Voyage au cœur de l’archipel saintois (suite et fin)

« J’ai rêvé l’autre soir d’îles plus vertes que le songe… Et les navigateurs descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées… » Saint-John Perse – Amers.

Cette présente chronique fait suite au précédent article publié le 17 janvier dernier, selon le texte de Sauzeau de Puyberneau extrait de sa Monographie sur les Saintes, éditée à Bordeaux en 1901. Rappelons que l’auteur était à l’époque médecin militaire dans l’archipel et qu’il a fait une étude complète et minutieuse de la situation géographique, humaine et administrative de chacune des îles qui le composent. Document précieux pour l’histoire, cette monographie présente un intérêt majeur unique pour la connaissance de notre passé insulaire et, par comparaison avec la situation actuelle de notre environnement, devrait à ce titre intéresser tous les Saintois d’aujourd’hui.
Raymond Joyeux

2 – Terre-de-Bas

La Terre d’en Bas, ainsi appelée à cause de sa situation sous le vent de l’archipel, dont elle est l’unité la plus à l’Ouest, diffère essentiellement de Terre d’en Haut, non seulement par sa configuration extérieure, mais encore par sa constitution géologique. Cet îlot semble avoir été plus respecté des soulèvements et des contractions terrestres, et au lieu de débris disséminés de minéralisation volcanique, le sol présente effectivement une plus grande aptitude végétale.

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L’altitude de Terre d’en Bas envisagée dans son ensemble est supérieure à celle de Terre d’en Haut. Elle est bordée de hautes falaises qui ne s’interrompent qu’en quelques points pour former les Petites Anses, double baie très étroite qui sert de débarcadère aux habitants du bourg ; l’Anse à Dos, semblable aux précédentes ; l’Anse Pajot, assez grande mais peu profonde ; l’Anse à Chaux, en face du Pâté ; la Grande Anse, la plus large, la plus sablonneuse, très profonde, rappelant beaucoup son homonyme de Terre d’en Haut ; l‘Anse des Mûriers, la seule qui soit constamment à l’abri des mauvais temps, refuge des marins ; la Grande Baie ou Anse Fidelin, relativement calme aussi.

Une géométrie parfaite

Terre d’en Bas fait dans la mer un dessin presque hexagonal dont les angles sont représentés  par la Pointe à Vaches, la Pointe Noire, la Pointe du Fer à Cheval, la Pointe Sud et la Pointe du Gouvernail. La superficie de Terre d’en Bas dépasse celle de Terre d’en Haut car elle mesure 3.300 mètres du Nord au Sud et 3.600 mètres de l’Est à l’Ouest. Le bourg est bâti à 60 mètres environ au-dessus du niveau de la mer ; on y arrive par un chemin excessivement rapide qui naît des Petites Anses.

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Le bourg de Petites Anses aujourd’hui – Photo R. Joyeux

Terre d’est Haut est distante de Terre d’en Bas de 4650 mètres (distance rectiligne mesurée de l’Anse du Bourg de l’une à la Grande Anse de l’autre) ; mais il faut compter un trajet triple quand on veut atterrir aux Petites Anses.  Le vent et les courants sont tels que les marins eux-mêmes préfèrent à cette traversée celle du Vieux Fort, et depuis longtemps ils demandent que leur commune relève du Vieux Fort au lieu de Terre d’en Haut (perception, contributions, syndicat maritime, service de santé).

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Emblème actuel du hameau de Grande Anse – Photo R. Joyeux

Aussi à la Grande Anse, se trouve un hameau très considérable. Le trajet de la Grande Anse aux Petites Anses est très pénible et demande une heure de marche environ par un sentier composé de roches en escalier, particularité qui a fait donner à ce sentier le nom de Dégel ; il faut passer par-dessus un morne de 284 mètres d’altitude, le Morne Létang, ou Morne Paquet dont le sommet est un magnifique plateau.

3 – Îlet à Cabrits

À l’Ouest de Terre d’en Haut, cet îlet contribue à former la passe du Nord de la rade à la protection de laquelle il concourt par sa position naturelle. Trois ou quatre mornes le constituent dans sa presque totalité : le Morne Joséphine (90 mètres), le Morne Bombarde, le Morne Cabrits.

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Îlet à Cabris vu de Terre-de-Haut – Photo R. Joyeux

On y avait autrefois établi des batteries dont les feux pouvaient au besoin couvrir la rade. Sa conformation rappelle beaucoup celle de Terre d’en Haut, comme laquelle elle présente un ensemble de pointes et d’anses très gracieuses : la Pointe Bombarde, la Pointe à Cabrits, la Pointe du Sable sont les trois plus importantes et limitent trois baies larges, mais peu profondes : l’Anse du Bananier ou Anse du Vent, l’Anse à Chaux, l’Anse sous le Vent. Il mesure, abstraction faite de la superficie des hauteurs, considéré à la base seulement, 750 mètres du Nord au Sud, 1.100 mètres de l’Est à l’Ouest.

 

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L’îlet à Cabrits n’est pas habité par des particuliers ; il présente un grand intérêt, néanmoins, au point de vue administratif, car c’est là que sont établis un lazaret important et la prison centrale de la colonie. Près de l’Anse à Chaux, un petit cimetière garde fidèlement les restes des victimes de l’épidémie de choléra de 1865, de triste mémoire. Au Nord du Morne à Cabrits, à une faible distance du rivage, se dresse un rocher innommé dont la forme simule vaguement celle d’un lion.

Un rocher dont la forme simule celle d’un lion – Photo R. Joyeux

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Ruines du Fort Joséphine à l’îlet à Cabrits – Photo R. Joyeux

3- Le Grand Îlet

Situé à 1.200 mètres au Sud  de Terre d’en Haut, il est assez élevé, lui aussi, au-dessus du niveau de la mer. Il offre également plusieurs mornes dont le plus élevé a 168 mètres. Taillé en falaise du côté de la haute mer, il se perd insensiblement, du côté Nord, en une longue plage sablonneuse au milieu de laquelle est creusé un vaste étang qui ne se dessèche jamais. La forme presque triangulaire de cet îlet le rapproche un peu du précédent, sans pourtant que les pointes terminales ressemblent en rien aux angles de ce dernier : la Grosse Pointe, dans le Nord est abrupte, tandis que la Pointe Basse, comme l’indique son nom, constitue, à l’opposé, un point d’atterrissage relativement facile. En face de cette pointe, il y a une série de petits rochers aigus désignés sous le nom de Les Quilles. (1)

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Le Grand Îlet vu du Chameau – Photo R. Joyeux

Le Grand Îlet n’est plus habité aujourd’hui (nous sommes 1901) que par une seule famille qui s’occupe de l’élevage des moutons. Les terres sont la propriété de plusieurs héritiers, ce qui explique pourquoi elles ne sont pas encore mieux exploitées. Il est assez étendu en superficie : 1.200 mètres de la Pointe Basse  à la Pointe des Colibris qui est dans le Sud-Est et 900 mètres de la Pointe Basse à la Grosse Pointe.

(1) – Les Quilles ont disparu, fracassées lors des exercices à tirs réels de la Marine nationale dans les années 60, à une époque où le concept de protection de l’environnement était inconnu !  Aujourd’hui, le Grand Îlet est la propriété du Conservatoire du littoral, au même titre que l’Îlet à Cabris. (NDLR)

4 – La Coche

C’est un long rocher placé sur la même ligne de latitude que l’îlet que nous venons de voir, dont il est séparé par un bras de mer de 750 mètres, auquel on a donné l’appellation de Passe des Dames. Il est allongé à direction de N-0 – S-E ; sa pointe Nord est juste en face de de la Passe du Sud dont il est distant de 1.800 mètres. Comme le Grand Îlet, il présente une plage très sablonneuse dans le bas du versant tourné du côté de Terre d’en Haut, et se termine au contraire brusquement du côté opposé par une haute falaise ; c’est donc là qu’est la plus grande hauteur du rocher. Il est très étroit : 150 mètres dans sa plus grande largeur, sur 800 mètres de long. il est inhabité.

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La Coche et à droite l’îlet des Augustins – Photo R. Joyeux

5 – Les Augustins

Groupe de rochers à l’Ouest de la Coche qu’ils touchent presque ; un petit passage étroit et dangereux, la Passe des Souffleurs permet néanmoins d’en faire le tour. Ils n’ont rien d’intéressant.

Ilet des Augustins et sa Vierge de pierre – Photo R. Joyeux

6 – Le Pâté

Le Pâté est ce rocher plat qui émerge en face de Terre d’en Bas, à 900 mètres au N-E de la Pointe à Vaches. Il rappelle grossièrement le nom qu’il porte. L’ascension en est très difficile, et il est encore plus difficile d’échouer un canot au pied de ses falaises. Aux environs, la mer est toujours forte, et il n’est pas prudent de s’y risquer sans le conseil d’un professionnel du timon. Les naufrages ne sont pas rares en cet endroit ; il faut avoir une parfaite connaissance des vents. Le Pâté est la demeure d’oiseaux de toute sorte.

7 – La Redonde

Elle se présente presque avec la même apparence que le Pâté ; elle est plus régulière, moins nue et un peu moins élevée. 150 mètres seulement la séparent de la Terre d’en Haut, près de la Plaine.

La Redonde et les Îlets environnants – Photo Alain Joyeux

Texte : Sauzeau de Puyberneau 1901
Photos de Raymond et d’Alain Joyeux.

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3 commentaires pour Voyage au cœur de l’archipel saintois (suite et fin)

  1. Luc federmeyer dit :

    très intéressant… merci

  2. Liliane CORBIN dit :

    J’a beaucoup apprécié le calme de Terre-de-Bas en 2015. Merci Raymond de me faire connaître les autres ilots !

  3. thomas greene dit :

    La photo est magnifique !

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