Honneur à Cyprien-Jérôme SAMSON

Le 8 mai 2018, anniversaire de l’armistice de 1945, j’avais publié sur ce blog une chronique relatant le courageux parcours de notre compatriote Cyprien Jérôme SAMSON, Mort pour la France en déportation en avril 1944.

À l’occasion de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, de son épouse et de ses camarades résistants, fusillés avec lui au Mont-Valérien le 21 février 1943, je vous propose à nouveau cette chronique sur Cyprien.

Le nom et la mémoire de ce valeureux combattant de la Résistance clandestine méritent eux aussi d’être connus et honorés, au même titre que ceux des nombreux autres qui, comme lui, ont sacrifié leur vie pour notre liberté.

Si nous connaissions le nom de Masséna Desbonnes, tombé sous les balles allemandes le 25 avril 1945 à l’âge de 23 ans, 15 jours avant la fin de la guerre, nous ignorions, pour la plupart, qu’un autre de nos compatriotes, Cyprien Jérôme Samson, engagé dans la Résistance en région parisienne, était mort, lui aussi, pour la France à une date imprécise, alors qu’il avait été arrêté par les Brigades Spéciales de la police française en 1942 et remis aux Allemands pour être jugé, condamné à mort et déporté en Allemagne puis en Pologne, où, selon certaines sources, il aurait été fusillé. 

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Né à Terre-de-Haut le 3 octobre 1897 de Eustache SAMSON et de Marie Stéphanie CASSIN,  Cyprien Jérôme SAMSON, avant de s’embarquer sur un cargo pour la France à l’âge de 25 ans, a travaillé au chantier naval de Coquelet comme apprenti d’abord, puis comme ouvrier qualifié, ainsi que le prouve l’attestation ci-dessous, signée de l’ex-maire de la commune et maître du chantier, M. Charles FOY, dont la signature est officiellement légalisée par l’adjoint au maire M. François CÉLESTINE, sous la mandature d’Emmanuel Laurent. Ce document exceptionnel qui date du 17 mai 1924 ainsi que les photographies et autres documents qui illustrent cette chronique nous  ont été aimablement communiqués par le petit-fils de notre héros, M. Michel Jérôme SAMSON, que nous remercions chaleureusement pour sa contribution.

Charpentier de marine au chantier de Coquelet en mai 1924

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Situation familiale et parcours professionnel à Goussainville

Arrivé à Paris en 1922, Cyprien Samson travaille comme menuisier avant d’être embauché par la municipalité de Goussainville dans le Val d’Oise comme garde meules, c’est-à-dire chargé de surveiller les meules de blé, d’avoine et de foin au moment des récoltes. Il vivra alors maritalement avec la mère de ses enfants, Angèle Lecat, qu’il épousera le 9 mai 1942. Le couple aura six enfants : une fille et cinq garçons. Deux de ces enfants sont encore vivants. Dans les années 30, il est employé chez Bloch Aviation (devenu Marcel Dassault en 1946) et serait intervenu sur l’avion de Mermoz, La Croix du Sud, avec lequel le célèbre aviateur disparaîtra le 7 décembre 1936 au-dessus de l’Atlantique.

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Cyprien et sa famille en 1938 avec la fille aînée de son frère Bessarion. Photo communiquée par  son petit-fils Michel Jérôme Samson.

Parcours politique et militaire

À la veille de ses 18 ans, le 28 juillet 1915, Cyprien est ajourné par le Conseil de Révision de la Guadeloupe. Le 13 janvier 1916, il est néanmoins incorporé à la Compagnie de la Martinique, détachement de la Guadeloupe, pour être réformé le même jour par la Commission Spéciale de Réforme du Camp Jacob à Saint-Claude. Décision qui sera confirmée et rendue définitive pour insuffisance physique le 1er mai 1917, par la même Commission de Révision. Déclaré inapte à l’incorporation, sans doute retourne-t-il aux Saintes au chantier de Coquelet car c’est cinq ans plus tard qu’il se rendra en France où commencera pour lui une nouvelle vie. Selon nos informations, en septembre 1939, alors que la France décrète la mobilisation générale et s’apprête à entrer en guerre contre l’Allemagne, Cyprien est inscrit au Parti Communiste Français (PCF), sans savoir que son militantisme allait faire prendre à sa vie un tournant décisif. (Source : émission télé France O, mai 2016 : Le destin tragique d’un Résistant guadeloupéen).

Engagement dans les FFI et arrestation

C’est en effet après l’armistice de 1940 que Cyprien, militant communiste, répond à l’appel du général de Gaulle et entre dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Acte particulièrement courageux pour un homme de 45 ans, chargé de famille, quand on sait que ce sont généralement de très jeunes gens (hommes et femmes), sans charge de famille, qui s’engagent à l’époque dans la Résistance. À ce titre, il fait partie d’une formation de Francs-Tireurs Partisans de la région parisienne jusqu’à son arrestation à son domicile de Goussainville le 17 octobre 1942.

Cyprien SAMSON - Photo anthropomètrique - 20-10-1942
Photo de Cyprien Samson prise par la Police Parisienne après son arrestation

En même temps que lui, neuf membres de son groupe sont arrêtés, non pas pour avoir été dénoncés par l’entourage, mais à la suite de filatures effectuées par les hommes de la Brigade Spéciale antiterroriste des Renseignements Généraux de la Police Parisienne. Aucune arme n’est saisie chez lui mais des carnets de notes que porte Cyprien ainsi que deux feuillets où figurent des rendez-vous.

Prison et condamnation à mort

Le 16 février 1943, soit après quatre mois d’emprisonnement, d’interrogatoires et peut-être de tortures, Cyprien comparaît avec ses neuf camarades FTP devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas dans le VIIIème arrondissement. Les dix hommes sont condamnés à mort pour intelligence avec l’ennemi. Mais alors que ses camarades sont fusillés au Mont Valérien le 26 février, Cyprien se voit appliqué les directives du décret KEITEL, Nacht und Nebel, (en français »Nuit et Brouillard ») et est déporté en Allemagne pour y être rejugé par « un Tribunal du peuple ».

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Résistants français fusillés par les Allemands au Mont Valérien.

Tragique périple de la déportation et incertitudes sur les circonstances et la date de sa mort.

Le 1er juillet 1943, avec d’autres déportés, Cyprien est mis dans un train de la gare de l’Est et arrive le lendemain à Trèves où il sera transféré successivement à Hinzert, puis à Wittlich et Kiel pour y être rejugé. Du 10 novembre 1943 au 20 janvier 1944, il sera emprisonné à la forteresse allemande de Untermassfeld puis au camp de concentration nazi de Sonnensburg (aujourd’hui Slonsk) en Pologne occupée par les Allemands. C’est là que, selon certaines sources, il aurait été fusillé le 25 avril 1944 et où reposerait son corps, dans la tombe 662 au cimetière de cette ville. Information confirmée par la Commission Principale d’Analyse des crimes hitlériens en Pologne. D’autres sources, dont les informations officielles françaises, indiquent, sans doute à tort, que Cyprien serait mort non pas fusillé à Sonnensburg en Pologne, mais en Allemagne, à Wittlich, le 22 novembre 1943, dans des circonstances non élucidées.

Le décret Keitel : Nuit et Brouillard

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Si les recherches faites par la famille de Cyprien, en particulier par sa nièce Mme Claudine Samson-Aubert et par son petit-fils M. Michel Samson, permettent de retenir pour son décès la date du 25 avril 1944, il faut savoir que, selon les informations prises sur Internet,  « le décret Nacht und Nebel (NN) ordonnait la déportation de tous les ennemis intérieurs au Reich (opposants politiques et résistants) en Allemagne. Mesure de terreur et de dissuasion, ce décret faisait disparaître les personnes dans la plus totale discrétion, laissant ainsi la famille, les proches, et la population de manière générale, dans l’incertitude du sort des déportés. » C’est sans doute pour cela que, lors d’un voyage en Pologne avec son épouse en 2013, M. Michel Samson, n’ayant pas trouvé la tombe de son grand-père, m’a déclaré à juste titre dans un mail : « L’histoire de Cyprien, l’enfant des Saintes, n’est pas achevée. » Quoi qu’il en soit, à la date de sa disparition, Cyprien Jérôme Samson laisse six enfants âgés de deux à quatorze ans.

Hommage et reconnaissance

À Terre-de-Haut, sa commune d’origine, « Cyprien l’enfant des Saintes » reste un inconnu.  Mais il n’en va pas de même sur le plan national puisqu’un décret du 5 janvier 1959 signé par le Président René Coty, attribue à titre posthume à notre héros, qualifié de « magnifique patriote », de nombreuses décorations et médailles dont on peut lire le détail ci-dessous :

SAMSON Cyprien Citation

Reconnu officiellement au plan national, comme « Mort glorieusement pour la France », Cyprien Samson est aussi honoré à Goussainville, sa commune de résidence, en France métropolitaine. Son nom figure sur le monument aux morts de cette ville dont une rue porte également le nom.

Monument morts Vieux Pays
Monument au Morts de Goussainville où figure le nom de Cyprien Jérôme Samson
SAMSON Cyprien Plaque Rue

Et aux Saintes que pourrions-nous faire ?

Peut-être qu’à la suite de cette chronique, que personnellement nous nous chargerons de transmettre aux autorités communales, la municipalité de Terre-de-Haut pensera-t-elle à honorer comme il convient la mémoire de ses deux enfants « Morts pour la France » : Masséna DESBONNES précédemment cité, et Cyprien Jérôme SAMSON dont nous venons de lire l’histoire exemplaire. Au même titre que nos marins morts ou disparus en mer qui ont leur monument, ne serait-ce qu’une simple plaque à la mémoire des dissidents saintois et de nos deux héros de la seconde guerre mondiale serait la moindre des choses. Elle rappellerait aux Saintois d’aujourd’hui qu’ils doivent leur liberté au courage des enfants de la commune et à toutes celles et tous ceux, connus ou inconnus, qui, en Guadeloupe, en France et à travers le monde, n’ont pas hésité à se sacrifier pour qu’ils vivent libres et en paix. C’est le souhait que nous formons en ce jour de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945. Puisse-t-il être entendu.

Raymond Joyeux

Remerciements Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame Claudine Samson-Aubert et à Monsieur Michel Jérôme Samson, respectivement nièce et petit-fils de Cyprien Samson, à qui nous devons toutes les informations, les références et les documents manuscrits et iconographiques qui nous ont permis de rédiger, d’illustrer et de publier cette chronique. 

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Samedi 24 février 2024

À la suite de cette chronique du 8 mai 2018 et grâce à mes interventions répétées auprès des autorités municipales d’alors, la Place des Héros a été inaugurée le 15 août de la même année en présence de Madame Yvette Martinet, fille de Cyprien.
Une plaque commémorative a été apposée à cette occasion au nom de nos deux compatriotes, Masséna Débonnes et Cyprien Samson, morts pour la France.
Aujourd’hui, vu la qualité médiocre de cette plaque, elle est complètement détériorée.

J’adresse une supplique auprès des responsables communaux d’aujourd’hui pour qu’une véritable plaque soit placée, non pas au-dessus d’un vulgaire panneau d’indication mais à un endroit digne du sacrifice de nos deux héros.


CE SERAIT LA MOINDRE DES CHOSES, PAR RESPECT POUR

LEUR SACRIFICE ET LEUR MÉMOIRE !

Plaque Place des Héros au 24 février 2024 – Photo Raymond Joyeux.
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Aménagement de l’Îlet à Cabris : un mensonge de plus ?

« 2015 verra le début des travaux et la réalisation d’un plan de gestion… qui devra aboutir à la valorisation des vestiges historiques et à un projet d’aménagement du site pour l’accueil du public. »

(Le Conservatoire du littoral- France-Antilles – 21 février 2015)


Si un seul habitant de Terre-de-Haut a vu un quelconque début des travaux d’aménagement de l’Îlet à Cabris, dont l’étude avait été menée par des « experts » voilà 9 ans, jour pour jour, nous sommes prêts à publier photos et témoignages !

Vous pouvez agrandir sur votre écran pour mieux lire.

Archives Raymond Joyeux

Et c’est ainsi que l’on mène une commune en bateau…
jusqu’à l’Îlet à Cabris, bien entendu !

Sans commentaire.

Publié par Raymond Joyeux
Le mercredi 21 Février 2024

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Hommage à Alexeï Navalny

La Complainte de l’homme exigeant

Jean Tardieu

Au milieu de la nuit
Il demandait le soleil
Il voulait le soleil
Il réclamait le soleil
Au milieu en plein milieu
De la nuit (voyez-vous ça ? )
Le soleil ! (il criait )
Le soleil ! (il exigeait)
Le soleil ! Le soleil !

On lui disait : pour quoi faire ?
Il répondait : la lumière
Je veux faire la lumière
Sur cette sale affaire.

On lui disait : mais quelle affaire ?
Il répondait : la sale affaire
La sale affaire de ma vie.
Je veux toute la lumière
Sur cette sale affaire.

On lui disait : votre vie ?
Malheureux vous n’en avez pas
Vous n’en avez jamais eu
Vous avez celle des autres !

De parler de cette chose
Comme si elle était à vous
Quelle, quelle vanité !
Je vous déconseille d’en parler !
Vous vous feriez arrêter !

Il disait : vous détournez
Notre conversation
J’ai demandé le soleil
Vous me parlez de police.
On lui répondait : c’est vous
C’est vous qui l’avez voulu
Vous réclamez le soleil
En plein milieu de la nuit,
Demain vous exigerez
Les ténèbres à midi !

« Pourquoi pas ? » répondait-il
Je ne comprends rien aux heures
Je ne sais pas calculer
Je ne sais pas m’habituer
Tout ce que je sais à présent
C’est qu’il fait une nuit d’encre
Et que dans cette nuit d’encre
Je demande le soleil !

Or malgré tous nos efforts
Nous n’avons pu lui donner
La plus petite parcelle
De la lumière solaire
Au milieu de la nuit noire
Qui le couvrait tout entier.

Alors pour ne pas céder
Alors les yeux grands ouverts
Sur une toute autre lumière
Il est mort.

Publié par Raymond Joyeux
Le samedi 17 février 202
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Terre-de-Haut en cartes postales…pas si anciennes

Coll. Exbrayat

Grâce à l’album d’un ami, amoureux des Saintes, et grand collectionneur de cartes postales de nos îles, que nous remercions en passant, voici pour les nostalgiques des Saintes d’autrefois, quelques clichés de Terre-de-Haut avant les transformations que nous connaissons aujourd’hui. Avant surtout l’arrivée massive du tourisme.

Nous n’osons parler d’invasion, sachant que nous nous ferions taper sur les doigts, comme à l’école d’antan, par ceux qui souhaitent pour notre île un développement exponentiel de cette industrie lucrative déjà bien implantée aux Saintes. L’avenir nous dira s’ils ont raison ou non, sachant que beaucoup de stations touristiques métropolitaines et étrangères ont tendance à vouloir modérer, sinon limiter le nombre de visiteurs sur leur territoire, comme le montre le lien ci-dessous.

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2023-04-14/contre-le-tourisme-de-masse-ces-destinations-prennent-des-mesures-drastiques-6ac72e46-98fd-4700-a594-4dd87c2ddbe6

Une activité nécessaire, source de prospérité, difficile à canaliser

À l’évidence, le tourisme fait vivre, au bas mot, plus de la moitié de la population de Terre-de-Haut. Il est une manne indiscutable, source de profits pour nos îles, dont bénéficient à juste titre tous les secteurs qui y sont liés : transports, hôtellerie, restauration, hébergements, boutiques, bars, locations de véhicules, commerces, ventes de rue etc … Il est donc hors de question de lui tourner le dos !

Mais il est aussi, il faut le reconnaître, facteur d’inconvénients majeurs, comme, entre autres, la prolifération anarchique d’engins à moteur terrestres sur des voies non prévues pour une telle densité. Rendant journellement, principalement entre 9 à 16 heures, la circulation des piétons problématique pour ne pas dire pratiquement impossible. Et ne parlons ni des jours de vacances, petites et grandes, correspondant le plus souvent aux congés scolaires, ni des inévitables pollutions et dégradations liées au grand nombre de passants sur les mêmes lieux et sites… et parfois au non-respect des règlementations.

Fonds marins traversés par les ancrages sauvages. Photo Claire Jeuffroy

Loin de nous l’idée de suggérer à nos responsables une quelconque limitation en ce domaine. D’autant qu’il serait certainement très difficile, pour ne pas dire impossible, d’imaginer et de mettre en œuvre une éventuelle modération de l’afflux des visiteurs. Mais la question ne mérite-t-elle pas d’être posée ? Et ne serait-il pas urgent d’en débattre ? Laissons la réponse à ceux qui nous gouvernent, et continuons de profiter de la manne en dépit des inconvénients évoqués.

Lé Sent paradi sé péyi lontan…

Les clichés qui suivent ne sont pas une incitation à un retour en arrière qui serait de l’ordre du rêve, mais un clin d’œil amusant, nous l’espérons, à une réalité passée, comme le sont les archives qu’il fait bon de consulter de temps en temps… rien que pour le plaisir.

Coll. Exbrayat

Édition Lephotographe
Édition Librairie Populaire
Coll. Exbrayat
Coll. Exbrayat

Coll. Ciliri
Photo Steve
Coll. Emmac
Auteur inconnu
Auteur inconnu
Coll. Emmac
Photo Raymond Joyeux
Coll. Images Caraïbes

Voilà : nous espérons que cette brève rétrospective en images vous aura fait du bien. Calme et sérénité, certes, mais, ne l’oublions pas, une époque pas si lointaine sans eau courante ni électricité ! Sans télé, sans téléphone sans Internet, une époque encore plus lointaine où nos mères faisaient cuire les repas au charbon de bois, et où nos pères allaient à la pêche à la rame ou à la voile.

Publié par Raymond Joyeux
le samedi 10 février 2024

Un grand merci à Claire Jeuffroy pour sa contribution photographique

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Du temps de la natation saintoise…

Je ne sais si elle existe encore, mais il convient, de temps en à autre, de rappeler au bon souvenir de nos compatriotes qu’à une certaine époque, Terre-de-Haut pouvait se targuer de posséder une Association sportive particulièrement active, dénommée Avenir Saintois, au sein de laquelle évoluait, outre une équipe de football, une autre surtout de natation, l’une des pionnières en ce sport en Guadeloupe.

Nous avons publié sur ce blog plusieurs chroniques rendant compte de l’origine de cette association, créée au milieu des années 60. Avec les noms de ses fondateurs et dirigeants, ainsi que divers exploits réalisés par nos jeunes sportifs de l’époque.

Époque où l’esprit de bénévolat et d’engagement désintéressé animait fortement certains de nos ainés, engagement bénévole qui semble hélas aujourd’hui malheureusement en sommeil pour ne pas dire éteint. Cela dit, reconnaissons qu’au sein de l’OMCS actuel, des animateurs qualifiés font leur possible pour occuper le plus souvent sportivement les jeunes d’aujourd’hui, même si, à notre connaissance, la natation a été quelque peu abandonnée.

Néanmoins, dans ce domaine spécifique de la nage, où sont les Claude Azincourt, les Daniel et Denis Cassin, les Gilbert Samson, les Yves Espiand, les Geo Petit, les Georges et Maurice Vincent, les Jean-Pierre Péter, les Georges Molinié, les Eugène Hoff… d’aujourd’hui ? Et je ne parle que de quelques-uns parmi ceux, dont modestement votre serviteur, qui encadraient sans contre-partie, les équipes et qui donnaient de leur temps et de leur énergie pour porter à leur plus haut niveau de performances les recrues de nos divers équipes, aussi bien masculines que féminines. En cliquant sur le lien suivant, vous trouverez de quoi alimenter votre curiosité sur le sujet !

https://raymondjoyeux.com/2015/11/02/a-lorigine-du-football-saintois/

C’est pour ranimer certains de ces souvenirs que j’ai le plaisir de publier aujourd’hui une photo de notre équipe de natation, en compétition à la piscine intercommunale de Baimbridge lors de la saison 1974-75. Photo aimablement communiquée par notre ami Marc-André Bonbon, lui même membre de ce groupe de nageurs de cette belle époque, et que l’on reconnaît aux côté de Robert Geoffroy, délégué technique départemental à la Natation, en haut, à gauche de la photo.

Cette brochette de nageurs, toutes catégories confondues, arborant leurs médailles de champions de 1974, peut-être les reconnaîtrez-vous…

Si c’est le cas, vous pouvez vous rendre à la rubrique « votre commentaire » en bas de cette page et proposer des noms qui feront certainement plaisir aux intéressés…. 50 ans après !

En attendant je vous invite à consulter la page d’une autre chronique datée de 2021, consacrée à notre champion Max SAMSON et autres nageurs saintois de la belle époque.

https://raymondjoyeux.com/2021/09/19/max-samson-un-exemple-et-un-modele-sportif-pour-les-jeunes-saintois-daujourdhui/

En vous remerciant de votre fidélité, je vous souhaite à tous bonne lecture, vous renouvelle mon amitié et vous dis à bientôt pour une prochaine chronique…

Publié par Raymond Joyeux
Le mardi 16 janvier 2024

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Un livre à déguster sans modération : La porte du ghetto d’Olivier PIES

Décidément, cette saison 2024 débute fort sur ce blog en matière de chronique littéraire. Après le recueil de poèmes de Louise Glük, les deux ouvrages de Caroline Bourgine et d’Hector Poullet parus chez CaraïbÉditions (chronique du 7 janvier), voici un petit livre particulièrement revigorant édité à compte d’auteur en novembre 2023 : La porte du ghetto d’Olivier Pies.

De la sociologie à ciel ouvert

Sous-titré en bas de couverture Histoire vraie de mon enfance, ce récit est davantage à mes yeux qu’un simple livre. C’est un document sociologique, j’ose le dire, de la plus haute importance. Mais sans la rigidité académique ni l’ennui généralement soporifique d’un tel ouvrage. L’auteur, sans chercher à faire de la « littérature » par des tournures qui sentent la recherche, nous propose en effet une sorte de conversation avec le lecteur, le prenant souvent à témoin, dans un style alerte, spontané, d’une vivacité surprenante, gage de réalisme et d’authenticité. Récit et conversation truffés de trouvailles originales, passant du burlesque au tragique, qui ne laisseront indifférent aucun lecteur de bonne foi. Bref, Olivier Pies raconte une histoire, comme s’il était sur une scène. Non à la manière d’un comédien interprétant le texte d’un autre, mais comme l’artisan, l’acteur, au sens premier du terme, de son propre vécu. Et c’est le cas dans ce petit ouvrage qui ne paie pas de mine mais qui a son importance pour notre connaissance de l’histoire sociale (sociétale, comme on dit aujourd’hui) pas si lointaine de la Guadeloupe, et que je vous conseille de courir, si ce n’est déjà fait, vous le procurer au plus vite.

Olivier Pies à Cultura Destreland. Ph. Raymond Joyeux

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit tout simplement du récit véridique de l’enfance de l’auteur dans le quartier Lacroix-Boissard, non loin de Pointe-à-Pitre, dans la Guadeloupe des années 80. Olivier Pies, surnommé Djono, alors âgé de 12 ans, ne peut se défaire, nous dit la 4è de couverture, « du sentiment de n’être pas à sa place, de n’être pas né au bon endroit. Tout ici le choque et le questionne : les violences conjugales, les coups de feu, les trafics en tout genre, la misère, les descentes de police, l’injustice d’un monde qui parque les pauvres loin du regard des riches. »

« J’ai toujours considéré mon quartier, écrit l’auteur, comme une prison à ciel ouvert. Une sorte de boîte en tôle dont on ne sort que difficilement. Une boîte scellée par trois chaines puissantes : la pauvreté, la violence et la drogue... Je m’y promène comme se promènerait un ours polaire au beau milieu d’une savane africaine. »

Description qui rejoint celle qu’avait faite Ernest Pépin dans son roman policier La Darse rouge (CaraïbÉditions 2018) : qui écrit à la page 77 en parlant de Boissard : « C’était un quartier populaire où les ruelles entortillées, les cases entrelacées, les stigmates de la misère sociale accueillaient tout un peuple de laissés-pour-compte qui se débrouillaient pour survivre en marge de la Guadeloupe officielle… Un quartier où on trouvait des gangs abonnés à toute sorte de trafics et notamment à celui de la drogue… Un quartier où on trouvait en fait les plus démunis, les sans-papiers, les mauvais sujets d’une société en pleine mutation. »

La littérature à l’estomac

Si les descriptions du quartier de Boissard d’Olivier Pies et d’Ernest Pépin se rejoignent par leur réalisme brut, (on devrait surtout dire brutal), et leur caractère historique avéré, il y a néanmoins entre elles une différence de taille.

Celle de Pépin est inscrite dans une fiction et rédigée au passé par un écrivain supposé confortablement installé à son bureau climatisé.

La description d’Olivier Pies est écrite en revanche au présent et s’insère dans le vif, au cœur même de la vie, la vraie. Celle qu’il a vécue, dans une case délabrée, sans eau ni électricité, sans commodités sanitaires, sans souvent de quoi manger, et dont il nous relate les péripéties sordides, sur un ton souvent léger et sans pleurnicherie. Un sujet et une manière d’écrire et de rapporter les faits telle que le préconise Julien Gracq dans un célèbre pamphlet intitulé La littérature à l’estomac (José Corti 1950). Point de vue que partage Jean-Pierre Otte dans La littérature prend le maquis, édition Sens&tonka 2005 : « Si ton écriture va mal, s’empâte ou s’affadit, reste stérile ou mimétique, si l’inspiration te fuit et que le plaisir même se perd, retourne plonger dans la vie la tête la première. »

Plonger dans la vie la tête la première

Plonger la tête la première… dans la misère, on ne peut pas dire qu’Olivier Pies ne l’a pas fait. Il l’a même si bien fait qu’il en a très souvent littéralement touché le fond. Comme le soir où revenant de la plage avec sa mère, son petit frère et sa sœur Olivia, passant devant une roulotte à frites de la Place de la Victoire, il écrit ceci :

« Je ne sais pas si c’est le bain de mer qui nous a ouvert l’appétit et rendus sensibles à ce délicat fumet, mais il semble impossible aux enfants que nous sommes de faire un pas de plus sans une frite en bouche. C’est un véritable supplice de voir tous ces gens quitter la roulotte, leurs frites soigneusement enveloppées dans un cône de papier gris. Encouragé par ma fratrie, je dis à ma mère : « S’il te plaît, achète-nous un cornet de frites, nous avons tous très faim. » Sans me regarder et sans même ralentir sa marche elle répond :
-Si on achète des frites ce soir, on ne pourra pas acheter du pain demain. Alors tu choisis quoi
? »

Je vous laisse le soin de découvrir la suite, pages 37-38 du livre.

La révolte comme premiers pas vers la sortie

Contraint de supporter ces conditions de vie déplorables, pour tout dire inhumaines, voire déshumanisantes, le jeune Olivier ne l’accepte pas pour autant. Il est au contraire révolté très tôt par cette résignation dont font preuve sa mère et les habitants de son quartier. Une résignation qu’il ne comprend pas. « Je sens bien au plus profond de moi, écrit-il, que toutes ces pratiques ne sont pas normales. Je suis sûr qu’une autre façon de vivre est possible, loin de la misère, loin des coups de feu, loin de la drogue, loin de cette violence crasse. »

Et, contre toute attente, c’est le personnage d’Emma Bovary du roman de Flaubert, découvert par hasard au collège qui va l’ancrer dans sa révolte et dans son désir de changer de vie. « J’aimais me plonger dans l’univers de cette femme nommée Emma, qui s’imaginait une vie romantique et brillante et qui ne se satisfaisait pas de la médiocrité de celle qui lui était imposée… À une échelle moindre, les mêmes sentiments me traversaient. Moi non plus, je n’étais pas content de ma situation, de mon cadre de vie et même du monde auquel j’appartenais. Moi aussi j’imaginais des moyens pour l’enjoliver. »

Pousser la porte du ghetto

Alors, Olivier, dit Djono, arrivera-t-il à enjoliver sa vie comme il le rêve ? À sortir enfin du ghetto en poussant cette porte, symbolisée par l’illustration de la couverture de son livre ? Une porte qu’une main, la sienne peut-être, tente d’ouvrir pour arriver à s’échapper. Je vous laisserai, bien sûr, le soin de le découvrir.

Mais avant de terminer cette chronique. Je tiens à vous rassurer : ce livre n’est pas du tout un récit larmoyant, enrobé de pessimisme. C’est au contraire, non pas une leçon, mais un témoignage d’espoir, de vitalité où la volonté de changer le cours des choses, en dépit des situations parfois dramatiques évoquées, est toujours présente.

En alternant les épisodes difficiles et les petits moment de bonheur, le meilleur et le pire, le narrateur-auteur, par son écriture enlevée, par les situations parfois rocambolesques qu’il décrit, nous entraîne sur un chemin où l’on ne s’ennuie jamais. Il nous fait prendre conscience que le malheur ne sort pas toujours vainqueur de la lutte pour la dignité humaine. En réalité, dans La porte du ghetto d’Olivier Pies, pour parodier le titre des souvenirs d’enfance de Maryse Condé, si on a finalement plus souvent le cœur à rire que le cœur à pleurer, on a surtout beaucoup de choses à méditer. Entre autres celle-ci où l’auteur évoque un séjour chez sa tante Francelyse à Dugazon, plus déshéritée encore que sa propre mère à Boissard :

« Nous avons vécu plus d’une année dans une indigence sans nom et pourtant ce fut la période la plus heureuse de mon enfance. Difficile à croire, n’est-ce pas ? Voilà une preuve concrète que ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur. Il est parfaitement possible de se sentir heureux sans un sou en poche. Mais pour y arriver, il faut savoir remplacer le manque matériel par autre chose… »

Pour découvrir ce qu’est cette autre chose, je vous renvoie à ce petit ouvrage qui m’a personnellement à la fois enchanté et ému :
La porte du ghetto d’Olivier Pies.

Bonne lecture à tous.

PS. Olivier PIES, né en 1972, est licencié avec mention en chimie de l’Université
Antilles-Guyane et exerce actuellement comme professeur des écoles.

Publié par Raymond Joyeux
le samedi 13 janvier 2024

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Littérature antillaise : deux publications passionnantes chez CaraïbÉditions

Pour les Antillais et plus globalement les Caribéens, pour tous les lecteurs et toutes les lectrices, créolophones ou non, voici, en ce début d’année, deux ouvrages susceptibles de les intéresser.

1 – Dictionnaire des Caraïbes de Caroline Bourgine


Le premier est de Caroline Bourgine qui vient de publier (mai 2023) chez CaraïbÉditions un Dictionnaire des Caraïbes. Dictionnaire amoureux s’entend, sous-titré : Un itinéraire poétique. Au total, un glossaire alphabétique de 438 entrées, allant de Abolition à Zombi, réparties en 7 thèmes présentés en pages de garde de l’ouvrage.

L’ouvrage

Sous une couverture et une typographie soignées, comme le sont tous les ouvrages de CaraïbÉditions, Caroline Bourgine, pour citer la 4è de couverture, « nous invite en toute subjectivité à circuler à travers les mots, les lieux, les auteurs, les langues et les territoires. L’auteure se plaît à rencontrer le singulier proche et lointain, tout un creuset de mondes brassés par l’histoire, la géographie, l’archéologie, la cuisine, la littérature, la botanique et les musiques. Autant de balises pour entrer dans ce Tout-monde, intime de la relation aux êtres et aux choses, pour entendre une composition poétique sans ordonnance tissée de définitions fragiles et mouvantes. »

Illustrations librement inspirées des pétrographes amérindiens

L’auteure

Diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris et de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris (EHESS), Caroline Bourgine dédie sa vie professionnelle depuis 30 ans aux cultures du monde et à la diversité de leurs expressions à travers le journalisme, la production artistique et la réalisation. L’ouverture aux terrains internationaux et aux Outre Mer constitue le cœur de son engagement. (PrésentationWikipédia).

En octobre 2021, elle a publié une étude intitulée Guadeloupéens aux éditions Henry Dougier

Extraits

Les deux extraits suivants de ce dictionnaire amoureux vont sans doute plaire à mes amis Saintois, entre autres, puisqu’ils évoquent ce qu’ils connaissent le mieux : le court-bouillon et le pélican.

Page 106 : Court-bouillon.

Il n’y en a pas deux pareils, clair ou épais, avec ou sans roucou ? Ses multiples préparations sont adaptées à autant de poissons en tenue de fraîcheur : grande gueule, chat, vivaneau, thon, poissons rouges, thazard, dorade….
Un court-bouillon est un secret de famille qui se transmet dans l’intimité d’une cuisine. Il en va de sa réputation !

Secret de famille, sans doute. Aucun Saintois à priori ne dira le contraire. Peut-être tiquera-t-il à propos de la présence ou non du roucou qui donne sa sauce rouge au court-bouillon traditionnel et qu’il conçoit difficilement sans cette épice… sans oublier bien entendu le citron et le piment. De quelque chose à ses yeux d’un peu pâlot, qui ne « pète » pas, d’une élection sans fraude, ne dit-il pas, comme un court-bouillon sans piment ! ?

Page 261 : Pélican, Grand Gosier

Leurs domaines sont les mangroves et les îlets où ils aiment se nicher et se reproduire.
La crête des vagues semble les aimanter lorsqu’ils déploient leurs ailes de toute leur envergure (2 mètres) pour plonger tout entier et saisir leur poisson. Comme une épuisette, ils filtrent l’eau avec leur grand bec et engloutissent leur proie…
Ils prennent un temps infini à lisser leurs ailes grâce à une glande huileuse et cireuse située près de leur croupion.
Non loin des ports de pêche, on peut les approcher ou les voir amerrir sur le pont d’un bateau, ces gigantesques oiseaux, maladroits sur la terre. Le pélican brun des Antilles est une espèce protégée depuis 1989.

Espèce protégée, bien sûr, mais dont la fiente acide sur leurs canots agace fortement certains pêcheurs et plaisanciers qui rêvent parfois en secret de fusil pour les chasser en tirant en l’air… sans les occire, cela va de soi…

Colonie de pélicans à Terre-de-Haut à l’arrivée des pécheurs. Photo Raymond Joyeux

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2Choukamo d’Hector Poullet

Le second ouvrage que je me propose de vous présenter est celui d’Hector Poullet, écrivain guadeloupéen, lexicologue et traducteur en créole de nombreux ouvrages dont les Fables de La Fontaine (Zayann) en collaboration avec Sylviane Telchid et, plus récemment, La Place d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, Plas-la.

Hector Poullet est également l’auteur, toujours avec Sylviane Telchid, du premier Créole sans peine dans la collection ASSIMIL. Ouvrage qui a été et reste encore pour beaucoup la référence en matière d’apprentissage du créole écrit.

L’ouvrage ci-dessous a été publié, comme celui de Caroline Bourgine, chez CraïbÉditions en septembre 2014. Il a été complété par un second volume intitulé Bikamo Kréyol Gwadloup, en octobre 2017, toujours chez le même éditeur.

« Dans le présent ouvrage, écrit Poullet dans son introduction, j’ai essayé de ne m’encombrer d’aucun a priori sur les origines et la genèse des langues créoles. Sans prétention aucune j’ai établi mon corpus à partir des mots rencontrés quelquefois au hasard de mes lectures, mais aussi pris uniquement dans des ouvrages qui se trouvent dans ma bibliothèque et dont je donne la liste dans la bibliographie… »

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Hésitant sur l’étymologie de certains mots, l’auteur reconnaît ignorer parfois leur origine. Ainsi à la page 113, il avoue à propos du terme Konfedmanti : « Je n’ai trouvé nulle part l’explication possible à l’usage de cette locution qui est employée couramment pour certifier quelque chose. »

Or, pour l’anecdote, possédant l’ouvrage dès sa publication, je me suis permis de téléphoner à l’auteur pour l’informer que j’avais peut-être une explication. Que cette expression serait, selon moi, une déformation guadeloupéenne de celle que nous employons aux Saintes : pwofèt manti qui a le même sens que Konfedmanti, terme inconnu à Terre-de-Haut.

Pwofèt manti, pour signifier que la chose est tellement vraie que si elle ne l’était pas, le prophète aurait menti. Une sorte de renforcement du sens par la négation ! Et j’ai donné à Hector Poullet des exemples d’emplois de cette expression souvent entendue chez ma mère, dans des situations comme celle-ci : Ti-moun lasa, pwofèt manti, i bel menm !

On peut employer également, à la place de pwofèt manti : apa pou di, qui est aussi une négation de renforcement de l’affirmation.. équivalent français de ce n’est pas pour dire.

Hector Poullet a été, je dois le dire, particulièrement accueillant et très intéressé par cette explication… alors même qu’elle n’est peut-être pas la bonne ! N’étant personnellement expert ni à expliquer ni à écrire correctement le créole. Mes amis Jean Samuel Sahaï et Marc-André Bonbon, mes deux professeurs occasionnels, ne diront pas le contraire !

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Voilà, en tous cas, deux ouvrages que, selon que vous soyez Guadeloupéen des Saintes ou du continent, pwofrèt manti ou konfedmanti, vous intéresseront à coup sûr si vous aimez le créole et souhaitez approfondir agréablement vos connaissances de cette langue.

Nous devons ces deux pépites parmi d’autres aux deux auteurs cités, bien sûr, mais aussi à CaraïbÉditions qui se consacre depuis de nombreuses années à nous faire découvrir la littérature caribéenne, sous la férule du très actif et avisé Florent Charbonnier, son directeur. À lui et à ses auteurs, experts en notre admirable langue maternelle – absurdement interdite autrefois à l’école – nous exprimons nos remerciements et souhaitons qu’avec eux l’aventure continue pour notre plus grand plaisir. C’est un peu plat comme compliment, je l’avoue, mais tant pis, ça vient du cœur et je promets de mieux faire la prochaine fois !

À TOUTES ET ÀTOUS, À MES ABONNÉS, LECTEURS ET LECTRICES DE CE BLOG, JE SOUHAITE UNE MERVEILLEUSE ANNÉE 2024, RICHE EN LECTURES ET DÉCOUVERTE DE NOTRE PRÉCIEUX PATRIMOINE CULTUREL ET LINGUISTIQUE.

Publié par Raymond Joyeux
Le 7 janvier 2024


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Le serpent de la haine : un cadeau de Noël empoisonné…

En cette veille de Noël 2023, période propice à la joie, la paix et la fraternité, la publication d’une photo de lycéens en visite à l’Assemblée Nationale suscite des commentaires racistes sur les réseaux sociaux.

Voici comment le journal 20 Minutes rapporte les faits :

« La France est une maternité géante pour Africains » : C’est ce genre de commentaires haineux et raciste qu’ont pu lire des élèves de seconde professionnelle sur les réseaux sociaux après une visite à l’Assemblée nationale le 4 décembre dernier. Ces enfants du lycée Mistral de Fresnes étaient invités par la députée Rachel Keke (La France Insoumise), qui a ensuite posté sur X (ex-Twitter) une photo de la visite, avec un commentaire qui ne prêtait pas spécialement le flanc à la polémique : « Bienvenue aux élèves de seconde pro du lycée Mistral de Fresnes ! ».

Lycéens de Freines en visite à l’Assemblée Nationale -Photo Rachel Keke. Journal 20 Minutes

Face à cette triste réalité, alors que cette même Assemblée Nationale vient tout juste de voter une loi contestée sur l’immigration, nous avons jugé bon de vous proposer, sans commentaire, ce poème de Léopold Sédar Senghor extrait d’Hosties noires paru en 1948 et que l’auteur avait dédié à Claude et Georges Pompidou.

Prière pour la paix

Voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que je croyais mort…

Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.

Seigneur, parmi  les nations blanches, place la France à la droite du Père.

Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des boeufs, pour engraisser ses terres à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.

Qu’elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os

Qu’elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins.
Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques

Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié.
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement

Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire
Qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires
Et de ma Mésopotamie, de mon  Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc.

Pour lire l’intégralité de ce poème : http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/priere-de-paix

Léopold Sédar Senghor :

Pour plus d’informations sur ce poète et homme d’état sénégalais, cliquer sur le lien suivant.

https://memoire-esclavage.org/biographies/leopold-sedar-senghor

L. Sédar Senghor

En dépit de cette sordide actualité, à ces lycéens de Fresnes et d’ailleurs, à vous toutes et tous, amis lecteurs, je souhaite un Joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’année.

Publié par Raymond Joyeux
Le vendredi 22 décembre 2023

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Terre-de-Haut : stop aux chiens errants sur nos plages !

Avec les épisodes récurrents des baignades interdites suite aux fortes pluies et aux ruptures régulières des canalisations des égouts communaux, un autre fléau sévit actuellement aux Saintes, tout aussi insupportable pour les adeptes de bains de mer et autres plaisirs de la plage : la prolifération des chiens errants sur le littoral du Fond-Curé.

Drapeau rouge, danger : baignade interdite. Photo Raymond Joyeux 16.12;23

Un problème d’image, de santé et de salubrité publique

On peut être l’ami ou le propriétaire d’animaux de compagnie et dans le même temps comprendre et accepter une règlementation pour le mieux être et la santé de tous. Posséder un chien – ou tout autre animal – suppose de s’en occuper et de faire en sorte qu’il n’aille pas divaguer seul à sa guise dans les lieux publics, surtout lorsqu’il existe des arrêtés municipaux interdisant cette divagation. Ainsi, à Terre-de-Haut, comme partout ailleurs en France métropolitaine et en Guadeloupe continentale, un arrêté existe en ce sens, depuis 2009. Mais combien le savent, et peut-être même au sein de la police municipale que l’on ne voit jamais intervenir pour le faire respecter ?

Or ce n’est sans doute pas pour embêter les propriétaires de nos amis canins que les responsables de la collectivité ont voté cette règlementation, à la demande de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Tout le monde sait en effet que, en dehors d’autres désagréments comme les trous profonds dans le sable, l’éventration, la fouille et l’éparpillement de poubelles, les ébrouements intempestifs au sortir de l’eau, les risques de morsure etc…, les chiens sont porteurs de parasites qui peuvent contaminer gravement les humains, surtout par leurs déjections à même le sable des plages.

Voir à ce sujet l’article sur les dangers du ver à chien en cliquant sur le lien suivant :

https://www.santevet.com/articles/vers-du-chien-quels-risques-pour-l-homme

Responsabiliser les propriétaires

Pour éviter de stigmatiser les propriétaires en infraction qui pourraient reconnaître leur animal, nous nous nous sommes abstenus volontairement de publier l’intégralité des photos prises récemment et aujourd’hui-même, ce samedi 16 décembre 2023, de chiens errants qui fréquentent librement plusieurs fois par jour la plage du Fond-Curé. Mais les trois photos ci-dessous montrent à quel point certains d’entre eux sont irresponsables en laissant divaguer leur chien sans aucun respect pour les riverains, la population en général et les touristes de passage. Empressons-nous de préciser que ce n’est pas le cas de ces peu nombreux propriétaires qui tiennent leur protégé en laisse et ramassent scrupuleusement leurs déjections dans des sachets prévus à cet effet. Un grand merci à eux ou elles pour leur civisme !

Déjection de chien errant. Photo prise le 16.12.2023. Plage du Fond-Curé

Afficher et faire respecter l’arrêté.

En définitive, comment responsabiliser les propriétaires récalcitrants s’ils ignorent l’existence de l’arrêté municipal et, surtout, si aucun panneau ne signale l’interdiction de divagation ? C’est, à notre sens, le rôle des autorités communales et de la police de proximité de faire en sorte que la règlementation soit respectée. Or, à ce jour, on a l’impression que tout le monde s’en fiche, sauf peut-être ceux qui marchent dans les crottes, qui se foulent la cheville dans les trous ou qui sont contaminés par les vers de chiens avec toute la ribambelle d’inconvénients sanitaires qui s’ensuit ! Par ailleurs, ne nous dit-on pas que notre île est une commune à vocation touristique ? La belle affaire !

Une précédente chronique sur le même sujet vous fera peut-être davantage sourire.
Pour la lire, cliquer sur le titre :

Publié par Raymond Joyeux
le dimanche 17 décembre 2023

Publié dans Actualités saintoises | 2 commentaires

Recettes d’hiver… ou la poésie-surprise d’avant Noël

À l’AMI(E) ANONYME QUI ME VEUT DU BIEN…

Retour aux Saintes. Mercredi 13 décembre 2023.

Premier geste : la boîte aux lettres.

Pour une fois, pas de colossale facture d’eau ni d’avis d’imposition..
Quelques pubs destinées à la poubelle…

Sous la liasse de prospectus colorés, une simple enveloppe blanche déjà servie. Sans adresse. Une enveloppe plus épaisse que celles que je reçois habituellement.
Et même pas cachetée.

À l’intérieur, surprise : un livre. Oh, pas très épais ! Moins de 100 pages.
97 exactement en comptant les pages de garde et la table des matières.
Mais quel livre ! Un recueil de poèmes.

Avant même d’ouvrir la porte de la maison, je cherche un expéditeur. Une dédicace, peut-être ? RIEN !

Seuls, sur la couverture Gallimard, le titre, le nom de l’auteur : Louise GLÜCK, et un bandeau rouge : Prix Nobel de Littérature.

Une main anonyme me l’a glissé sans se faire connaître.
Certainement pas de quelqu’un qui me veut du mal ! De quelqu’un au contraire qui connaît ma passion dévorante pour la poésie. Un(e) passionné(e) comme moi sans doute. Oui, Un ou une passionné(e). Quel enchantement ! Nous sommes de la même planète.

À peine entré, sans même m’occuper de la valise ni des volets, je parcours les pages.
Lis des bribes au hasard.

Page 13.

Le jour et la nuit arrivent
main dans la main comme un garçon et une fille
s’arrêtan
t seulement pour manger des baies sauvages dans un plat
décoré de peintures d’oiseaux.

C’est une édition bilingue. Anglais d’un côté, traduction française de l’autre par Marie Olivier.. Mon ami Michel Duval aurait apprécié.

Plus loin, page 23 :

Un jour une enveloppe arriva,
affranchie avec des timbres d’une petite république européenne.
Cette enveloppe, le concierge me la tendit avec des airs fort cérémonieux ;
j’essayai de l’ouvrir dans le même esprit.

Quelle coïncidence ! Un jour une enveloppe arriva. La mienne n’est pas affranchie.
Comme celle de l’auteur qui continue :

À l’intérieur il y avait mon passeport.
Inside was my passport, écrit-elle en anglais.

Même sans la traduction j’aurais compris.

Pour moi, pas de passeport à mon nom dans l’enveloppe. Mais c’est tout comme :
un passeport pour le plaisir que m’offre à la veille de ce noël 2023 un(e) ami(e) anonyme. Et qui me rend plus que joyeux : Joyfull, écrit Louise Glück, page 59. Et non le fade happy, comme on traduit habituellement ce mot.

Joyfull ! La plénitude de la joie. Du bonheur. De la chance. Glück en allemand. Du nom même de l’auteure.

S’il fallait continuer à vous proposer des citations, je serais intarissable et c’est tout le recueil que je recopierais.

Mais qui est cette auteure ?

Louise Glück, née le 22 avril 1943 à New York et morte le 13 octobre 2023 à Cambridge (Massachusetts), est une poétesse américaine. Primée à plusieurs reprises, elle est lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Ses œuvres sont très peu traduites en français. Nous dit Wikipedia. Elle a publié treize recueils de poèmes, un texte en prose et deux essais sur la poésie. Ce présent recueil est sa dernière publication.

Photo Wikipedia


Voici comment sa traductrice (Marie Olivier) parle de son dernier livre

« Et le monde passe,
tous les mondes, chacun plus beau que le précédent.
 »

Avec Recueil collectif de recettes d’hiver, publié aux États-Unis en 2021, Louise Glück poursuit son oeuvre poétique en laissant une place de plus en plus grande à la narration. Dans ces poèmes qui prennent parfois des allures de fables, l’individualité des voix qui s’expriment s’estompe au profit d’une présence au monde plus collective. À mesure que des réalités matérielles sont mises à distance émergent une multitude de détails, métaphores obsédantes d’une vie perçue à travers le prisme de la mémoire et du rêve : des bonsaïs que l’on taille, un passeport abandonné, la lumière joyeuse du soleil, de petites princesses jouant à l’arrière d’une voiture. Tout converge vers une fin, accueillie plus qu’attendue. Mais tout fi nit par revenir, jamais à l’identique, comme l’hiver porte en germe le retour du printemps. Le langage, dans cette écriture de haute précision et d’une extrême concision, semble presque avoir épuisé ses ressources, et pourtant subsiste encore la possibilité de dire l’ineffable. Telle est la magie de la poésie de Louise Glück, sa force vitale.

En manière de remerciement

En terminant cette chronique, comment pourrais-je dire mieux sur la poésie de Louise Glück que sa traductrice Marie Olivier ? Et surtout comment remercier l’expéditeur ou l’expéditrice anonyme qui m’a fait cadeau de son précieux recueil ?

Peut-être tout simplement en citant une dernière fois l’admirable poétesse qu’il ou elle m’a permis de découvrir.

Pages 17-19 :

Parfois une carte postale arrivait.
Sur la face avant, des monuments emblématiques et œuvres d’art sur papier glacé.
Une fois une montagne couverte de neige. Après un mois environ,
un post-scriptum apparut : X te salue.


Qui sait ? pour moi, un jour, cet X aura peut-être un nom ! S’il me lit, je le salue en tout cas aujourd’hui à mon tour, en attendant que le mystère s’éclaircisse. Mais, chacun le sait, mystérieuse est souvent la poésie. Mystérieux parfois aussi sont les poètes et leurs admirateurs.

Publié par Raymond Joyeux
le 14 décembre 2023

Publié dans Littérature | 3 commentaires