Le docteur Yves ESPIAND co-fondateur de l’Association l’Avenir Saintois et ancien praticien aux Saintes est décédé

C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre le décès du docteur Yves Espiand à l’âge de 88 ans. Les Saintois qui l’ont connu se joignent à moi pour exprimer à sa famille et à ses proches leurs plus sincères condoléances.
Voici ci-dessous, un extrait de la chronique que je lui avais consacrée il y a quelques années alors qu’il avait pris sa retraite en métropole, diminué après un grave accident de la route en 1990. Ce qui ne l’avait pas empêché de revenir en Guadeloupe et aux Saintes en juillet 2012, revoir les lieux où il fut affecté comme médecin.

Médecin hors pair et sportif émérite

Le docteur Yves ESPIAND n’est pas un inconnu aux Saintes. À la retraite dans le Midi de la France, il séjourna dans notre archipel comme omnipraticien de 1963 à 1966, en remplacement du docteur Hourtiguet. Si, comme tous les médecins de passage, il était logé à la Maison Bateau, il avait installé son cabinet médical au dispensaire communal, en même temps qu’une pro-pharmacie qu’il a été le premier à ouvrir et à tenir à Terre-de-Haut. Cette officine, dotée des médicaments de première urgence, évitait aux patients le déplacement en Guadeloupe avec leur ordonnance, ce qui n’était pas un mince avantage pour nos compatriotes. Mais le docteur Espiand était aussi un grand sportif et amateur de football. Il avait en effet de qui tenir puisque son père, professeur de mathématiques au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre fut le fondateur de la Solidarité Scolaire, équipe de football qui a eu son heure de gloire dans le championnat guadeloupéen. C’est donc tout naturellement que notre docteur s’intéressa aux jeunes de la commune et participa à la création de L’Avenir Saintois dont il fut l’un des membres les plus actifs, comme joueur, entraîneur et conseiller technique.

Équipe de foot de l’Avenir Saintois en 1965 – debout de gauche à droite : Marcel Déher – Gilbert Samson – G. Gamas – Éric Joyeux – Maxime Procida – Euphrase Hoff – Accroupis de gauche à droite :
 Michel Bocage – J.Pierre Péter – Yves Espiand – Raymond Joyeux – Euphrase Bocage

Un amoureux des Saintes, de la littérature et de la poésie

Dans un ouvrage autobiographique édité à compte d’auteur et publié en juillet 2014, Yves Espiand fait le récit de sa vie mouvementée depuis sa naissance à Pointe-à-Pitre en 1933, ses années d’études médicales, ses différentes affectations, jusqu’aux difficiles années de sa vie de retraité, en passant par le terrible accident dont il fut victime en juillet 1990, dix ans avant son départ à la retraite en Février 2000. Il y retrace ses démêlés judiciaires suite à son divorce d’avec sa première épouse et inclut de nombreux poèmes dont un intitulé L’archipel des Saintes. Poème qu’il reconnaît lui-même comme maladroit mais qui exprime l’amour qu’il portait à notre archipel et que je vous fais découvrir ci-dessous.

L’archipel des Saintes

Sur mon île enchanteresse naît l’aurore timide et brève
L’émeraude de la mer caresse de sa mousse l’ocre de la grève
La couvrant de sa blanche écume scintillante mais brève
Ah, la subtile odeur iodée et suave de la nuit qui s’achève !

Quel éblouissant collier d’îles au sable magnifique
Émergeant de l’eau d’un coup de baguette magique
Tutoyant les océans tel le grave et fougueux Atlantique
Pourtant enfermées dans leurs joyaux, magnifiques.

Et c’est Terre-de-Haut entre ses deux pitons, toute fière
Le Chameau bosselé, monotone tout couvert de lierre
Le dos tourné vers l’infini, un orant disant ses prières
Loin du Fort Napoléon majestueux, inflexible barrière.

Merveilleuse baie ouverte sur la blonde plage de Grand-Anse
Crèches des tortues luth avançant comme sur un air de danse
Rugissant sous l’effort, haletantes baveuses sans défense
Pour sortir leurs œufs dans un filet visqueux en forme de ganse

Voici le Marigot, discret, lointain dans son décor grisâtre
Éloigné des bruits du village, eau stagnante presque saumâtre
Au fond d’une anse profonde dans une chaleur douçâtre
Idéale pour les tenants d’une carnation couleur d’albâtre

Nous irons à Crawen qui exprime du soleil les plus folles ardeurs
Mysticité des naturistes dégustant une solitude pleine de ferveur
Avec dans le lointain la grise Dominique et ses sombres hauteurs
Quel plaisir ! cette chaude tranquillité nous enveloppe de bonheur

La sombre masse d’en face c’est Terre-de-Bas la verdoyante
Criques grisâtres retentissant des cris d’une activité pagayante
Diversité humaine, géologique, végétale : couleurs chatoyantes
Bordée d’une mer parfois hostile, ourlée d’écume rutilante.

Notre périple saintois s’achève en une fantasmagorique apothéose
Chapelet d’îlots jetés sur la Caraïbe attisant nos pupilles en overdose
Des tons changeants, souvent brillants résultent de cette osmose :
Ciel, terre, mer. Rarement un rayon vert à nos yeux se propose.

 Yves Espiand, 20 janvier 2012

Le docteur Yves Espiand à son bureau de retraité en 2014

Adieu, cher ami Yves, ton séjour aux Saintes a marqué les esprits. Tes anciens patients, comme l’ensemble de la population ne t’oublieront pas. Tu fus pour la jeunesse de nos îles un révélateur et un exemple. Puisse ton souvenir rester à jamais dans leurs cœurs.

Publié par Raymond Joyeux
le 13 décembre 2021

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