Mercredi 1er juillet 2026
Le mois de juillet débute très ensoleillé comme s’est terminé juin, avec du vent en plus. La tonnelle pliable installée pour protéger les courges s’envole. Nous sommes contraints de la replier. Inutile de remettre les cagettes contre le soleil, comme précédemment, elles abimeraient le feuillage déjà haut et les dernières fleurs récemment écloses. Après tout, laissons la nature se débrouiller seule. Pluies, vent, canicule, s’il faut que la végétation périsse, qu’elle périsse. Mais elle peut tout aussi bien résister, s’accommoder des intempéries générées par ce fameux changement climatique dont on nous rebat les oreilles, mais qui est bien réel, n’en déplaise aux adeptes des stupides et fantaisistes certitudes donaldo-trumpistes.
Jeudi 2 juillet
Je reste seul à la maison pour un grand arrosage matinal sauf aux tomates. Au retour des poubelles, je rencontre mon voisin Daniel – mon fournisseur de bois de chauffage et ami – qui doit entrer à l’hôpital cet après-midi pour une opération à la hanche. Je téléphone à ma sœur Odile de Nice pour une photo de notre frère Joseph enfant dont j’ai commencé la biographie. L’IA refuse d’améliorer le vieux cliché sous prétexte que le sujet (trois ans) est nu. Voici in extenso la réponse de ChatGPT : » Nous sommes désolés, mais le prompt est susceptible d’enfreindre nos règles relatives à la nudité, à la sexualité ou aux contenus érotiques. » Le prompt ? J’ai dû chercher sur Internet la signification de ce mot : » Un prompt est une question ou une instruction que vous soumettez à ChatGPT pour qu’il génère une réponse. Il peut s’agir d’une question ouverte, d’une instruction précise ou d’un contexte que vous fournissez pour orienter la réponse. Le prompt peut être aussi simple qu’une phrase ou aussi détaillé que nécessaire. » J’ai appris quelque chose, et peut-être vous aussi !
Vendredi 3 juillet
Lever avec le soleil, ça devient une agréable habitude depuis la mi-avril. Je ne m’en plaindrais pas si les températures restaient douces ou normales la journée. Malheureusement ce n’est pas le cas, et pour le potager déjà bien amoindri par l’intense canicule en dépit des protections, c’est une suite ininterrompue d’inconvénients et de stress. Tout végète en effet : fleurs de tomates abondantes mais sans éclosion de fruits, courgettes alanguies dont les pousses jaunissent à peine formées, salades flétries, aplaties au sol comme des méduses asphyxiées hors de l’eau. Seuls les rangs de haricots font de la résistance. Les plants tenus au frais par un paillage d’herbes sèches émergent fièrement du sol mais sont très en retard par rapport à l’an dernier, puisqu’aucune fleur n’est encore éclose et que sur mon agenda de 2025, je lis au 7 juillet : première récole de haricots. Or, toute cette déconfiture actuelle n’est pas le résultat d’un manque d’arrosage ! Encore faut-il bien doser l’apport en eau et le moment d’intervenir pour chaque espèce, afin d’éviter assèchement, pourriture aux pieds et mildiou. Voilà où nous en sommes au 3 juillet alors que le jardinier ne ménage ni son temps ni ses soins ni son amour pour ses plantes qui cette année semblent avares de reconnaissance. Ce qui est frustrant, ne présageant rien de satisfaisant pour les semaines à venir.

Tous les prés alentour sont fauchés et la paille mise en balles plastifiées a été rentrée. Il y aura de quoi nourrir les étables tout l’hiver ! L’an dernier à la même date, me rendant « en ville », j’avais noté : « La route est jalonnée de champs moissonnés, décorés aux bordures de guirlandes d’herbes folles. Les prés rasés de près sont des nappes d’or à ciel ouvert. Je voudrais que l’été se perpétue ainsi jusqu’en septembre : soleil, chaleur, journées longues et calmes, un rêve. Mais bientôt, peut-être, une ondée nocturne bien venue transformera le paysage jaune d’œuf en une mer d’émeraude et les jours doucement continueront à décliner. » Il paraît que les grains seront maigres en farine cette année à cause de la chaleur intense et du manque de pluie. Éleveurs et cultivateurs sont finalement plus à plaindre que moi, jardinier amateur, dont le potager n’est qu’un passe-temps, alors que pour eux et leur cheptel, les récoltes de toute nature sont plus que vitales. Fin d’après-midi, nous offrons à la déchetterie de Paray une auto pleine de grillages, ferraille et barbelés en tous genres.

Samedi 4 juillet
À 4 h du matin, la chambre du pignon est illuminée de lune dont les rayons donnent à plein sur le lit. C’est le rais lumineux sous la porte qui me réveille, pensant que le va-et-vient du couloir était resté allumé. Un ciel immaculé avec une agréable petite fraîcheur qui s’infiltre à travers la moustiquaire de la fenêtre.
À sept heures, après déjeuner, je profite que le soleil soit encore bas pour un arrosage abondant de tout le potager, tomates comprises, sans mouiller les feuilles. Sous l’une d’elles, miracle, je découvre une petite bien formée, couleur prune, toute ronde, la première de la saison, avec un piment rouge ! J’enrichis les pieds de courgettes d’un peu de fumier de cheval pour tenter de les revigorer et d’activer la production. En temps normal les petits fruits grossissent à vue d’œil d’un jour sur l’autre, or voilà près d’une semaine que tout stagne après éclosion des fleurs. Et pourtant les pieds semblent en bonne santé. Pas un signe d’oïdium sur les feuilles. Peut-être ai-je commis une erreur en suivant bêtement certains conseils : éliminer les feuilles basses qui pompent soi-disant la sève et retardent la fructification. Avant la première canicule, sans émondage, nous avions bénéficié courant mai d’une bonne récolte qui laissait présager l’abondance habituelle ! Du côté des courges, les ayant protégées longtemps de la chaleur, je constate que, profitant sans doute d’un peu de fraîcheur nocturne revenue, elles ont pris du corps et de la vitalité. On observe la naissance de nombreux boutons qui se réjouiront peut-être de la clémence de la météo. Mon ami François de la Motte me décourage en m’affirmant que les siennes ont déjà envahi tout leur espace et que les miennes sont très en retard. Un peu riquiqui, poursuit-il ! C’est normal, son potager est en bordure de Loire où fraîcheur et abondance d’eau facilitent la pousse.
À 13 heures, nous traversons la route sous un soleil de plomb pour nous rendre au repas de quartier organisé chaque année par l’association Trans-Sélore qui regroupe une quarantaine de résidents. La conversation, vous vous en doutez, porte sur le temps inhabituel qu’il fait, les désastres dans les potagers où nous sommes tous logés à la même enseigne. Ce qui n’est pas une consolation. De consolation, pourtant, il y en aura une : à 23 heures, au coup de sifflet final libérateur, la France est arrivée au bout du Paraguay et se qualifie pour les 1/4 de finale de la coupe du monde. Occasion pour nous, à la maison d’arroser cette victoire par une bouteille de Prosecco qui apaise illico les tensions d’un match couperet. Le temps d’oublier les mésaventures du jardinier et le problème de l’arrosage à l’eau, comme une sorte de compensation bien venue !
Pour clore cette séquence
Nous avons échappé le dimanche 28 juin à une menace d’orage et de grêle que les services météo de la région prévoyaient très violents. À tout hasard, je suis sorti dans la cour à 21 heures avec mon téléphone pour estimer l’avancée des intempéries annoncées. Les éclairs étaient impressionnants. J’ai eu alors le réflexe d’essayer de les photographier. Voici une de ces photos.

Publié par Raymond Joyeux
le dimanche 5 juillet 2026
Texte et photos de l’auteur.




Merci infiniment pour ta prose si peu prosaïque. Nous habitons le 44390, pas loin Nantes, on aimerait bien venir te voir.
Tiendre bon, gamin t’h.e.u.rreux ! JS