Terre-de-Haut : les derniers poiriers

Dans une précédente chronique, Le poirier de Jules Corbin, datée du 6 septembre 2016, j’avais évoqué l’événement historique à l’origine de la plantation de ces allées de poiriers à Terre-de-Haut : l’abolition de l’esclavage de 1848. Ils avaient été baptisés Les arbres de la liberté et défense avait été faite de les supprimer.

https://raymondjoyeux.com/2016/06/09/le-poirier-de-jules-corbin/

Photo datant des années 1900
Ce qui reste de cette allée en janvier 2025

Ces poiriers plus que centenaires, ombrageant les rues de notre commune, commencent malheureusement à disparaître les uns après les autres, sans être remplacés. Arrivé sans doute en fin de vie et menaçant de s’effondrer sur la chaussée, l’un des derniers de ces magnifiques spécimens qui subsistent encore vient d’être abattu ce vendredi 24 janvier 2025 par le service technique de la mairie.

Si on peut regretter la disparition programmée de ces arbres emblématiques, on comprend aussi qu’il est nécessaire de préserver la sécurité publique. Mais d’un autre côté ne devrait-on pas penser aux générations futures et se pencher sur la possibilité d’en replanter où cela est encore possible ?

Un texte de Pierre Charles :

L’arbre est d’abord un cramponné

Je voudrais contempler les arbres de la forêt, ceux des parcs, des jardins, des avenues, des cimetières, les saules pleureurs et les chênes séculaires, et essayer de capter quelque chose de la sagesse qui les a créés….

Je sais bien ce que nous y cherchons : de l’ombre contre le soleil et parfois un abri précaire contre une averse, du combustible contre le froid et des planches pour nos menuiseries, et aussi des ornements pour nos paysages. Mais l’arbre est bien autre chose encore qu’un serviteur complaisant, et on n’a pas tout dit de lui quand on nous apprend que de sa pulpe on fait de la pâte à papier et que, débité très fin, il nous fournit des allumettes.

Poirier de la place de la mairie -1942 – Photo Catan

L’arbre est d’abord un cramponné. Il ne voyage pas comme l’animal. Il est fixé là où sa graine est tombée. J’en ai vu poussant presque comme des acrobates dans les hautes crevasses des ruines, ou sur les pentes abruptes des précipices. Il n’a pas pu choisir ni changer sa situation dans l’espace. Tout son avenir est décidé par une sorte de chute originelle, lorsque le gros fruit est tombé lourdement par terre ou lorsque la semence légère, avec ses ailettes, ses barbes plumeuses ou son mince duvet a cessé de tournoyer au souffle du vent. L’arbre doit pousser et mourir là où il a rencontré le sol. Et c’est sans doute ce qui leur donne à tous cet air obstiné.

Frangipanier route du Chameau -Ph. Alain Joyeux

La majesté de la forêt, cette majesté qui ravit jusqu’aux petits enfants, ne vient pas d’autre chose : une multitude en place depuis des siècles, chacun de ces arbres occupant le même coin du sol, jusqu’à sa mort, et même après…

Texte extrait de l’ouvrage La prière de toutes les choses.
Pierre Charles, Editions Desclée De Brouwer – 1957

Baobab du city-sport à Terre-de-Haut ; Ph. R. Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
Le dimanche 26 janvier 2025

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5 Responses to Terre-de-Haut : les derniers poiriers

  1. Avatar de Annie Lionet Catteau Annie Lionet Catteau dit :

    replanter des jeunes poiriers a la bonne saison

  2. Avatar de Liliane CORBIN Liliane CORBIN dit :

    Merci, Raymond, pour les souvenirs d’un beau voyage en 2015 !

  3. Avatar de Samson Samson dit :

    C’est poétique.

    Mais on a besoin de bois pour se chauffer à Terre de Haut ?

    : > ))

    • Avatar de raymondjoyeux raymondjoyeux dit :

      Ton humour m’a amusé, Samson, et pour abonder dans ton sens, je dirais que les saules pleureurs et les chênes séculaires n’existent pas non plus aux Saintes ! Quant au bois de chauffage, n’oublie pas que les fours à charbon sont toujours d’actualité chez nous, ne serait-ce que pour alimenter les BBQ… Je préciserai cependant que le texte, effectivement très poétique, intitulé en latin, Et fit arbor, (Et il devient un arbre), n’est pas de moi, mais d’un auteur européen, jésuite de son état, dont j’ai indiqué le nom, ainsi que le titre et la date de parution de son ouvrage.
      Cordialement et un grand merci à toi pour l’intérêt régulier que tu portes aux articles de ce blog.

  4. Avatar de duvalmn duvalmn dit :

    Merci Raymond pour ce beau texte et ces photos retrouvées dans tes archives.

    La destruction des « poiriers de la liberté » en dit long sur le chemin que nous suivons. Le même sort est arrivé aux merveilleuses allées de gommiers, torturés par des fils barbelés, de tilleuls, de manguiers, de flamboyants et autres cocotiers, remplacés par du béton. Petit à petit le paradis terrestre Saintois disparait.

    Les arbres sont nos frères de vie. Ils semblent ne pas se déplacer, pourtant leurs racines vont chercher à des dizaines de mètres sous terre ce dont ils ont besoin pour vivre. Dans la forêt primaire, les humains ne se déplacent par eux-mêmes que de quelques centaines de mètres autour de leur lieu de vie. La différence n’est pas si grande. Et ne dit-on pas que nous avons besoin de racines pour vivre ? Ce n’est pas sur Mars que nous allons en trouver.

    En détruisant les arbres, les humains s’autodétruisent.

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