18 septembre – 18 octobre : Terre-de-Haut un mois après Maria

Dérogeant une seconde fois au suivi de mes chroniques estivales sur la Pologne, je vous présente, chers amis lecteurs qui me suivez sur ce sujet, toutes mes excuses pour cette nouvelle interruption momentanée et vous propose quelques commentaires, informations et photographies sur la situation de Terre-de-Haut, un mois jour pour jour après le passage de Maria de sinistre mémoire.

État des lieux :
u
ne situation qui a du mal à se débloquer

Beaucoup d’articles, de réflexions, d’analyses, de commentaires et d’images ayant déjà été publiés sur l’ouragan lui-même, sa puissance, sa trajectoire, ses effets, aussi bien sur les réseaux sociaux, sur les radios et télévisions, que dans les quotidiens et hebdomadaires départementaux, il paraît inutile de revenir sur le phénomène en tant que tel, largement connu aujourd’hui dans toute sa brutalité. Intéressons-nous plutôt, trente jours après, à la situation actuelle de notre commune, pour ne parler que d’elle. Sans oublier que d’autres collectivités, plus touchées que la nôtre, souffrent sans doute davantage des effets des deux monstres successifs que furent Irma et son exécrable sœur jumelle Maria. Collectivités qui sont encore loin d’être totalement relevées des désastres subis.

Eau et électricité : un rétablissement rapide et bienvenu

Sur ce point, il n’y a rien à redire, sinon que du bien, des félicitations et un grand merci aux responsables et techniciens. Les opérateurs de ces secteurs ont en effet procédé très rapidement au rétablissement de la distribution de ces deux services indispensables dans les délais très courts, si bien que dans ce domaine, la population de Terre-de-Haut n’a pas eu trop longtemps à souffrir de leur manque. Et aujourd’hui, la situation est redevenue tout à fait normale, comme avant les ouragans. Sauf pour l’éclairage public qui tarde à se rétablir. Concernant l’eau, un problème de potabilité survenu quelques jours, a vite été endigué par une distribution en mairie aux habitants de packs d’eau minérale avec service à domicile pour les « personnes âgées »… Comme ont été fournis « à ceux qui en avaient besoin » des groupes électrogènes et des tronçonneuses thermiques… sans favoritisme, évidemment, comme cela s’est toujours fait chez nous depuis la nuit des temps ! Ah bon ?

L’efficacité des agents EDF a permis de rétablir rapidement l’énergie électrique -Ph A. Joyeux

Téléphone et Internet : toujours pas de connexion et personne au bout du fil

On ne pas dire autant du réseau téléphonique. C’est un des points noirs qui subsistent encore à l’heure où nous publions cette chronique. Des techniciens venus de Guadeloupe ont bien dans un premier temps procédé aux réparations nécessaires au niveau du central de la TSF. Mais, malheureusement, l’après-midi même de leur départ, le feu se déclarait dans les installations, obligeant le service communal d’incendie à intervenir, noyant sous des trombes d’eau toute possibilité de reprise rapide des communications.

Containers de récupération saturés

Une seconde tentative a été faite quelques jours plus tard. Mais le réseau aérien non encore totalement restauré, et semble-t-il, l’antenne-relais de Vieux Fort, toujours au sol, interdisent le rétablissement du service téléphonique et par le fait même d’Internet. Les cellulaires eux-mêmes, commencent à peine à fonctionner, les opérateurs ayant encore du mal à stabiliser leurs réseaux. Information prise, ce n’est qu’au 28 octobre, si tout va bien, que tout pourrait rentrer dans l’ordre, espérons-le vivement. L’intervention du maire rappelant la nécessité d’enterrer les lignes aussi bien téléphoniques qu’électriques relève du pur bon sens. N’oublions pas cependant que voilà une quinzaine d’années, d’importants travaux d’enfouissement ont été entrepris dans la commune, avec pose de gaines orange pour le passage des câbles sans que les travaux aient été finalisés. Pourquoi l’arrêt brutal de ces travaux ? Mystère.

Encombrants et nettoyage du bourg et des plages : l’insupportable attente

C’est sur ce point que rien ne va plus. Sans aller très loin dans les investigations, il faut reconnaître que les services communaux sont totalement dépassés par la situation. Certes il y a beaucoup à faire, et certains secteurs du bourg, il faut le dire, ont commencé d’être très progressivement débarrassés des monceaux d’encombrants et de branchages générés par la puissance des vents et que les habitants ont entreposés en vrac, faute de mieux, le long des rues. Or Terre-de-Haut est l’une des petites communes la mieux dotée en matériel d’élagage, de broyage, de déblayage, de tri et de traitement de ses déchets. Nous sommes une île certes et il faut transférer ailleurs nos nombreux déchets et encombrants.

Cela suppose, personne n’en doute, une sacrée organisation, du matériel, du personnel, un calendrier, des emplacements de stockage et de traitement, mais d’ici à faire croire qu’un pneu crevé de camion empêche toute action de ramassage, il ne faut pas charrier non plus, pour parler vulgairement. Et il faut surtout, une fois pour toutes,  arrêter de tenir compte des opinions politiques pour procéder aux élagages sélectifs avant les périodes cycloniques. C’est de la responsabilité des maires de traiter indifféremment et dans le même sens tous les administrés. Cela faciliterait drôlement les choses après les intempéries et tout le monde y gagnerait. 

Une commune touristique livrée à elle-même

D’un autre côté, commune touristique s’il en est, mise en avant dans toutes les pubs vantant les charmes de l’archipel guadeloupéen (soi-disant Archiperle des Antilles,  – barbarisme on ne peut plus affreux !), Terre-de-Haut mériterait, c’est vrai, un traitement plus rapide et plus efficace de la part des instances départementales et régionales. De plus avec un responsable communal, président, rien que cela, du comité régional du tourisme, on aurait pu croire que… et s’attendre à… etc

Eh bien non, nous sommes à ce jour quantité plus que négligeable, et sauf à retrousser nous-mêmes nos manches et à mettre nos mains dans nos ordures – beaucoup le font ! – nous sommes réduits à voir notre commune pratiquement livrée à elle-même… Une lueur d’espoir cependant à la veille de l’ouverture de la saison touristique : financement, équipements et main d’œuvre sont prévus pour bientôt, comme l’aurait promis la Présidente du Conseil départemental lors de sa récente visite en mairie. Visite de laquelle aucune image ni déclaration publique n’a filtré mais dont le citoyen aimerait connaître la teneur exacte. Au même titre que l’administré de Terre-de-Bas, commune il est vrai autrement plus active et efficace que la nôtre en matière de demande, d’obtention d’aide et de communication. Bravo M. Duval !

E.Duval maire de TDB en réunion avec la Présidente du Conseil départemental – Ph.Site Mme Borel-Licertain

La plage artificielle du Fond Curé : un fiasco prévisible

Il n’y avait pas besoin d’un ouragan pour prévoir et constater que cette impensable entreprise était d’emblée vouée à l’échec. Échec financier sans précédent, on le savait dès le départ, mais aussi échec écologique et environnemental exorbitant. Avec cette digue de pierres inopérante qui défigure le secteur et la pollution générée par les égouts, les caniveaux et la proximité de la décharge, tout était réuni pour le plus grand fiasco décisionnel que Terre-de-Haut ait jamais connu. Seuls quelques naïfs ont fait semblant de croire un moment que cette fameuse plage serait une réussite. Aujourd’hui les faits sont là pour prouver plus qu’abondamment le contraire !

Plage artificielle du Fond Curé : la mer a repris ses droits – Ph R. Joyeux

Pollution marine : qui s’en préoccupe ? 

Bien avant les dernières intempéries majeures que nous avons connues fin août et le 18 septembre de cette année 2017, les fonds marins de Terre-de-Haut, particulièrement aux abords du littoral, étaient (et sont toujours) un dépotoir innommable de déchets de toutes sortes dont on ne parle jamais et dont personne en haut lieu ne se préoccupe. Ces amas d’objets immondes : assiettes, couverts et gobelets en plastique, gouttières délabrées, vieux cordages, sachets, filets pourrissants, carcasses de moteurs, bidons d’huile, bouteilles et autres canettes… défigurent outre les fonds qu’ils colonisent, mais aussi les plages sur lesquelles ils s’échouent au moindre raz de marée, générant une pollution permanente, indigne d’une commune maritime comme Terre-de-Haut.

La pêche aux déchets a de beaux jours devant elle – action et Ph. d’Alain Joyeux

Et ce n’est pas une journée par an organisée par des volontaires et les clubs de plongée qui résoudra le problème même si le travail de ramassage qu’ils font ce jour-là est loin d’être négligeable. Si chacun ne se sent pas responsable de son environnement immédiat, c’est la catastrophe assurée. Combien de Saintois en sont vraiment conscients ? On peut les compter assurément sur les doigts ; et se poser sérieusement la question n’est pas inutile, tant les mauvaises habitudes d’individualisme sont ancrées hélas dans nos mœurs.

Déchets régurgités  par l’ouragan sur la place du Plan d’eau. Ph R.Joyeux

Transports maritimes : restriction des liaisons inter- îles

Avec la disparition de la navette Bleu Azur, retrouvée éventrée à Saint Kits sans possibilité de rapatriement, les liaisons régulières entre Terre-de-Haut et Terre de Bas semblent  à ce jour définitivement interrompues. D’autre part, si la vedette à passagers Béatrix a pu être sauvée in extremis alors qu’elle était, semble-t-il, à la dérive en pleine tempête, ce ne fut pas le cas pour le joyau de la CTM DÉHER, Le Miss Guadeloupe, qui, rompant ses amarres dans la nuit du 18 au 19 septembre, s’est échouée au Pain de Sucre, sur les rochers de l’Anse Devant. Actuellement en cours d’expertise, il attend d’être fixé sur son sort. Dans l’espoir d’une rapide réparation et d’une remise à flot imminente, ses armateurs ont dû procéder à des modifications d’horaires, d’autant plus nécessaires qu’une autre unité de la compagnie est en arrêt technique. Un simple clic sur le site de la CTM vous informera sur les nouveaux horaires, provisoires, espérons-le, aussi bien pour les rotations vers Trois-Rivières que pour celles sur Basse-Terre. Quant à la Compagnie Saintoise de Transports, son navire La Parisienne, échoué lui aussi sur les cayes, n’assure plus son service régulier de transbordement des déchets vers Pointe-à-Pitre. Ce qui complique fortement la tâche des gestionnaires de la plate-forme de tri et les oblige à prévoir un autre moyen de transfert des containers.

La Parisienne entrant au port de Pointe-à-Pitre avant Maria – Ph R. Joyeux

De bonnes volontés se font jour : ne désespérons pas !

En arrivant au terme de cette chronique quelque peu déprimante, je reçois d’un ami une info réjouissante qui atténue en partie mes réflexions sur la pollution marine à Terre-de-Haut et l’individualisme saintois. Elle apporte une note positive à mes propos et c’est volontiers que je vous en fais part : un internaute de Baie-Mahault du nom de Lapin la, vient de publier sur sa page Facebook un appel aux bonnes volontés pour l’aider à replanter à Pompierre des cocotiers, en remplacement de ceux détruits par Maria.

Cocoteraie de Pompierre décimée

Voici son message que vous pouvez consulter avec les likes et les commentaires en cliquant sur le lien photographique ci-dessous :

En réponse à Lapin la

Cher ami inconnu, votre généreuse proposition me touche énormément comme elle touchera sans doute beaucoup de Saintois. Mais à moi, elle revêt une connotation toute particulière puisqu’en 1971, j’étais l’un de ceux qui avaient participé à la plantation de la cocoteraie de Pompierre aujourd’hui décimée par l’ouragan. Si je suis aux Saintes lors de votre venue, vous pourrez compter sur moi, avec d’autres, je l’espère, pour vous aider à rebâtir cette cocoteraie. Au nom de mes compatriotes, je vous adresse un grand merci, et, en attendant de vous connaître, vous exprime toute ma sympathie et mon entière solidarité. 

Raymond Joyeux

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Un commentaire pour 18 septembre – 18 octobre : Terre-de-Haut un mois après Maria

  1. Inaki Euskadi dit :

    Tandis que le maire de Terre de Bas prenait la pelle pour déblayer avec ses administrés que faisait le maire de Terre de Haut ?…il faisait le joli cœur en métropole…
    La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents -Confucius-

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