Terre de Haut confinée : Les Saintois « sous le charme » (1ère partie)…

Tableau non exhaustif
et réflexions d’un de nos correspondants sur place

Malgré le confinement, l’immuable beauté d’un coucher de soleil saintois. Ph. A Joyeux

À propos du titre :

« Sous le charme » est ici volontairement utilisé dans son double sens : en effet, le mot d’ordre de confinement agit comme un charme, dans son sens de « sortilège » sur ses habitants soumis à un décret imposé à propos du danger d’une épidémie. Tel le « château endormi » des contes populaires où la vie se fige comme envoutée par une perfide sorcellerie ; le « charme » recouvre également son sens d’ « enchantement », d’émerveillement, car la situation présente fait resurgir une puissante magie de notre environnement naturel. Par l’apaisement soudain des affaires humaines, l’écrasement de toutes nos agitations, le charme invite aussi à percevoir avec une acuité accrue l’essentiel de ce qui fait la beauté et l’attrait extraordinaire de notre archipel. Nos qualités et travers très humains se révèlent ainsi par la même occasion… Cette pause contemplative invite à la réflexion et intervient au moment même où les Saintois de Terre de Haut, à travers l’enjeu des élections municipales, doivent s’interroger sur les directions à donner à leur proche avenir collectif.

Lieux communs

La situation de ces dernières semaines à Terre de Haut reflète par bien des aspects celle de la Guadeloupe, de la France et de nombreux pays de par le monde (pas tous, notons-le bien). Au jour de publication de cette chronique, (17 avril 2020), même s’il y a zéro cas recensé et déclaré de contamination au COVID19 à Terre de Haut, le mot d’ordre de rester confiné chez soi est globalement (et pour l’instant) docilement respecté par la population. Les rares sorties, dans le cadre réglementé d’auto-attestations dument remplies, pour se ravitailler ou pour une courte  promenade de santé, permettent de se rendre compte de cet état de fait : les rues sont désertes, en particulier l’après-midi. L’écrasante chaleur et sécheresse d’un carême bien installé accentuent cette impression de torpeur surréaliste. Notons dernièrement la venue de quelques pluies bienfaitrices pour nos forêts, jardins et pâturages.

L’impression d’île fantôme, sous une menace, fantôme elle aussi, car « invisible » à notre perception directe, est en effet saisissante lorsque l’on songe à l’ambiance qui régnait début mars dans notre île, sujette encore alors à l’activité effrénée caractéristique du cœur de la saison touristique : locations de véhicules, bars et restaurants, hôtels, gîtes de vacances ou chambres d’hôtes, vie commerçante et chantiers fonctionnant à plein régime à cette époque de l’année et où le postillon carnavalesque et festif s’échangeait encore allègrement et librement !

Il va sans dire que l’arrêt brutal de l’activité économique dû aux mesures de confinement imposées par dictat étatique est, comme partout ailleurs, un problème de premier ordre, très réel celui-ci, source d’une inquiétude ajoutée à celle du tourment sanitaire :

Le secteur touristique dans son ensemble, source de beaucoup d’emplois et de revenus, ainsi que celui de la pêche, étant sans doute les plus affectés.

Mais, ô joie, le distributeur de billets de banque ruisselle encore et nous pouvons toujours « consommer » et nous ravitailler. A noter que si les gains professionnels font défaut pour beaucoup de professions, les diverses charges et loyers courent toujours … Malgré les promesses de la solidarité de notre État (à suivre !), les banques, comme toujours, ne semblent pas encore prêtes à faire de cadeaux !

Mais bon, comme l’on dit, les plaintes sont affaire d’enfant et de vieillard, et il faut bien dire et être conscient du fait que la situation de notre archipel est on ne plus privilégié en regard de celle des habitants des villes, y compris en Guadeloupe, ou sous des climats moins cléments. Aussi, s’il fallait résumer notre situation, nous pourrions affirmer, pour le moment que : « Nous sommes bien aux Saintes ! »

Pas de tourment aujourd’hui ! – Photo Alain Joyeux

En effet, être confiné comme actuellement sur une petite île ne donne pas vraiment lieu à un sentiment tout à fait étranger. L’insularité est en effet déjà une forme de confinement naturel. Ce que nous vivons actuellement n’est qu’une amplification passagère de ce nous vivons tous, au quotidien en période « normale », certes à degré moindre qu’en ce moment. Seule la privation de notre liberté de circuler comme l’on souhaite et l’arrêt partiel (mais sévère) de notre économie marque la différence et nous fait ressentir l’amère réalité d’être sous le joug d’une punition imméritée que l’avenir, peut-être, nous dira si elle fut justifiée ou non.

Nos aînés et les personnes à la santé fragile

La situation imposant toutefois la plus grande prudence, l’on comprendra l’anxiété des personnes à la santé fragile, tous âges confondus ainsi que pour leurs proches, car face à toute agression virale contagieuse (grippe, dengue…) ce sont eux les plus exposés. L’inquiétude et l’angoisse, amplifiées par le tapage médiatique autour du COVID19, sont source de beaucoup de tourments pour ces personnes et leur entourage. Les soucis et le moral en berne sont, comme nous le savons tous, un facteur aggravant pour la santé. N’oublions pas non plus ceux qui souffrent de troubles mentaux ou d’état dépressif, pour qui cette situation doit être doublement éprouvante.

Rue principale déserte – Photo Alain Joyeux

Parmi les personnes fragiles, notons le grand nombre de personnes âgées qui résident aux Saintes. L’écho des médias faisant entendre leur grande sensibilité à cette contamination, il est compréhensible que nos aînés soient aussi très inquiets et restent chez eux.

Une des difficultés relatives au confinement est justement, pour beaucoup d’anciens, le défaut d’exercice physique et la « distanciation » imposée dans les relations sociales par l’obligation de rester chez soi. La solitude étant souvent une grande souffrance pour le grand âge, la privation de sortie et de promenade s’avère être un poids supplémentaire. Les retraités aux Saintes, pour beaucoup, ont la chance d’être proches de leur famille, ce qui limite chez nous ce phénomène d’isolement. Il est aussi un fait que la vie de village les a par ailleurs habitués à sortir en toute liberté pour aller voir des amis ou des proches, pour marcher ou pour prendre un bain de mer, autant de bénéfices pour la santé et pour le moral. Espérons là aussi que ces privations seront bientôt à conjuguer au passé.

Nous espérons prochainement de bonnes nouvelles officielles quant à un traitement efficace des malades et un ton plus rassurant de nos médias malheureusement toujours à l’affut de sensationnel et d’étalage morbide, ce qui n’arrange rien à l’affaire, bien au contraire, lorsque l’on sait que la télévision est souvent la seule distraction possible en ce temps de confinement ….

L’enfance confinée : un sentiment de punition ?

L’absence quasi totale des enfants dans les rues de notre village est tout à fait remarquable. L’on comprend bien sûr que les parents soient particulièrement vigilants pour leur éviter tout danger de contamination. Les petits sont la prunelle de nos yeux et les couver, les choyer chez soi est le plus naturel des comportements, dicté par la prudence la plus élémentaire.

 Mieux vivre ensemble (en solitaire) – Ph. A Joyeux – avec l’accord de notre ami ÉLIN

Cependant, qui de plus actif qu’un enfant ? une tendance même à l’hyperactivité est dans la nature du jeune âge… Rester pour eux enfermés toute la journée à la maison peut sans doute être ressenti et vécu comme la pire des punitions …

La partielle anesthésie de l’âme que procurent les écrans connectés et hypnotiques vaut bien sûr de longs moments de tranquillité aux parents. Pourtant nous savons que les enfants explosent souvent, « sainement » si l’on peut dire, une fois rassasiés et saturés d’écrans. Le manque d’activité physique et créative, de jeu sain se fait sentir à un moment ou à un autre. Que dire aussi, pour beaucoup d’entre nous, de notre sur-présence aux écrans numériques ? cette réalité sociologique de nos addictions technologiques est sans doute une « drogue » très efficace permettant de supporter cet enfermement contraint. Mais comme toute addiction, quel en sera le prix à payer ?

Ados numérisés

Nos adolescents sont sans doute les plus atteints par ce phénomène très attractif des « prothèses numériques » et le confinement, qui rajoute en plus des heures de cours en ligne sur les écrans. Cette situation qui oblige de surcroit à éviter toute relation sociale (nous savons à quel point les relations amicales ou amoureuses sont importantes à cet âge) n’est pas pour arranger cette boulimie galopante de connexions. L’exclusion de toute sortie et donc de sport, malgré l’heure quotidienne autorisée, est aussi un poids, un manque énorme pour la santé de nos ados qui ont de l’énergie à revendre ! Il est vrai qu’ils ont aussi besoin de dormir et, en cela, peuvent, pour l’occasion, s’en donner à cœur joie, profitant de ces vacances imprévues !

 La cause des parents

La vie de famille est bien sûr aussi chamboulée et les parents vivant cette situation de confinement sont confrontés au défi de l’imagination et de l’organisation, sans doute plus que d’ordinaire, pour assurer des activités domestiques, ludiques et le suivi pédagogique ainsi que canaliser les énergies et rythmer le quotidien. Il faut ainsi coacher à la maison les enfants ou les adolescents pour des journées entières d’activités et supporter le moral de toute la famille. Cette situation, sans activité extérieure (ni école, ni sport, ni sorties) est sans doute un challenge sans précédent dans beaucoup de familles. Celui-ci est sans doute d’autant plus difficile que notre cadre naturel exceptionnel nous invite à profiter du soleil et de la mer, océan qui nous tend ses bras à quelques pas de nos maisons… l’accès aux plages et les bains de mer sont interdits, ici aussi. Une réflexion concernant cette contrainte particulière sera partagée dans un prochain paragraphe. Espérons que les conflits familiaux chroniques ou générés par cette période seront vite résolus.

Anse Figuier déserte – Ph. Alain Joyeux

Une jeunesse très conformiste ?

Bien qu’un certain nombre de jeunes soient actifs en travaillant (distribution alimentaire, pêche…) nous avons aussi constaté, par la force des choses, la remarquable absence de ceux qui sont habitués à fréquenter leur repère habituel, les carbets du marché. Ces derniers sont devenus étrangement calmes depuis le début de toute cette affaire, aussi déserts en ce moment que nos rues allégées des vrombissantes pétarades de leurs scooters. On pourra imaginer, pour beaucoup d’entre eux aussi, la presqu’inévitable plongée profonde dans les abysses du génie digital-numérique qui caractérise notre époque : consommation à outrance de films et de séries TV, connections permanentes sur le web et sur les réseaux… Combien de zombis « ultra-connectés » couvent dans le secret des maisons ? … Laissons courir notre imagination si la même situation de confinement s’était couplée d’une rupture des technologies de communication… : La docilité aujourd’hui de cette jeunesse au dictat du confinement (et de toute la population) aurait-elle été si facile ?

Paradoxalement, c’est aussi grâce à ces moyens de communication, et particulièrement par les échanges d’informations relayés par les réseaux sociaux que les citoyens peuvent accéder à de l’information alternative et ainsi aiguiser leur réflexion au travers des médias mainstream du prêt à penser correctement, n’en déplaise aux chasseurs de fakes news , « hoax », certes pas toujours du meilleur goût, mais agissant en « perversion saine », si l’on peut  le dire, de l’expression libre des réseaux sociaux. Risque du vrai ou du faux brouillage de pistes comme autant de stimulants pour notre pensée critique. Soulignons tout de même de très bons articles parus dans les colonnes de la presse généraliste comme par exemple celui tout chaud du nouvel observateur paru le 16 avril  (lien ci-dessous)

https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200416.OBS27603/tribune-confinement-il-faut-savoir-dire-nous-nous-sommes-trompes.html?fbclid=IwAR1z-ZQlCeH0yaJsAXcBXUWlordQeupScQ-8HWy8peDdQLTbP1mu9jNRGgo

Les saintois qui travaillent

S’il est naturel de focaliser d’abord sur ce qui est arrêté, il faut cependant bien faire remarquer et rappeler que, ici aussi, comme partout ailleurs, beaucoup de professionnels des secteurs vitaux restent actifs. Certains mettent les bouchées doubles, d’autres sont partiellement actifs dans des conditions qui imposent une adaptation à la situation et aux besoins : la distribution alimentaire est par exemple en première ligne. (Une mention spéciale pour le service plus que jamais essentiel des équipages des barges de marchandises, lien vital avec le reste du monde ainsi que pour les équipes de déchargement et de transports).  A ceux-ci s’ajoutent les professions de santé et de soins à domicile, de sécurité civile, les personnels de voirie qui continuent à travailler et à se déplacer ainsi que l’équipe de la navette Beatrix qui maintient sa mission de continuité territoriale avec la Guadeloupe (les lundis et jeudis). Notons également que la mairie assure un service minimum, répondant en ligne avec réactivité aux questions d’ordre administratif.

Les barges d’approvisionnement en activité – Photo Thierry Leraie

Tout n’est donc pas en sommeil, loin de là.

S’ajoute également l’activité de quelques marins-pécheurs professionnels autorisés à sortir et à vendre leurs prises. Merci à eux et à nos mareyeurs (Père et Fish !) d’être présents sur le marché au poisson le mardi, mercredi, vendredi et samedi. Signalons aussi la louable initiative des Frères Samson (Ali et Marc) qui ont organisé une livraison hebdomadaire de fruits et légumes à domicile. (Commande avant lundi pour livraison le mercredi suivant – renseignement et commande au 0690 63 17 12).

Vie quotidienne

Aussi, le confinement étant de mise par décret national, la population doit cependant s’organiser pour vivre dans ces conditions et contraintes exceptionnelles que nous espérons tous temporaires.

Les matinées dans le bourg sont les moments les plus « animés », pourrait-on dire, car c’est le matin qui est choisi par beaucoup pour aller se ravitailler dans les commerces d’alimentation, à la pharmacie ou faire quelques achats essentiels à « brico ». Des files d’attente sont visibles devant les supérettes de l’île, les clients respectant dans le calme et la patience les distances recommandées.

Les Saintois, individualistes et indisciplinés de réputation, (en cela nous sommes bien français !) montrent pour l’occasion un flegme et un civisme (suivisme ?) surprenants. Serait-ce sous l’effet de la sidération et de la peur de la menace fantôme d’une épidémie qui semble, pour le moment épargner l’archipel ? Rappelons qu’il y a aucun cas de contamination déclaré à ce jour, selon les sources officielles (mairie et gendarmerie). Peut-être un coup de chance extraordinaire, vu les cafouillages du début de crise, cela à l’échelle régionale et nationale.

Car Il faut se rappeler que la pression est quand même montée de plusieurs crans aux Saintes avant le mot d’ordre du confinement. En effet, contrairement à St Barth où en Martinique, où passagers et équipages des bateaux de croisière à l’approche furent sommés de rester à bord sans attendre les consignes « barrières » des hiérarchies officielles, Terre de Haut accueillait encore au mouillage et au débarquement de nombreux touristes, ce qui fut une source d’inquiétude voire de colère de nombreux habitants.

Le COSTA MAGICA passant son chemin entre les saintes et la Dominique – Mars 2020 – Photo A.JOYEUX

Pour revenir aux personnes actives dans ce moment de confinement n’oublions pas non plus ceux qui travaillent depuis leur domicile, parmi eux les enseignants, qui doivent s’adapter à ces conditions particulières ainsi que tous les travailleurs indépendants en chômage partiel ou total, aux entrepreneurs contraints à l’arrêt de leur activité, certainement pour la plupart en train de plancher en ligne sur les formulaires administratifs dans l’espoir d’aides éventuelles pour parer aux pertes financières générées par cette situation sans précédent.

A propos des actifs, notons que nous le sommes tous à des degrés divers : bricolage et jardinage (pour ceux qui ont la chance d’avoir des espaces verts privatifs), création artistique, chantiers domestiques et grands nettoyages, et même l’actif-apéritif, là aussi à des degrés divers !!!

Place du débarcadère – Photo Alain Joyeux 

Contrôles continus !

Au travail encore, notre police municipale et la brigade de gendarmerie locale auxquelles s’ajoutent leurs renforts héliportés occasionnels qui ne chôment pas durant cette période de confinement imposée aux populations.

Notre police, nos « gens d’armes » (et nos militaires bientôt à la rescousse par convois de notre marine nationale (« Mili !! »! criaient jadis les Saintois à l’apparition de la mythique Jeanne d’Arc pourvoyeuse des bienfaits de la civilisation …), toutes les forces de l’ordre donc sont, bien sûr, sur ce front silencieux et si tranquille de nos îles pour faire respecter l’état d’urgence, pour faire appliquer les décisions ultramarines centralisées en métropole et relayées par la préfecture à Basse-Terre. A noter plusieurs escales du patrouilleur Germinal dans notre baie, écrasant lors de sa présence, par le ronron permanent de ses groupes électrogènes, la douce rumeur océane garante de nos nuits tranquilles…

Le patrouilleur Germinal. En attendant le Dixmude ? – Photo A. Joyeux

Que dire d’autre au sujet de notre maréchaussée aux ordres ?… Rien qui ne fâchera, en tous cas pas ici, dans ces colonnes. Même si certaines discussions entre citoyens, en catimini ou parfois très animées, abordent le sujet des mesures de contrôle autoritaires, comme les fameuses, ubuesques et pathétiques, osons le dire, auto-attestations de sortie ! Ces mesures de contrôle sont le sujet d’échanges parfois polémiques, souvent humoristiques, entendus au hasard de files d’attente devant les magasins ou lors de furtives conversations au gré des rencontres (dans le respect, naturellement, des précautions de distanciation préconisées face à la menace fantôme du covid19…of course !) … Les réseaux sociaux s’échauffent aussi parfois autour de ces mesures de contrôles, souvent avec humour mais pas toujours… et avec moins de retenue. Il est certain que le sujet prête à discussion et nous pouvons nous réjouir que l’esprit critique soit ici aussi, sur notre archipel mis en éveil : Ces mesures de confinement, de restriction des déplacements, de couvre-feu, sont-elles vraiment nécessaires et salutaires ? sont-elles adaptées à notre spécificité doublement insulaire ?

Il n’en demeure pas moins que, l’attitude adoptée pour la plupart d’entre nous est de faire profil bas et d’accepter la soumission plutôt que de faire des vagues (on est si bien chez soi !) … C’est pourquoi sans doute assistons-nous à cette étonnante docilité des populations, dont celle de notre archipel. Docilité par civisme ou par peur et suivisme passif ? …

Quoi qu’il en soit, nous pouvons objectivement constater, globalement, une relative discrétion, sur la voie publique en tous cas, des rumeurs timidement contestataires, ce qui n’empêche pas l’ébullition intérieure (confinée elle aussi ?!) des esprits les plus rebelles. Il n’empêche que la discrétion ou silence forcé ( ?), de nos concitoyens face aux multiples incohérences de nos dirigeants est sans nul doute davantage motivée par un suivisme prudent, une « faufilade »-profil-bas-chien-couchant – dans l’attente que cela se passe.  Il est vrai que la peur du gendarme est de mise. La crainte de devoir payer l’amende ou risquer l’emprisonnement pour récidive d’indiscipline est assurément dissuasive !

 Une menace venant de la mer ?

La probabilité annoncée d’une épidémie invasive nous laisserait entrevoir la priorité absolue pour un contrôle drastique des mouvements liés au transports maritimes, aux personnes entrant sur l’île comme porteurs d’un danger potentiel de contamination (concept d’une menace « extérieure » comme il est expliqué et rabâché par les médias-porte-paroles du discours officiel). Quels sont-ils en réalité ? Est-on aujourd’hui assuré que les voyageurs arrivant par la vedette Beatrix soient tous indemnes de contamination ? Tous les déplacements soumis à dérogation sont-ils tous dûment motivés par de réelles nécessités ? Il est vrai que la population confinée n’est pas sur les quais pour en avoir une juste idée.

Une polémique récente sur le sujet de l’intrusion du virus par voie de mer agite en ce moment même la population Guadeloupéenne à propos de l’arrivée prochaine dans nos îles du porte-hélicoptères Dixmude : Il est réclamé que son équipage soit testé rigoureusement. L’inquiétude est légitime lorsque l’on connaît les mésaventures récentes du Charles de Gaule comme couveuse de contaminés…

Plaisanciers

Il ne fait aucun doute que les mesures de confinement à l’ancre ou à la bouée sont certainement aussi difficile à vivre sinon plus pour les marins, nomades par principe et style de vie, même avec le privilège de pouvoir s’offrir un brin de natation loin des agents de contrôle occupés à surveiller la discipline à terre…Voici un petit avantage très sain sur les terriens que nous pouvons tolérer, vu leur difficulté à vivre à l’arrêt avec parfois des problèmes pour se ravitailler en eau par exemple, cela conjugué à un accueil souvent hostile ou au mieux soupçonneux de la population se sentant menacée par toute intrusion extérieure à l’image de ce foutu virus….

Circulation routière

Au sujet de contrôle tous azimuts il est bon au passage de signaler la plus totale désinvolture de certains « terriens », profitant des rues désertées, pour pousser en excès la vitesse de leurs engins à deux ou quatre roues, comportements irresponsables et réellement dangereux. Nous apprécierions, pour l’occasion, que les chauffards puissent aussi gouter du contrôle, de l’avertissement puis de la contravention ce qui ne semble pas vraiment le cas, tant nos brigades bleues semblent occupées à traquer les promeneurs non-attestés.

A propos de la circulation routière en général, il faut quand même observer un calme quasi absolu, état de fait plutôt réjouissant au demeurant, de voir tous ces moteurs hurleurs et puants pendant un temps à la niche et pouvoir ainsi profiter de cette paix inespérée.

 Evacuations d’urgence en baisse

Saintois, avez-vous remarqué la quasi-absence de visites des hélicoptères de la sécurité civile ? Nous vérifions là que les principaux accidents nécessitant une évacuation sanitaire héliportée sont du fait de la circulation anarchique habituelle, touristes et Saintois confondus. Consulter les statistiques officiels de la sécurité civile serait sans doute éclairant sur nos comportements réellement dangereux en matière de circulation routière.

Indulgence pour nos hommes et femmes en bleu ?

Pour revenir et terminer à propos de notre police municipale de proximité et de notre brigade de Gendarmerie dont les représentants sont plutôt débonnaires sur notre île au demeurant très paisible, que dire d’autre sinon qu’il est sans doute difficile, humainement, de nous mettre à leur place…

La situation d’état d’urgence doit être pour eux moralement éprouvante en tentant de faire respecter les mots d’ordre. Soyons convaincus qu’à priori, il s’agit de citoyens comme nous-mêmes un tant soit peu éveillés à la réflexion et au bon sens. Aussi, à moins que nos représentants de l’ordre au niveau local soient sous le joug d’un endoctrinement aveugle et totalement soumis, (nous n’osons y croire – des gendarmes acteurs de théâtre ne pouvant vraiment pas être totalement insensibles) nos « gardiens de la paix » doivent sans doute être fort anxieux et interrogatifs sur le rôle qu’on leur demande de jouer à présent, : surveillance et contrôle, verbalisation d’honnêtes citoyens en flagrant délit de ne rien faire de grave ni de dangereux… Considérant le nombre important de leurs collègues métropolitains en démission, burn-out, voire suicidés, après avoir été obligés, sur ordre non discutable de leur hiérarchie, de grenader ou de tabasser la population lors des récentes manifestations, Nous n’en sommes heureusement pas encore là et nous ne souhaitons pas, gentils Saintois que nous sommes, nous priver de la bonne santé mentale de nos hommes en bleu.

« Collaboration » de la population

Pour terminer cette première partie, il va sans dire que cette situation de crispation, dominée par la peur et le repli sur soi, génère ou amplifie la méchanceté ordinaire, le désœuvrement peut-être, laissant à certains libre cours à leurs plus vils penchants. La délation est ainsi de mise à Terre de Haut et la rumeur prétend que nos forces de l’ordre sont inondées de dénonciations et de photos géolocalisée à but de réprimer des passants indisciplinés, ou prétendus tels, à leurs yeux suspects, ou les baigneurs invétérés, observés au coin d’une fenêtre ou par-dessus les barrières… La bonne pensée scandalisée criera au civisme responsable… Un tel « civisme » rime pourtant avec d’autres « ismes » peu glorieux et n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. Pour le reste, laissons nos brigades évaluer par elles-mêmes leur juste travail. Les policiers et gendarmes doivent par ailleurs être eux-mêmes atterrés (nous l’espérons) par ces délations honteuses. Un civisme authentique ne devrait-il pas au contraire encourager à la loyauté et à la bienveillance à priori, lorsqu’aucun danger réel n’est en effet constaté ?

Fermons cette triste parenthèse pour quand même dire que les comportements de nos compatriotes sont plutôt et globalement bienveillants et chaleureux. Les sourires, disparus lors des premiers jours du confinements sont revenus et de nombreuses marques de solidarité et de dévouement honorent en ce moment même l’ensemble de notre population.

Dernière minute : St Barth nous montrerait-il la prochaine étape ?

A l’heure ou nous publions ces lignes, il semble important de mentionner le déconfinement annoncé par une première mesure d’assouplissement de ces dernières, autorisant à nouveau les bains de mer, dans la limite certes de la prudence et des gestes barrières de base. Voici logiquement le chemin que devra sans doute prendre les Saintes afin de libérer la baignade source des bienfaits que l’on connaît pour la santé et la détente.

https://la1ere.francetvinfo.fr/coronavirus-la-baignade-de-nouveau-autorisee-a-saint-barth-823558.html?fbclid=IwAR2PjUlDFmuH-wxpungCtSGXAm8c6sVOXQAGhZ_4lgWmYgRGNK_YnhKvblw

La seconde partie à suivre de cette chronique se fera sous l’angle plus poétique et ouverte sur l’après confinement. Il sera notamment question de la situation particulière des « marcheurs de rêves », des artistes-créateurs, des contemplatifs, poètes, écrivains et autres penseurs et esprits mystiques pour qui l’arrêt brutal et radical de la vie économique et sociale a permis l’ouverture de nouvelles fenêtres visionnaires. La réémergence et l’évidente présence d’une nature puissante semble en ce moment réenchanter nos perceptions grâce à cette pause, quasi inespérée, de nos agitations habituelles. Cette situation est plus que jamais inspirante, pour tout un chacun (l’art n’appartient pas aux artistes pas plus que l’esprit aux religieux) ainsi invité à rêver à espérer ou à philosopher, permettant de percevoir certaines réalités profondes et parallèles de nos vies avec encore plus d’acuité qu’auparavant.

Cette situation de confinement nous appelle effectivement à penser, à repenser le monde et notre spécificité insulaire : telle qu’elle a été, telle qu’elle va, et telle qu’elle pourrait-être, ces réflexions étant déjà amorcées et stimulé par la campagne électorale qui vient d’avoir lieu.

ALAIN JOYEUX, 17 AVRIL 2020

Texte et photos (sauf les deux barges) d’Alain Joyeux

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Un commentaire pour Terre de Haut confinée : Les Saintois « sous le charme » (1ère partie)…

  1. ALAIN JOYEUX dit :

    Merci raymond d’avoir publié mon témoignage et réflexions avec ta supervision efficace en ce qui concernes les possibles coquilles et fotes d’ortografe ! à suivere prochainement la deuxieme partie de cette chronique.

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