Création du premier collège des Saintes

En ce début janvier 2025, à l’heure où l’école primaire de Terre-de-Haut, faisant la une de l’actualité régionale, est confrontée au délicat problème de la présence pérenne aux Saintes des maîtres et maîtresses, aujourd’hui professeurs des écoles, et soumis en leur qualité de fonctionnaires à l’obligation d’accepter l’affectation qui leur est signifiée, je me permets d’évoquer les conditions dans lesquelles a été créé le premier collège des Saintes. Ce collège, dénommé à l’époque CEG municipal, était géré, comme son nom l’indique, par les instances communales au même titre que l’école primaire. Personnellement impliqué dans cette création, j’ai longtemps hésité à publier cette chronique. Mais les choses étant ce qu’elles sont, je ne fais que rapporter les étapes de cette création telles qu’elles se sont déroulées, quitte à subir quelques reproches d’autosatisfaction…

Une visite de M. Roux, député de Paris

Le 6 février 1966, alors qu’il n’existe pas encore de collège aux Saintes et que seuls quelques privilégiés, parmi les écolières et écoliers de nos deux commues ayant terminé leur cursus primaire, ont la chance d’aller poursuivre leurs études en Guadeloupe continentale, la municipalité de Terre-de-Haut reçoit en grande pompe, au milieu d’une foule enthousiaste, M. Claude Roux, député de Paris. 

À cette occasion, le maire, M. Eugène Samson, son premier adjoint, M. Raymond Dufay et le docteur René Germain, conseiller général et futur maire, prennent tour à tour la parole. Pour évoquer, non pas l’éventualité de la création d’un collège – l’idée n’est pas encore dans l’air du temps – mais pour parler de piste d’atterrissage, de routes, de construction d’un bureau de poste moderne, d’électrification et d’adduction d’eau… Autant de beaux projets pour la réalisation desquels aucun visiteur, si haut placé soit-il, même venant de Paris, n’a pas plus de pouvoir qu’un élu local !

Mairie de Terre-de-Haut années 1960-70 Photo R. Joyeux

Un article dans le quotidien Antilles-Matin

Ayant terminé une partie de mes études en métropole et revenu de mon service militaire, je suis présent ce jour-là, à l’extérieur de la mairie, et écoute avec attention ces interventions, diffusées par haut-parleur. Stupéfait que pas un mot ne soit prononcé à propos de notre jeunesse scolarisée, je rédige un article sur l’inutilité, selon moi, de ces visites venues d’ailleurs, sur l’absence d’intérêt de nos élus pour les jeunes saintois, et surtout sur le problème de la poursuite de la scolarité de nos écoliers après le primaire, évoquant pour la première fois la nécessité urgente de la création d’un collège aux Saintes. Cet article, dont j’ai conservé le texte, paraît le 10 février 1966 dans le journal Antilles-Matin dirigé par M. Max Martin, entrepreneur d’origine saintoise et important exportateur de bananes.

Ouverture de la première classe de sixième

Quelques jours plus tard, quel ne fut pas mon étonnement de recevoir une invitation conjointe du maire, M. Samson, et du conseiller général, le docteur Germain, d’abord pour me reprocher avec véhémence le contenu de mon article mais surtout pour discuter avec eux en mairie du problème scolaire. Je vous passe les détails houleux des différentes interventions, mais peux témoigner qu’en moins d’une heure, en présence de M. Georges Vincent, adjoint, à l’époque, au secrétaire de mairie, le principe était acquis d’ouvrir, si possible dès la rentrée 66-67, la première classe de sixième.

Il restait bien entendu à monter le dossier, à entreprendre les démarches auprès du vice-rectorat et surtout à résoudre l’épineuse question du local. Sur ma proposition, l’ancienne caserne du Mouillage, bâtiment communal désaffecté, est visitée sur la lancée et, à ma grande satisfaction, le maire décide d’y aménager une salle… afin d’ouvrir, si possible, dès la rentrée 1966, la première classe de sixième, rattachée momentanément à l’école primaire. Et c’est ainsi que le CEG municipal de Terre-de-Haut qui n’a pas encore de nom voit officiellement le jour….  

De fil en aiguille les autres classes suivront, jusqu’à la 3ème, toujours dans cette même caserne aménagée au fur et à mesure pour la circonstance.

À cette date (septembre 1966), je suis affecté pour un mois au collège de Gourbeyre, puis à l’école primaire de Terre-de-Haut, avant de repartir à Lyon terminer mes études. Pendant ce temps, le collège poursuit son bonhomme de chemin sous différentes directions jusqu’à mon retour aux Saintes en 1971.

En juillet 1971, en effet, revenu de métropole après avoir enseigné à Lyon et à Pointe-à-Pitre, je sollicite une mutation pour Terre-de-Haut et suis nommé à la direction du CEG, avec un temps complet d’enseignement, sans dispense de cours, jusqu’à mon nouveau départ en août 1974. 

120 collégiens et collégiennes des deux îles à la rentrée 1971

L’établissement occupant toujours la vieille caserne du Mouillage, compte alors 120 élèves et 5 niveaux d’enseignement, puisque de nombreux élèves de Terre-de-Bas, hébergés sur place dans des familles d’accueil, y sont inscrits, et qu’une classe de transition (CPPN) est rattachée à la structure.  

Sans secrétariat, sans bureau, sans personnel administratif, sans bibliothécaire, sans gestionnaire ni cadre éducatif, nous travaillons mes collègues professeurs et moi, avec l’aide de la mairie, à améliorer progressivement les locaux, à rénover et enrichir le matériel pédagogique, à créer une bibliothèque et un embryon de CDI, à inciter les parents à s’unir en association. 

Mais surtout, et c’est le plus important, à obtenir du Vice-Rectorat que les sessions du Brevet des Collèges (BEPC) et de l’examen final de la classe de transition soient désormais organisées aux Saintes afin d’éviter aux élèves de se rendre en Guadeloupe pour plusieurs jours, le plus souvent sans possibilité d’hébergement, pour y subir ces examens.

Collège Jean Calo à Terre-de-Haut 1971-1974 inséré dans sa petite cour Photo Raymond Joyeux

Des horaires d’enseignement largement dépassés

Nous sommes alors six professeurs pour faire fonctionner le collège, contraint chacun, dépassant largement notre quota d’horaires, d’enseigner plusieurs matières. Je peux ainsi mentionner M. Jocelyn Bonbon puis Christophe Questel, pour l’Anglais ; M. Claude Revest, pour les Mathématiques et les sciences ; M. Cétout, puis Davigny, pour l’Histoire et la Géographie ; M. Irénée Molinié pour le CPPN, et moi-même pour le Français, la musique et les travaux manuels. Pour l’EPS, nous nous relayons pour nous rendre alternativement, le samedi après-midi, au Marigot où un petit terrain est aménagé à cet effet.

Retour d’une sortie en mer autour du paquebot France d’une classe du collège en 1974- Photo Raymond Joyeux

Voilà, amis lecteurs, comment a vu le jour le premier collège de Terre-de-Haut, sous les mandats, la volonté et l’impulsion de M. Eugène Samson et de M. René Germain, respectivement maire et Conseiller général des Saintes.

1982 : la décentralisation

Par la suite, lorsque les collèges, quittant le giron communal, sont devenus départementaux, notre CEG municipal prit le nom de Jean Calo. Ce changement de statut, découlant de la Loi de Décentralisation de 1982, sous la présidence de François Mitterand et porté par le Ministre Gaston Deferre, sera à l’origine de la volonté du département de la Guadeloupe de construire un collège unique pour les deux îles saintoises.

Pressentie au départ pour l’implantation de ce collège départemental, la commune de Terre-de-Haut n’ayant pu proposer un terrain approprié, c’est finalement à Terre-de-Bas qu’il a été construit. Encore un épisode scolaire très mouvementé qui vous sera peut-être conté dans une prochaine chronique, si vous le voulez bien, évidemment.

En attendant, nous souhaitons pour notre part que l’actuel conflit concernant l’école primaire de Terre-de-Haut soit définitivement apaisé et résolu pour le bien de nos écolières et écoliers et pour la satisfaction des parents et de toutes les parties concernées.

Publié par Raymond Joyeux
le mercredi 15 janvier 2025


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Sites caractéristiques de Terre-de-Haut

1 – La Vierge des Augustins

En juin 2018, j’ai publié un recueil de 26 poèmes intitulé Nautiques avec comme sous-titre Paysages.

Ce recueil, aujourd’hui épuisé, a fait l’objet d’une présentation sur ce blog que l’on peut consulter en cliquant sur le lien suivant :

https://raymondjoyeux.com/2018/06/21/une-nouvelle-publication-aux-ateliers-de-la-lucarne/

Pour commencer l’année 2025 en poésie, je vous propose une sélection de quelques-uns de ces poèmes, accompagnés d’un commentaire personnel dont l’ensemble pourrait être considéré comme une sorte d‘itinéraire autobiographique.

Autobiographique puisque ces paysages m’accompagnent depuis l’enfance et que j’ai encore aujourd’hui la chance et le privilège de les admirer, même si certains d’entre eux ont subi des modifications le plus souvent dues à la main de l’homme.

En vous souhaitant bonne lecture, je vous remercie pour l’intérêt que vous porterez à ces nouvelles chroniques, et plus globalement que vous manifestez pour ce blog. Puisque depuis sa création en juillet 2013, les 354 articles publiés ont été visités à ce jour par 224 235 lecteurs qui ont cliqué 415 532 fois sur les différentes chroniques, laissant 1686 commentaires et avis.

Encore une fois, belle année 2025 à chacune et chacun d’entre vous et en route pour de nouvelles aventures littéraires et poétiques.

Raymond .Joyeux

Photo Raymond Joyeux prise avant le séisme de 2004

Pour rappel : La photo de la Vierge des Augustin ci-dessus, prise par mes soins date d’avant le séisme du 21 novembre 2004. Malheureusement, cette statue de lave a été décapitée par les secousses et n’a plus la même silhouette qu’autrefois. On reconnaît néanmoins la forme du corps qui, lui, est resté intact.

Vierge des Augustins

(Madone)

                 
Vierge perlée d’embruns
en sa grotte marine

phare de l’alouette
à l’écharpe de pierre

et qui guide le vol
de la sterne et de l’exocet

Madone du grand retour
en sa nef de lave

que couronne l’écume
au vent tiède du large

et qui de la marée
accueille les offrandes

reine aimante exposée
au sel des étoiles

quand le ciel à genoux
ensemence la houle

et brûle aux sillons
l’algue vieillie du temps

vestale des tempêtes
qui descelle l’écoute

aux silences de nos prières

quel aveu échappé
de nos lèvres insincères

abolira l’offense
au chapelet de nos îles.

****

Commentaire

La ressemblance est frappante. Silhouette de madone couronnée, drapée dans sa tunique de vestale, parfaitement sculptée dans cette lave pétrifiée qui s’élève à fleur d’eau entre deux minuscules îlots séparant Terre-de-Haut de sa jumelle Terre-de-Bas, la Vierge des Augustins porte à merveille son précieux nom. C’est la réplique minérale et millénaire de la statue de Notre-Dame du Grand Retour, trônant sur une chaloupe, qui visita les Antilles en 1948, semant, semble-t-il, sur son passage en Martinique, en Guadeloupe et bien entendu aux Saintes des prodiges de guérisons miraculeuses.

On ne peut que s’émerveiller devant ce miracle géologique du volcanisme faisant émerger des entrailles de la terre cette Vierge, comme un signe surnaturel de bénédiction ou d’appel à la conversion. Le poème associe les éléments du domaine de la mer (embruns, écume, vent, marée, algue, tempête, nef, phare…) aux éléments du domaine religieux (vierge, madone, reine, vestale, chapelet, prières), suggérant l’image d’un rosaire maritime et céleste puisque sont évoqués également les étoiles et le ciel ainsi que le vol de l’alouette, de la sterne et de l’exocet, ce dernier symbolisant l’union mystique de l’air et de l’eau. Une supplique cosmogonique qui trouve son aboutissement dans l’avant-dernière strophe par la bienveillance suggérée de la Vierge qui descelle l’écoute au silence de nos prières, touchée sans doute par l’aveu de toutes ces offenses faites au chapelet de nos îles et prélude à un possible repentir

Photo Wikipédia : Statue de Notre Dame du Grand Retour qui visita la Guadeloupe, la Martinique et les Saintes en 1948.

Publié par Raymond Joyeux
le jeudi 9 janvier 2025

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Circulation routière : deux incidents graves, jusqu’où irons-nous ?

Peu avant la rédaction de cette chronique (vendredi 3 janvier 2025-14h 30), deux incidents graves se sont produits sur les routes de Terre-de-Haut : une voiturette en feu au Pain de Sucre, heureusement sans gravité pour le conducteur et les passagers ; une sortie de route sur le chemin du Fort Napoléon faisant trois blessés transportés d’urgence au dispensaire de la commune.

Voiturette en feu au Pain de sucre 03. 01. 25. Ph. transmise par M.A.Bonbon

Mises en garde et pétition sans résultat

Or, ce n’est pas manque d’avoir mis en garde les autorités sur les risques d’une trop grande densité de véhicules motorisés sur notre petite île et d’avoir lancé une pétition pour tenter de restreindre le nombre de ces engins ultra dangereux et limiter drastiquement leur vitesse dans les rues passantes et toujours bondées de la commune. Faut-il attendre que d’autres accidents plus dramatiques se produisent pour prendre les mesures qui s’imposent ? On peut se poser la question.

Ambulances devant le dispensaire le 03.01.25 Ph. Raymond Joyeux

Un article de Christelle Joyeux

Ainsi, le 29 octobre 2024, il y a donc seulement deux mois, Christelle JOYEUX a mis en ligne sur son compte Facebook le texte suivant qu’elle demande de partager, c’est donc volontiers que je me permets de le faire sur ce blog avec son autorisation :

Bonjour,

Il y a de plus en plus de véhicules sur Terre de Haut.
Certains me disent 25 vont arriver, puis 60, hier ce chiffre est passé à 80 nouvelles voitures qui devraient arriver pour la nouvelle saison.

C’est vraiment beaucoup, sans compter toutes celles qui y sont déjà, en plus de tous les scooters, vélos et camions. Certains sont nécessaires au fonctionnement de l’île, d’autres sont nécessaires au commerce ou à des personnes pour des raisons à chacun personnelles.

Le fait est qu’il y en a trop.

C’est une réalité et tous le disent, mais le profit, l’égoïsme, la vision à courte échéance font que ça continue.

Il est devenu dangereux de marcher. Dangereux pour les enfants de courir dans leur rue, d’apprendre à faire du vélo comme ils l’ont toujours fait, devant chez eux.

Dangereux pour les anciens d’être sur leur pas de porte à discuter et encore plus de marcher. Car même en allant lentement, à petits pas, ils n’entendent plus ces véhicules devenus si discrets. Dangereux de pousser son chariot ou sa poussette, dangereux de s’arrêter discuter.

Il n’y a pas de trottoir, il n’y a pas la place. Et les travaux de réaménagement sont trop énormes pour l’île.

Alors que faire ?

Limiter le nombre de véhicules ?

Beaucoup le demandent mais il paraît que c’est impossible .

M. Le Maire est responsable de la sécurité de ses concitoyens. Et là, concernant cette sécurité, ce n’est plus le cas depuis longtemps déjà.

Des solutions peuvent sans doute être envisagées dont celle de

PASSER TOUTE L’ÎLE EN PRIORITÉ AUX PIETONS.

Mais aussi imposer un quota d’entrée de nouveaux véhicules en fonction du nombre d’habitants.

Imposer les contrôles techniques

Imposer le départ des véhicules « morts ».

Limiter la vitesse à 10 km au centre et 30 maxi ailleurs.

Beaucoup de visiteurs n’ont jamais conduit de scooter ni de voiturette ou de vélo électrique avant d’en louer un ici. Ils sont des dangers ambulants constants pour eux et pour tous les autres !

Inventer pour pouvoir retrouver ou maintenir un niveau de sécurité et de bien être sur Terre-de-Haut.

Des idées j’en entends régulièrement.

Alors, passage à l’acte, mais pour quand ?

Carcasse calcinée de la voiturette qui a pris feu. Ph; R. Joyeux

Un remerciement particulier aux pompiers, ambulanciers et personnel médical pour leur dévouement, leurs compétences et leur promptitude à agir.

Texte de Christelle Joyeux
Publié par raymondjoyeux.com
Le vendredi 3 janvier 2025

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Un Noël à Fort-de-France pendant la guerre

Le texte qui suit est extrait d’un livre à venir, encore inédit mais totalement achevé, intitulé La malédiction de la Saline dans lequel est racontée l’histoire romancée mais basée sur des faits réels, de Deverne J., jeune Saintois de19 ans, élève de Terminale au lycée Sainte-Marie de Fort-de-France en 1942-43. Période pendant laquelle, la Martinique et la Guadeloupe, encore colonies françaises, sont administrées respectivement par l’Amiral Robert et Constant Sorin.

***

L’année 1942 tirait à sa fin. En prévision des fêtes de Noël et du jour de l’an, tous les quartiers de Fort-de-France s’étaient pavoisés de guirlandes multicolores, de branches de filao décorées aux coins des trottoirs, d’étoiles géantes se balançant au gré de la brise, entre deux piliers télégraphiques ou deux façades d’immeubles eux-mêmes scintillant de lumignons qui clignotaient en rythme dans la nuit.

On avait l’impression que, pour oublier la guerre pourtant lointaine, les habitants de la ville s’étaient donné le mot pour rivaliser d’ingéniosité en matière de décoration de la devanture de leur maison. Et quelle animation ! Le soir, de toutes les cases, s’élevaient des chants traditionnels de Noël comme en un concert polyphonique, un pot-pourri de circonstance où les paroles de Michaud veillait se mêlaient en canon à celles de Joseph mon cher fidèle et d’Allez mon voisin… Des airs enlevés d’accordéon, d’harmonica et de violon, accordés au tempo des tambours, résonnaient dans les faubourgs, créant une atmosphère singulière de fête à la fois joyeuse et mélancolique.

Anticipant la nuit de la nativité et de la Saint-Sylvestre, les autorités avaient levé le couvre-feu. Des bandes de jeunes, ivres de cette liberté nocturne retrouvée dont ils étaient sevrés depuis des mois, se tenant par le cou, déambulaient dans les rues, riant et chantant à tue-tête, à la recherche d’un chanté nwel  où couleraient à flots le shrubb à la peau d’orange et la liqueur de merise-maison amoureusement préparés pour l’occasion. Accompagnées de l’incontournable boudin créole, traditionnellement épicé, dont la force emportait la bouche, ces boissons alcoolisées, colorées d’ambre ou de carmin, servaient de prétexte à apaiser le feu du piment qu’au contraire elles attisaient.

Au lycée Sainte-Marie, séminaristes et lycéens s’étaient mis au diapason de la liturgie à venir. Comme à l’accoutumée, une immense crèche en papier rocher décorait le chœur de la chapelle, attendant l’arrivée d’un Enfant-Jésus blond en porcelaine, à demi-nu, les bras ouverts en offrande, rose-chair comme une poupée de kermesse. La chorale de son côté, sous la direction du Père Vacherand, répétait chaque soir les chants grégoriens de l’Avent et de la messe de minuit. Deverne qui en faisait partie aimait ces moments d’élévation mélodique qui lui emplissaient le cœur, le transportant dans une autre dimension, hors du temps, sur les sommets d’une psalmodie apaisante, indicible, presqu’irréelle. Ce qui ne l’empêchait pas de penser aux vacances prochaines et à la sortie programmée au Diamant avec Alfred et les deux filles du couvent Saint-Joseph….

Chanté Nwel aux Saintes décembre 2024- Ph; Raymond Joyeux

JOYEUX NOËL À TOUTES ET TOUS – BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE

Avec mes remerciements pour votre fidélité
et mes vœux sincères pour 2025.

Posté par Raymond Joyeux
Le 24 décembre 2024

Publié dans Histoire locale, Littérature | 4 commentaires

L’aventure du petit banc de la plage du Fond-Curé

Sur le littoral de la baie du Fond-Curé à Terre-de-Haut, entre la Petite-Anse et le Morne Rouge, jadis ombragé de cocotiers et de calpatas tropicaux (cousin créole et déformation nominale du catalpa européen, mais pas exactement de la même branche ! ), il est un petit banc, assoupi sous un raisinier, que la plupart des Saintois (et quelques visiteurs privilégiés) connaissent bien ! Ce petit banc a une histoire que je voudrais vous conter ici.

Littoral du Fond-Curé bordé de cocotiers et de calpatas créoles en 1900

Parlons d’abord arbres :

1 – les cocotiers

Au milieu des années 90, je plante deux cocotiers, un de chaque côté de la petite maison que je fais construire à l’époque, pour remplacer ceux que j’ai toujours connus là dans mon enfance et à l’ombre desquels j’ai grandi. 

1993 : Plantation de mes premiers cocotiers devant la maison

Alors qu’ils ont atteint leur taille adulte, deux cyclones successifs, Luis et Marilyn des 10 et 14 septembre 1995 les couchent au sol si bien qu’après leur enlèvement, il ne reste plus aucun arbre debout sur cette portion de la plage. L’année suivante, j’en replante deux autres, mais de nouvelles intempéries les saccagent à leur tour.

1998 – Les deux nouveaux cocotiers en pleine croissance 3 ans après Luis et Marilyn
2006 – Déraciné par la houle et le vent

2 – Le raisinier bord de mer

C’est alors que mon ami Fernand Bélénus, merveilleux jardinier et défenseur inconditionnel de l’environnement, malheureusement décédé depuis, m’offre quatre petits plants de raisinier bord de mer (cocoloba uvifera) que je laisse grandir à l’abri des prédateurs, avant de me décider à les transplanter. 

La veille de cette transplantation, à Pâques 2007, je les sors de leur enclos afin de choisir le plus vigoureux, susceptible de s’enraciner rapidement et de croître paisiblement sous le soleil. Or, au matin de la mise en terre, je découvre (bizarrement sans étonnement !) qu’un individu – sans doute grand amoureux des arbres et profitant vaillamment de la nuit – a, très artistiquement, à la pointe de son canif, écorcé intégralement le tronc de trois d’entre eux, de la base des rameaux à la naissance des racines, les vouant immanquablement au dessèchement et à la mort. N’ayant sans doute pas eu le temps d’achever son œuvre criminelle, ou, au contraire, pris de remords, il m’en laisse, magnanime, un seul totalement intact dans son pot et sa terre de croissance.

C’est ce dernier, sauvé par miracle de la mort, que je plante dans le sable, prenant soin de le protéger de la lame meurtrière du simple d’esprit écorcheur. De mois en mois, ce raisinier prospère à la vitesse grand V, pour devenir, moins de 20 ans plus tard, le bel arbre que nous connaissons aujourd’hui, nous gratifiant de la fraîcheur de son ombre protectrice, particulièrement appréciée.

En plein essor, le 3 septembre 2017, 15 jours avant Maria (vous observerez la propreté de la plage !)

Installation du petit banc

L’idée du petit banc sous ce raisinier ne me vient pas tout de suite. C’est lorsque feu M. André Bonbon, mon voisin de l’autre côté de la rue, prend sa retraite de marin-pêcheur et qu’il vient s’asseoir tous les jours au soleil, sur un muret face à la mer, pour veiller sur son canot Trévis, que le projet s’impose à moi et voit le jour au début de l’an 2012. Voilà donc 12 ans, cette année 2024 que le petit banc est installé sous le raisinier, sans ancrage en béton… mais son histoire est loin d’être terminée.  

Septembre 2012, M. André Bonbon, premier utilisateur du petit banc

Initialement dédié, je l’ai dit, pour le préserver du soleil, à mon voisin pêcheur, inventeur de la drague à lambis et amoureux de son canot, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il a été vite investi (et l’est toujours !) du matin au soir par les nombreux arpenteurs du littoral, baigneurs et baigneuses, de tous âges, arrivant les premiers, en quête d’ombre et d’une station de repos, mais aussi la nuit par des accros, à la bière et autres boissons alcoolisées, à la cigarette et à la Marie-Jeanne bien roulée. Histoire pour votre serviteur non seulement de bénéficier des effluves ad hoc mais de devoir débarrasser la plage au petit jour de déchets de toute nature : bouteilles, cannettes, timbales, mégots, déjections canines, restes de victuailles et de BBQ , en dépit des affiches réitérées invitant au respect et à la propreté des lieux, sachant que les services publics du nettoyage ont déserté depuis longtemps le secteur… et qu’il n’y a aucune poubelle à proximité le long de la plage.

Sans commentaire !

Néanmoins, puisque, selon l’adage, à toute chose malheur est bon, en plus des feuilles à ratisser quotidiennement et de « musiques » tonitruantes le week-end à vous rendre sourd, ces inconvénients sont compensés par le plaisir de rencontres inattendues… Comme celles, parmi d’autres, de l’écrivain Jean Clausel, du violoniste Olivier Darras, du chanteur Joyeux de Cocotier, de l’artiste Alain Joyeux, de groupes musicaux de passage, et de quelques visiteurs privilégiés, amoureux de poésie et d’histoire locale, tels Nadine et Éric, originaires de Lyon, occupants attitrés du petit banc durant leur séjour aux Saintes et devenus par la suite des amis.

Cela nous change agréablement du boum boum répétitif assourdissant des baffles mal réglés ouverts à toute

Le temps des avatars

1 – Décès de M. André Bonbon

Cependant, ce petit banc tranquille, à l’ombre bienveillante du raisinier, objet de toutes les convoitises, va subir bien des avatars. Il y a d’abord la disparition en 2015 de son principal attributaire, M. André Bonbon pour qui d’abord il a été construit. Triste opportunité pour moi d’apposer une plaque à son nom, comme témoignage de sa présence virtuelle et occasion pour ses filles de venir lui rendre hommage à chaque anniversaire de son décès, par un recueillement et un petit bouquet commémoratif. Merveilleux rituel de piété filiale, conférant à ce modeste lieu face à la mer un caractère quasi sacré.

2 – L’ouragan Maria

Puis le 18 septembre 2017, s’abat sur les Saintes l’ouragan Maria. On connaît les dégâts occasionnés par ce montre météorologique, et pas seulement sur la végétation. Dégâts et témoignages répertoriés par Marijoé Métayer dans son livre MARIA, les Saintois n’oublient pas *., illustré de nombreuses photos des désastres subis. Les Saintois, certes, s’en souviennent encore, mais si, comme certains le croient, les arbres aussi ont une mémoire, notre raisinier ne devrait pas échapper à la règle. D’autant plus qu’il porte encore, 7 ans après, les stigmates des blessures infligées par l’ouragan, Tout comme le petit banc, qu’il a fallu restaurer et, en fin de compte remplacer, tant il a été malmené.

* Éditions Negmawon, novembre 2018

Le lendemain de Maria -19 septembre 2017
Raisinier mis à bas, petit banc endommagé.,

L’après Maria

Après Maria, nous avons, mes amis riverains et moi, débarrassé la plage de ses déchets, remis le sable à niveau, élagué le raisinier et reconstruit un nouveau banc qui remplace aujourd’hui l’ancien, ayant conservé la plaque dédiée à M. André Bonbon. Tout est donc redevenu normal et rentré dans l’ordre !

Œuvre d’Alain Bocage, après le cyclone Maria.

Lieu de rencontres et de partage

S’il a perdu beaucoup de son lustre des premiers jours, le petit banc à l’ombre du raisinier, continue, vaille que vaille, après maints cyclones et raz de marées successifs, de vivre et d’accueillir nombre de visiteurs, parmi lesquels, avant l’arrivée des touristes, nos retraités matinaux du secteur : Michel Cassin, Louly Appolinaire, Édouard Hoff, Gaby Garçon, Yvon Samson, les frères Bocage, Philippe Lognos… et quelques autres parmi les plus assidus.

Nadine et Éric, janvier 2024

Lesquels, comme mes amis Nadine et Éric, en plus de profiter de l’ombre et d’une étape accueillante, bénéficient du cadre idyllique qu’est la baie du Fond-Curé. Regrettant que d’autres petits bancs sous d’autres raisiniers bord de mer ne soient pas installés pour le plaisir de tous, tout au long de ce rivage enchanteur, incomparable bijou et attrait touristique indéniable, trop souvent laissé à l’abandon… mais là est une autre histoire !

Texte et photographies Raymond Joyeux
Publié le vendredi 6 décembre 2024

Publié dans Environnement | 6 commentaires

La liqueur de merise : une tradition saintoise en désuétude

De l’absurdité administrative

Dans moins d’un mois, nous fêtons Noël.
Et peut-être aurons-nous la chance et le plaisir de savourer la liqueur de merise, cette boisson traditionnelle couleur rubis, légèrement alcoolisée, amoureusement concoctée avec cette petite baie odorante que l’on cueillait autrefois en quantité dans nos mornes avant les fêtes. Je dis autrefois, car depuis que les autorités, sous prétexte de protection, en ont interdit aux pêcheurs la coupe et l’usage des branches, pour l’armature de leurs nasses, la plupart des touffes de cet arbuste vivace, n’étant plus élaguées, ne se renouvellent plus, vieillissent sur place, se dessèchent, dégénèrent et disparaissent progressivement du paysage au lieu de prospérer et de fructifier en abondance… comme autrefois ! Heureusement, quelques jeunes pieds se retrouvent encore dans nos collines en attendant de fleurir et de porter leurs baies pour notre plus grand plaisir… à condition toutefois que perdure la tradition de notre fameuse liqueur de merise et que les Saintoises en aient conservé la recette, comme pour le shrubb !

****

C’est cette absurdité administrative (comme il y en a beaucoup) qui m’a inspiré ce poème que je vous livre, publié dans le recueil Saintoises, aux Ateliers de la Lucarne en décembre 2019 :

Mortelle protection

Petits bouquets de merisier
vous mourez le long des sentiers
depuis qu’un décret imbécile
de votre vie brisa le fil.

Adieu merises par milliers
à la treille de nos paniers
adieu liqueur de Noël
de nos veillées traditionnelles.

Adieu solide armure
défiant l’usure
Ô baguettes de merisier
de nos casiers.

Plus souples que le liège
adieu nos pièges
aux tourterelles des gommiers
prises à l’hélice du poirier.

Petits bouquets de merisier
qui mourez le long des sentiers
pour avoir été protégés
de barbelés

Vous desséchez sous les raziés
depuis qu’une loi imbécile
petits bouquets de merisier
de votre vie brisa le fil.

Publié par Raymond Joyeux
Le lundi 2 décembre 2024

Publié dans Billet humeur | 7 commentaires

Hommage à Kattia

Ce mercredi 27 novembre 2024, une foule immense, submergée d’émotion, a conduit à sa dernière demeure, au cimetière de Terre-de-Haut, Kattia Bonbon, épouse de Pascal Bélénus.

Souffrant depuis près d’un an d’une maladie pour laquelle elle avait fait plusieurs séjours en métropole, elle était revenue dans son île pour tenter d’y trouver une rémission, espérant se débarrasser, au contact des siens, du mal qui l’a malheureusement emportée au matin du 26 novembre, à l’âge de 58 ans. 

Après le vibrant hommage que lui ont rendu, à l’église, son frère Louly et ses deux amies Céline et Angie, catéchètes avec elle et membres ensemble du comité carnavalesque de Terre-de-Haut, il est difficile d’ajouter quoi que ce soit. Sinon à préciser qu’elle était mère de trois enfants, Aude, Océane et Yannis et qu’elle aimait passionnément la vie et son île natale. Sa disparition laisse sa famille, ses proches et la communauté saintoise dans la plus profonde tristesse.

À son époux Pascal, à ses enfants, à ses frères et sœurs, parents, amis et alliés, nous adressons nos plus sincères condoléances et les assurons de notre total soutien et de notre sympathie. 

Publié par Raymond Joyeux
Le jeudi 28 novembre 2024

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Alain JOYEUX : Lettre de Canton

 ou « les aventures de l’homme pas si invisible que ça »!

Actuellement en Chine pour des cours d’Art thérapie et d’art tout court, comme il le fait depuis 2019, Alain Joyeux n’est pas coupé de l’actualité saintoise. Sensible, entre autres, à tout ce qui touche à l’environnement, il m’a transmis ses observations sur ce sujet, mais aussi sur la vie ordinaire de la population : climat, habitudes alimentaires, architecture, culture…

La lettre que je vous propose ici date du jeudi 21 novembre 2024. Avec sa permission, je la publie sur ce blog en espérant qu’elle vous intéressera, ne serait-ce que pour une comparaison avec nos propres manières de vivre et de notre appropriation du monde.

Salle de cours

Propreté et hygiène collective

J’ai suivi les tribulations des déchets abandonnés malheureusement, comme d’habitude, dans le passage près de chez toi (et dans beaucoup d’endroits sur notre belle île…) Même si cela est parfois désespérant, tu as raison de tenter d’éveiller les consciences. Petit à petit… cela va peut-être changer dans le bon sens.

La conscience du bien être collectif est assurément un parent pauvre dans nos sociétés individualistes... 

Ce n’est pas le cas des Chinois qui, eux, pêchent dans le sens inverse. 

Cela dit, il est bien agréable de voir un environnement toujours impeccable lorsque l’on se promène dans Canton, et pas seulement dans les quartiers « chics » où j’ai le privilège d’être accueilli. Les quartiers populaires sont également organisés pour préserver un environnement urbain toujours impeccable, malgré un nombre d’habitants impressionnant ( 17 millions rien que pour Canton, 50 millions dans un carré de 200 km comprenant Canton, Macao et Hong Kong, pour ne citer que les noms des villes les plus connues)…

Quartier ancien

Il y a bien sûr beaucoup de travailleurs qui sont en charge de cette hygiène collective, mais il est rare de trouver quoi que ce soit d’incongru au sol ou dans les espaces verts, bien que la consommation d’emballages pour tout et pour rien perdure encore ici. Beaucoup de fumeurs ici et quasi aucun mégot dans les espaces publics. 

La raison de cette impeccabilité n’est pas seulement due au travail de nettoyage des services publics, services conséquents en hommes et en matériel, omniprésents tous les jours de la semaine et toute la journée, mais aussi du fait de la la population elle-même qui semble avoir compris que l’intérêt public est aussi l’intérêt de chacun. Chaque quartier dispose d’îlots pour le tri des déchets ramassés plusieurs fois par jour, non par de gros camions mais par de petits triporteurs à benne, chacun spécialisé dans un type de déchets.

WC pour chiens. Aux Saintes c’est sur la plage, la rue ou les pelouses !

Pas de souffleuse pétaradantes dans les rues malgré l’hyper mécanisation, le balai en bambou a encore de beaux jours devant lui… 

A remarquer tout cela, d’un œil léger, celui d’un touriste, il est aisé de conclure que l’appauvrissement ( pour ne pas dire « écroulement ») des services publics de notre beau pays en moyens et en personnels, pour soi-disant faire des économies, n’est assurément pas une direction pertinente.

Climat et température

Il fait assez frais depuis quelques jours ( 17° le matin, 22/24 ° dans la journée avec un peu de pluie) ce qui est assez agréable. Nous sommes ici pourtant, à peu de chose près, sur la même latitude que la Guadeloupe. L’influence continentale se fait sentir et la fraîcheur de l’hiver du nord ( Shanghai, Pékin…) également. Bien que situé à 50 km de la mer, Canton ne bénéficie pas à cette saison des douceurs/chaleurs tropicales… une petite laine est bienvenue le soir et le matin.

Gastronomie et gymnastique quotidienne

Question nourriture c’est un régal de saveurs. Je suis invité au restaurant plusieurs fois par semaine. Ici aller au restaurant n’est pas une chose exceptionnelle. Beaucoup y vont presque tous les jours. Les chinois préservent leur vie privée et n’invitent quasiment jamais chez eux. Il faut dire que les prix des restaurants sont très modiques et la qualité des plats et du service exemplaire. La cuisine cantonaise est variée avec beaucoup de légumes autour des viandes, volailles et poissons délicieux. Ici dans les boutiques, il n’y a que des poissons vivants dans aquariums ( eau douce ou mer). Le poisson vivant est pêché et servi au moment de l’achat. idem dans les restaurants..

Pas de crudités, tout est cuit, même le concombre ! Jamais de boissons fraîches; de l’eau chaude et du thé… tout bien pour une bonne digestion. Beaucoup de saveurs pimentées et très peu de plats sucrés. Pas de pain bien sûr. Cette habitude de tout cuire ( mais aussi de laver individuellement à l’eau bouillante ses couverts et bols avant de manger – y compris au restaurant- n’est pas seulement pour garantir une hygiène ; les aliments cuits et la boisson chaude ( même en climat tropical) étant traditionnellement privilégiés pour leur assimilation optimale par l’organisme.

Il est vrai que cette civilisation chinoise bénéficie d’une continuité depuis plus de 5000 ans; les traditions ont gardé leur sens au fil des dynasties et révolutions, malgré une modernité extérieure déconcertante. Tout est super-connecté et la vie à l’ancienne s’organise autour des nouvelles technologies de pointe… Les Chinois ont gardé, entre autres, cette habitude d’une gymnastique quotidienne omniprésente tous les jours dans les parcs, dont celui qui entoure ma résidence avec un lac urbain ( genre Parc de la Tête d’or à Lyon, en plus petit) où il y a pléthore d’oiseaux.

Ici les paiements sont entièrement numérisés, tout le monde fait ses transactions avec son téléphone et son fameux réseau Wechat… reste encore du cash pour les étrangers qui ne sont pas à la page et les personnes âgées…  Pourtant les personnes avec qui l’on échange sur ce sujet, tout en reconnaissant le côté pratique de ces systèmes, avouent  en reconnaître les limites et inconvénients. Les pirates évoluent maintenant anonymement sur les réseaux cybernétiques ; les voleurs et escrocs que la monnaie numérique devait soi-disant contourner sont à présent, disent les Chinois résignés, dans le téléphone ! Dans les parcs, les anciens qui se réunissent pour des jeux très prisés ( cartes, échecs chinois…) c’est encore l’argent liquide qui est utilisé et chaque commerçant a de nouveau des espèces dans son tiroir-caisse ( ce qui était devenu rare en 2019) !


Quartier résidentiel

Architecture contemporaine et art moderne

L’architecture moderne, bien que tentaculaire, est moins austère que dans nos villes européennes. Beaucoup d’espaces verts : des boulevards avec des manguiers, jacquiers, et palmiers (…) sur les trottoirs. Même les quartiers populaires sont richement arborés avec dans certains endroits, le béton qui recule pour laisser la place à des jardins urbains vivriers.

ici le parking goudronné a été cassé au profit de jardins pour la population. 

ici, au cœur de la cité, cultures de gingembre, brocolis, ignames, carottes…

Les expos mêlent les arts chinois traditionnels et une modernité époustouflante. L’art et la littérature ne sont pas des déversoirs des névroses de leurs créateurs ni de remise en questions sociétales mais visent encore une certaine noblesse d’âme et de sentiments élevés ( à ce que j’ai pu voir et comprendre)…

J’entends d’ici l’argument imparable comme quoi les artistes chinois n’auraient pas le choix vu la situation au niveau de la liberté d’expression et qu’il ne leur reste que la mièvrerie sucrée ou les hauteurs des sommets philosophiques ou métaphysiques… à cela, il peut être répondu qu’en Occident les artistes ont le choix, certes, ils sont libres (?) – y aurait-il encore des sujets ou prises de position tabou ou politiquement dissidents ? 😁 Si si, cherchons bien… rappelons-nous. Un certain Sylvain T. , au printemps des poètes, qui a été médiatiquement lynché il y a peu pour ses idées jugées à l’emporte pièce « réactionnaires  » par la « bien-pensance » en vogue, pilori médiatique qui est une forme aussi d’emprisonnement.  Mais ce libre choix des artistes à l’ouest engage une responsabilité : choix de distiller dans l’espace public ou muséographique des contenus rabachés, insipides, fumistes et/ou toxiques, ou celui de viser des hauteurs plus universelles. « Sommes-nous la noblesse? Sommes nous les eaux troubles?… ou le dernier coquelicot ? » comme le chantait Alain Bashung.

Le poète ermite

Ce ne sont pas les jeunes qui jouent de la musique dans les rues ( ils travaillent! … aucun oisif, ni sdf ni homeless) ce sont les vieux qui jouent !!!


Rien d’idyllique cependant, ils ont assurément leurs problèmes… mais ils semblent s’en occuper efficacement. Certes, de mon point de vue somme toute partiel et sans doute un peu naïf … 

Je ne peux pas dire être particulièrement conquis par les modes de vie observés qui sont, où je suis, hyper-urbains, et loin de mes propres idéaux sur la vie belle. Toutefois j’apprécie l’accueil chaleureux de mes hôtes aux petits soins, le professionnalisme, et le côté relax d’une organisation sans faille de la vie quotidienne. les problèmes matériels rencontrés sont tout de suite résolus, sans effusion, simplement, avec efficacité et flegme.

Code de la route 

Ici, le rond point n’a pas encore été inventé ! A chaque carrefour en croix c’est un ballet de croisements surréalistes. Pas de priorité à droite et c’est celui qui s’engage qui a la priorité, y compris pour les piétons. C’est une sorte de chorégraphie improbable entre camions, voitures et deux roues innombrables… Certains s’engagent même à contre sens et là aussi, flegme imperturbable de mes différents chauffeurs… Pagaille ici très individualiste ! Pourtant le trafic reste fluide car les vitesses sont par contre assez lentes, donc pas vu d’accidents ni accrochages… 

Propagande permanente ? … hyper-contrôle ?

Hormis à l’aéroport où les contrôles sont stricts pour les voyageurs entrants, je n’ai jamais eu a subir un contrôle d’identité. Simplement la police est ici invisible contrairement à Paris où il y a des flics partout, renforçant par leur présence un sentiment d’insécurité absolument inexistant ici. Je n’ai traversé aucune situation louche ou tendancieuse …il est fort agréable de déambuler dans une mégalopole en toute tranquillité, sans être sur le qui vive permanent. Tout le monde est occupé dans son business et le Français que je suis passe inaperçu. je ne suis certes pas le seul occidental ici  mais si j’en ai croisé 3 en 1 mois… seraient-ils aussi invisibles que moi ?.. .. 300 millions de chinois, et moi et moi, et moi !

Emblème de Canton

Pour le peu que je différencie les styles d’ écriteaux publicitaires de ceux qui sont des hymnes à la patrie ( une certaine couleur dominante et une sobriété stylistique dans le design donne le ton des derniers) , la propagande – ou publicité patriotique-  est peu visible là ou je suis passé. Elle n’est certes peut-être pas (plus)  nécessaire ? Serait-ce le fait d’une population suréduquée au patriotisme populaire et collectif depuis l’enfance…? On est loin aussi de « Tintin et le Lotus bleu », une référence de mon enfance sur la Chine, mais ce que je vois et perçois n’est assurément peu conforme aux descriptions lues ou entendues dans nos médias occidentaux. 

… Crédit-social?

« Le crédit social » ( le permis à point du bon/mauvais citoyen) qui, depuis un certain temps est décrit comme un avatar du big brother orwellien en RPC n’est pas à l’ordre du jour à Canton. J’ai échangé à ce sujet avec des locaux qui n’ont pas fuit le sujet et il semble que cet hypercontrôle électronique de la vie des citoyens a été seulement une expérience temporaire lors de la crise du covid et seulement dans quelques villes et pas à Canton.  Cela ne fonctionne pas, paraît-il… alors qu’on nous rebat les oreilles avec ça en France. 

Nos gouvernants européens et leurs serviteurs médiatiques prépareraient-il le terrain du « en Chine on le fait déjà » pour  nous imposer bientôt ce fantasme de contrôle administratif-électronique total  alors que ce serait un flop ici  ?

Les chinois ont la réputation de copier les trucs qui marchent à l’étranger et de les améliorer ! Aurions nous en France des technocrates qui seraient les cons de l’école inverse ? : Copier des trucs qui ne marchent pas, histoire de continuer à patauger ?!!!!…(volontairement ? … a qui profite le chaos ?)  à méditer avec sans doute d’autres points de vue…

Perspective artistique à long terme ?

Je déjeune demain avec une étudiante qui veut me présenter des relations impliquées à l’ONU pour participer à un groupe de travail sur l’art thérapie qui aura résidence à Shanghaï l’an prochain. Une autre qui a vu en ligne mes créations aimerait organiser une exposition de mes œuvres ici. La perspective Onusienne est quelque peu intimidante pour moi…plus de détails sur la forme et les contenus à suivre…

Pour l’expo, dans un cadre plus confidentiel,  je suis davantage dans mon élément… en petit comité, cela est dans mes cordes! il est  déjà étourdissant de passer d’une ile de 1500 habitants ( sans compter les cabris) à une mégalopole asiatique … qu’irais-je bien faire à Shanghaï ? … même pour la bonne cause et badge VIP ?…  Il est quand même plaisant d’être invité dans ce vaste pays et une aussi prestigieuse organisation (?) – le « machin » disait De Gaulle!- et constater que mes compétences sont appréciées de l’autre côté de la terre ! 

Pourtant, si les voyages sont enrichissants, ils sont aussi sont fatigants !… et pour certains bien-pensants de la techno-ecologie carbonisée, ils sont aussi coupables ! ne leur en déplaise : mon quotidien de piéton saintois doit certainement compenser ces longues distances aéroportées, et ma comptabilité CO2 doit sans doute encore rester dans le vert ! … mais le ver est-il dans le vert ? 

Aller aussi loin pour exercer ma profession n’est pourtant pas ma première envie. J’aimerais naturellement être mieux épaulé pour mes activités au niveau local et voir la sphère culturelle saintoise mieux dotée pour tous les talents existants déjà sur place et ceux qui émergent parmi la jeunesse.

À quand donc notre salle d’exposition et d’évènements culturels ?
À quand notre petite école d’art ?

À bon entendeur

Musée d’art moderne de Canton

Texte et illustrations d’Alain Joyeux
Publié par Raymond Joyeux
le dimanche 24 novembre 2024

Publié dans Réflexions | 3 commentaires

Nécrologie : Terre-de-Haut en deuil

C’est avec une immense tristesse que nous apprenons le décès à deux jours d’intervalle de deux de nos compatriotes de Terre-de-Haut : Claudia Charneau-Cassin et Simone Jacques-Chellin, âgées respectivement de 73 et 78 ans. Un deuil qui frappe deux familles alliées puisqu’une des filles de Claudia est l’épouse du fils de Simone.

Personnalité incontournable et attachante de notre communauté, Claudia tenait l’épicerie Vival-L’Esquinade, face au petit marché du Fond-Curé. Infatigable à la tâche, du lundi matin au dimanche midi, elle était toujours prête à vous conseiller, souriante, à l’écoute de ses employés et de la clientèle, sans jamais rabrouer ni les uns ni les autres, en dépit de ses soucis de santé… Cuisinière hors pair, combien de fois nous a-t-elle régalés de ses succulents beignets du mardi-gras !

Même si, comme nous le supposons – et l’espérons vivement – , l’épicerie Vival-L’Esquinade continuera ses activités, la communauté saintoise regrettera à coup sûr la serviabilité et la disponibilité de Claudia, assurée cependant d’être toujours bien accueillie par son fils Larry et ses employés qui prendront la relève.

À Claude, à ses enfants et petits-enfants, à sa famille saintoise et guadeloupéenne, nous adressons nos plus sincères condoléances et les prions de croire à notre entier soutien dans cette épreuve.

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Nous adressons également toutes nos condoléances et notre sympathie aux proches de Simone Jacques-Chellin, propriétaire à Terre-de-Haut de studios de location, à même la plage, très appréciés des vacanciers de toutes origines.

Très pointilleuse, au bon sens du terme, quant à la propreté de ses studios et de leur environnement, Simone se rendait régulièrement aux Saintes pour faire elle-même le ménage avant et après chaque location, et passer le râteau sur la plage quand il le fallait. Au décès de son mari Robert, elle avait espacé ses visites pour les reprendre peu à peu avant de céder la place à son fils et sa belle fille. Malheureusement, très éprouvée par la disparition brutale de sa fille Catherine, et souffrant d’une affection cardiaque, nous ne l’avons plus revue à Terre-de-Haut jusqu’à son décès ce 18 novembre 2024.

Nous nous associons à la peine de sa fille Corinne et son époux, de son fils Hervé et son épouse Fanny, de ses petits-enfants, de ses neveux et nièces, et de toute sa famille des Saintes, de Guadeloupe et de métropole à qui nous souhaitons le courage nécessaire pour affronter cette dure épreuve.

Maison-Studios de Simone à l’Anse du Fond-Curé.
Photo de Simone (au milieu), communiquée par son neveu Dario

Que nos deux regrettées compatriotes Claudia et Simone reposent en paix pour l’éternité.

Texte et photos de Raymond Joyeux
Publié le Lundi 18 novembre 2024

Je voudrais apporter un complément d’information à propos de cette triste chronique pour dire que j’ai omis de mentionner dans cette nécrologie le décès récent de Louisette Samson, veuve Foy, de Lucette Bédé, ancienne tenancière du restaurant L’Abordage et de José Bertille, apparenté aux Joyeux de Terre-de-Haut. À leurs proches et famille j’adresse mes plus sincères condoléances. 

Réponse

Publié dans Témoignage | 4 commentaires

Poésie d’automne

En cette saison morose où la pluie, dans ma région en tout cas, ne cesse d’arroser copieusement le jardin, je vous propose cette interprétation d’un poème d’Apollinaire, extrait de son recueil Alcools… En attendant des jours meilleurs.

Photo Raymond Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
le mardi 15 octobre 2024

Publié dans Poésie | 2 commentaires