1 – La Vierge des Augustins
En juin 2018, j’ai publié un recueil de 26 poèmes intitulé Nautiques avec comme sous-titre Paysages.
Ce recueil, aujourd’hui épuisé, a fait l’objet d’une présentation sur ce blog que l’on peut consulter en cliquant sur le lien suivant :
https://raymondjoyeux.com/2018/06/21/une-nouvelle-publication-aux-ateliers-de-la-lucarne/
Pour commencer l’année 2025 en poésie, je vous propose une sélection de quelques-uns de ces poèmes, accompagnés d’un commentaire personnel dont l’ensemble pourrait être considéré comme une sorte d‘itinéraire autobiographique.
Autobiographique puisque ces paysages m’accompagnent depuis l’enfance et que j’ai encore aujourd’hui la chance et le privilège de les admirer, même si certains d’entre eux ont subi des modifications le plus souvent dues à la main de l’homme.
En vous souhaitant bonne lecture, je vous remercie pour l’intérêt que vous porterez à ces nouvelles chroniques, et plus globalement que vous manifestez pour ce blog. Puisque depuis sa création en juillet 2013, les 354 articles publiés ont été visités à ce jour par 224 235 lecteurs qui ont cliqué 415 532 fois sur les différentes chroniques, laissant 1686 commentaires et avis.
Encore une fois, belle année 2025 à chacune et chacun d’entre vous et en route pour de nouvelles aventures littéraires et poétiques.
Raymond .Joyeux
Pour rappel : La photo de la Vierge des Augustin ci-dessus, prise par mes soins date d’avant le séisme du 21 novembre 2004. Malheureusement, cette statue de lave a été décapitée par les secousses et n’a plus la même silhouette qu’autrefois. On reconnaît néanmoins la forme du corps qui, lui, est resté intact.
Vierge des Augustins
(Madone)
Vierge perlée d’embruns
en sa grotte marine
phare de l’alouette
à l’écharpe de pierre
et qui guide le vol
de la sterne et de l’exocet
Madone du grand retour
en sa nef de lave
que couronne l’écume
au vent tiède du large
et qui de la marée
accueille les offrandes
reine aimante exposée
au sel des étoiles
quand le ciel à genoux
ensemence la houle
et brûle aux sillons
l’algue vieillie du temps
vestale des tempêtes
qui descelle l’écoute
aux silences de nos prières
quel aveu échappé
de nos lèvres insincères
abolira l’offense
au chapelet de nos îles.
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Commentaire
La ressemblance est frappante. Silhouette de madone couronnée, drapée dans sa tunique de vestale, parfaitement sculptée dans cette lave pétrifiée qui s’élève à fleur d’eau entre deux minuscules îlots séparant Terre-de-Haut de sa jumelle Terre-de-Bas, la Vierge des Augustins porte à merveille son précieux nom. C’est la réplique minérale et millénaire de la statue de Notre-Dame du Grand Retour, trônant sur une chaloupe, qui visita les Antilles en 1948, semant, semble-t-il, sur son passage en Martinique, en Guadeloupe et bien entendu aux Saintes des prodiges de guérisons miraculeuses.
On ne peut que s’émerveiller devant ce miracle géologique du volcanisme faisant émerger des entrailles de la terre cette Vierge, comme un signe surnaturel de bénédiction ou d’appel à la conversion. Le poème associe les éléments du domaine de la mer (embruns, écume, vent, marée, algue, tempête, nef, phare…) aux éléments du domaine religieux (vierge, madone, reine, vestale, chapelet, prières), suggérant l’image d’un rosaire maritime et céleste puisque sont évoqués également les étoiles et le ciel ainsi que le vol de l’alouette, de la sterne et de l’exocet, ce dernier symbolisant l’union mystique de l’air et de l’eau. Une supplique cosmogonique qui trouve son aboutissement dans l’avant-dernière strophe par la bienveillance suggérée de la Vierge qui descelle l’écoute au silence de nos prières, touchée sans doute par l’aveu de toutes ces offenses faites au chapelet de nos îles et prélude à un possible repentir.

Publié par Raymond Joyeux
le jeudi 9 janvier 2025

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