Voyage au cœur de l’archipel saintois

Bonne et heureuse année à tous à la (re)découverte des Saintes…

En ce début d’année 2018, que je vous souhaite excellente à tous points de vue, je vous propose une présentation des îles de notre archipel, écrite par le médecin militaire  Sauzeau de Puyberneau, en poste à Terre-de-Haut entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, alors que les Saintes étaient encore pratiquement inconnues du reste du monde. C’est dans une brochure intitulée Monographie sur les Saintes, dépendance de la Guadeloupe, publiée à Bordeaux en 1901, que j’ai sélectionné ces textes exceptionnels. Inestimable pour nous aujourd’hui, cette présentation, île par île, nous révèle la manière dont était perçu notre environnement géographique et l’intérêt qu’il a suscité aux yeux de cet observateur passionné. Davantage que dans un banal prospectus touristique, nous apprécierons la qualité littéraire et la précision chirurgicale des descriptions dont a fait preuve cet auteur, influencé à coup sûr par sa formation médicale, mais sans doute aussi par l’insolite beauté des paysages côtoyés et l’amour qu’il en a éprouvé. Puissent ces pages nous permettre de mieux connaître et préserver ces îles que beaucoup nous envient et renforcer notre attachement à l’exceptionnel cadre de vie qui est le nôtre.

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Terre-de-Haut vue d’avion – Photo Internet

1 – Terre-de-Haut

Un bourg blotti entre rade et collines-sentinelles

Un petit village très gai, frais et propre, bâti au bord de l’eau ! une chaîne de montagnes le domine et s’étend dans toute la longueur de l’île ; elle ressemble à une sorte d’échine le long de laquelle se succèdent des pics plus ou moins élevés dont les principaux sont : le morne Myr (110 mètres) qui porte le Fort Napoléon, le morne Morel (130 mètres), le morne Rouge (100 mètres), qu’il ne faut pas confondre avec la Tête Rouge, autre élévation sans importance où est établie une batterie, le morne à Craie (80 mètres), le Piton (140 mètres), le Chameau (316 mètres) au haut duquel se trouve la Tour Modèle. La chaîne occupe presque le milieu de l’île, et de chaque côté les versants mènent directement à la mer en pente douce, sauf en quelques points où sont taillées de hautes falaises. Celles-ci sont assez nombreuses du côté Est de l’île dont la forme est vaguement convexe ; la mer y vient battre avec fracas. De l’autre côté, ouvert à l’Ouest, la forme circulaire de l’île est plus correcte : c’est de ce côté que s’étend le village, de ce côté qu’est la rade.

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Le bourg et la rade vus du Morne Myr – Ph. Raymond Joyeux

Une multitude de baies sablonneuses et tranquilles

Le flot a creusé tout autour des baies de toute beauté auprès desquelles on surprend quelquefois des rêveurs, souvent paresseux, mais jamais d’artistes. À la baie du Marigot qui dort sans jamais troubler l’approche de la Roche aux Mauves, succède la baie de Pompierre, presque fermée par les rochers connus sous le nom de Roches percées, où viennent bouillonner les grandes vagues du large ; plus loin la Grande Anse, où les lames énormes se bousculent comme des géants, poussées par les vigoureuses rafales qui soufflent de la Dominique, et s’éclaboussent en s’étendant sur la vaste plage de la baie. C’est un spectacle magnifique ! en continuant vers le Sud, on tombe sur l’Anse Rodrigue et l’Anse Figuier, plus petites et surplombées de chaque côté par des rochers aigus. Ces deux anses, ainsi que celle de Cahouenne qui les suit, sont très fréquentées des pêcheurs.

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La Baie du Marigot et la roche aux Mauves,  au fond TDB – Photo Raymond Joyeux

En dedans, se sont dessinées d’autres petites baies, plus discrètes et plus aptes à faire apprécier la saveur et les bienfaits de l’eau de mer : l’Anse à Myr, l’une des plus connues par les baigneurs en villégiature, entourée d’un paysage curieux ; l’Anse du Bourg où se trouve le débarcadère ; la Petite Anse, au pied de l’église, l’Anse du Fond Curé, peu profonde mais étendue ; l’Anse Galet, une des mieux partagées comme fond ; l’Anse du Pain de Sucre, au vent d’un morne conique tronqué qui porte le nom de l’Anse ; l’Anse à Cointre qui offre une assez jolie plage.

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Plage de Grande Anse – Photo Alain Joyeux

Des promontoires rocheux à la toponymie poétique et maritime

Les promontoires, qui se détachent et se prolongent quelquesfois assez loin de la ligne creuse de ces anses, sont des pointes aiguës et souvent abruptes, qui les font ressembler à d’énormes éperons menaçants. Ce sont en allant du Nord vers l’Est : la Pointe Portail ou Pointe à L’eau, en face de laquelle se trouve un haut-fond dangereux, la Pointe Morel, la plus avancée dans la mer ; la Pointe Zozio, placée en face de Marie-Galante ; la Pointe du Vent , dans la direction des alizés ; la Grosse Pointe, volumineux promontoire qui borne la Grande Anse ; la Pointe Rodrigue, large et arrondie celle-là ; la Pointe de la Redonde, vis-à-vis de laquelle émerge le rocher de ce nom ; la Pointe de Boisjoli, point terminus de l’île au Sud ; le Pain de Sucre, gros rocher réuni à la terre par un petit isthme ; la Tête Rouge, siège d’une batterie d’artillerie, la Pointe de la Petite Anse ; la Pointe Coclett, qui limite la passe des Baleines.

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L’Anse Figuier et ses ilots – Photo Alain Joyeux

Des panoramas à couper le souffle

Presque tous les mornes constituent une série d’ascensions dont la fatigue est largement compensée par la vue du délicieux panorama que l’on enveloppe du haut de leur faîte, quel qu’il soit. De la Tour Modèle, surtout, apparaît dans son ensemble Terre-de-Haut, comme un gracieux ruban, harmonieusement découpée sur les bords, vert ou brun suivant les saisons, légèrement jaunâtre dans les baies, avec en relief des gaufrures inégales et inégalement espacées ; le ruban se termine par deux gaufrures : le Fort Napoléon et le pic Morel. Du Fort Napoléon, le site est charmant aussi : toutes les crêtes se profilent vivement sur le fond bleu ; à ses pieds on voit d’un côté battre la vague monotone et tranquille de la rade, de l’autre se rompre en panache le flot tumultueux et protéique de la grande mer. Quand on fait l’ascension de la Tour Modèle ou du Fort Napoléon, le matin de très bonne heure le soleil qui se lève et dore progressivement l’île, l’air qui apporte sa fraîcheur, le ciel qui étend sa grande nappe d’azur : tout cela est d’un charme difficile à éviter, inoubliable.

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Vue du Chameau – Photo Alain Joyeux

Deux quartiers disparates séparés par l’église

Le bourg est divisé en deux parties par la petite église pauvre bâtie sur un tertre ; ces deux parties sont très disparates. La partie Nord appelée Le Mouillage, a l’apparence plus riche, plus aristocratique, si tant est que l’on puisse, en l’espèce, se servir de ce terme ; on y voit d’assez belles habitations. Le Fond Curé, qui désigne la partie Sud, est plus particulièrement occupée par les pêcheurs qui ont leurs petites maisons sur le bord de l’anse de façon à mieux surveiller leurs embarcations qu’ils échouent tous les jours, et à se trouver plus à même pour les préparatifs que nécessite leur métier.

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Église de l’Assomption – Photo Raymond Joyeux

Pour beaucoup, le Fond Curé est plus digne d’intérêt que le Mouillage. Il est plus pittoresque ; il est d’ailleurs plus étendu en raison de la facilité qu’ont les pêcheurs à y obtenir de l’État une concession de terrain. D’un bout à l’autre, le bourg ne mesure pas moins d’un kilomètre, sans compter le hameau de l’Anse Myr où sont groupées une dizaine d’habitations d’âge très différent. Ce hameau est un coin délicieux, toujours ombragé ; il est devenu une promenade accréditée, 8 à 900 mètres à peine le séparent du centre du bourg.

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Le Chameau sur fond de coucher de soleil

De nombreuses possibilités de balade

On peut, au reste, facilement varier ses promenades à Terre-de-Haut qui mesure 5 kilomètres ½ dans sa plus grande longueur et 2 kilomètres dans sa plus grande largeur. L’île est étranglée à sa partie moyenne où elle ne mesure que 600 mètres ; c’est au niveau de cet étranglement que la Chapelle des Marins, maigre ex-voto vaguement entretenu par les femmes des marins, petit pèlerinage annuel de ces derniers, dresse sa simple blancheur fanée, qu’éclaire une pâle lueur de prière…

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Vue de la Chapelle des Marins – Photo Pédro Lionet

Texte : Sauzeau de Puyberneau (1901)
Sous-titres : Raymond Joyeux
Photographies de Pédro Lionet et de Raymond et Alain Joyeux
Prochaine chronique : Terre-de-Bas et les îlots environnants.

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8 commentaires pour Voyage au cœur de l’archipel saintois

  1. luc federmeyer dit :

    ahhh Merci Raymond pour la ballade!!! et belle année 2018!!!

    Luc

  2. yves.espiand@sfr.fr dit :

    m‌erveilleuse évocation et réaction plus que sentimentale de ma part : merci Raymond et tous mes voeux de bonheur pour toute ta famille

  3. Gomez Armand dit :

    Une belle année à vous aussi Raymond ! Que la santé et le bonheur vous accompagne en cette nouvelle année qui commence.
    Un grand merci pour la découverte de ce texte historique – illustré par vos photos – qui me rappelle de bien beaux souvenirs.

    Bien cordialement.

  4. Liliane CORBIN dit :

    Une description de Terre-de-Haut qui invite à la promenade et des photos qui font resurgir les souvenirs. Merci, Raymond.

  5. ALAIN dit :

    petite rectification sur l’origine d’un point de vue.: La Photo du bourg n’est pas prise du Chameau mais du morne à craie !

  6. Marie-joelle LARIDAN dit :

    Bonjour Raymond,

    je vous souhaite une bonne et heureuse année 2018 et je tiens à vous remercier pour tous ses
    messages de voyages et des Saintes que vous nous envoyez tout au long de l’année.
    Bien cordialement

    marie joelle

    • raymondjoyeux dit :

      Merci Marie Joëlle, à vous pour vos vœux, mais aussi à toutes et tous les internautes qui m’encouragent à poursuivre. Depuis sa création en juillet 2013, il y a eu 189 articles publiés. Le blog a reçu la visite de 84 450 personnes qui ont visité 171 360 fois les articles. Ce qui fait une moyenne d’un peu plus de 2 vues par visiteur. Bonne journée. Raymond Joyeux

  7. Duval Michel dit :

    Cet article, intentionnellement ou non, va attirer encore plus de touristes sur l’île, ce qui va profiter principalement à la petite minorité de Saintois qui s’enrichit déjà avec le tourisme : propriétaires fonciers, spéculateurs immobiliers, loueurs de maisons et de véhicules, boutiques de luxe, restaurants.

    Derrière la carte postale, le reste de la population de l’île, principalement les jeunes sans maison familiale pour les héberger, va continuer à végéter au salaire minimum, ou devoir s’exiler, et parler créole avec l’accent français en y revenant en vacances !

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