade à la Saint-Guy
Les yeux sont fatigués de plaies et de déserts
Et laissent aux vivants leur charge d’agonie.

Raymond Joyeux
in Le pire est à venir -Décembre 2004 – Les Ateliers de la Lucarne

Photo Raymond Joyeux

Raymond Joyeux

Cette chronique, aujourd’hui revue et complétée, a été publiée pour la première fois sur ce blog le 20 novembre 2014 pour les 10 ans de l’événement.

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