Entre masques et confinement, hommage aux pêcheurs saintois…

Condamnés au repos forcé pour cause de confinement, la plupart des marins-pêcheurs saintois sont dans l’incapacité involontaire d’exercer momentanément leurs activités. Pour rendre hommage à leur professionnalisme et à la dureté de leur métier, héritage de nos ancêtres, ce poème leur est aujourd’hui dédié, bien qu’il ait été composé voilà dix ans… Puissent-ils retrouver bientôt la pleine liberté de leur retour en mer, leur principale et salutaire raison de vivre. 

Repos d’un pêcheur

Aux marins-pêcheurs saintois,
artificiers de palabres et de nymphes, glaneurs de fonds
inhospitaliers, dompteurs de grands bleus inédits.

(Avec la complicité d’Alain Joyeux pour les illustrations)

Las, noirci de soleil et le cœur ocellé
De lunules chargées de sel et d’algue brune
Les yeux toujours brûlants et le front constellé
Laisse ta rame à terre aux clartés de la lune.

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Cette source répand aux fibres de la voix
La sève du repos qui adoucit la peine.
Oublie pour une nuit et la mer et ses lois
Ne cherche plus la caye aux mailles de la senne.

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Pêcheurs aux masques – Alain Joyeux – Tableau retouché à l’ordinateur

Lance par-dessus bord sans l’accent d’un regret
La charge de travail que tu portes aux bras
Ce fardeau crucifie tes jours et son reflet
Assombrit ton regard buriné de tracas.

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A la fraîcheur du ciel défiant l’horizon
Quand les oiseaux marins s’effacent dans la brume
De la nuit qui s’invite au seuil de ta maison
Confie à l’air vibrant léger comme une plume

Tes loques de pêcheur indécentes dépouilles
Marquées encor du sang de tes combats salins.
Ne laisse ni la sueur ni la plaie de la rouille
Auréoler en vain ton souffle cristallin.

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Dans un bain de feuillage aux essences hardies
Descendues des sillons de terres amicales
Lave tes rêves noirs où les lames brandies
Sont bastille cernant tes angoisses opales.

Que l’or pur ciselant la crête des collines
Assigne à ton sommeil l’ultime point de mire
Et que le cri mûri qui gonfle ta poitrine
Attende que le jour sur l’écume se mire.

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Et si ton corps frissonne aux premières aurores
S’il se rebelle au lin où l’alerte navigue
Abandonne au silence ainsi que font les morts
Tes bras enluminés, ton reste de fatigue.

Ces troupeaux sans destin qui hantent le danger
Ces esclaves de liane à la nasse captifs
N’ont pour les asservir ni rênes ni bergers
Et ne seront jamais aux souffrances rétifs.

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De ta main pacifiée ô frère de misère
Comme au tronc du cornier la branche résolue
Du fraternel oiseau accueille la lumière
Et présente à la vie ta seule force nue.

Poème de Raymond Joyeux
Extrait de Au hasard de la nuit – Édition Les Ateliers de la Lucarne-Avril 2010

Publié le 8 mai 2020

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