Plaidoyer pour la marche

Des îles, autrefois… sans voitures

Lorsque nous étions enfants aux Saintes, avant les années 60, et bien entendu, plus encore pour les générations antérieures, nous ne connaissions qu’un seul moyen de locomotion : la marche. D’ailleurs, nous étions la risée de nos amis et compatriotes guadeloupéens continentaux pour la simple raison que nos communes étaient dépourvues de voitures !

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Rue de Terre-de-Haut début du XXème siècle

Cette réflexion, considérée par eux comme la pire des insultes, si elle nous laissait à vrai dire indifférents, stigmatisait à leurs yeux notre état supposé d’arriération, notre absence avérée de progrès et de modernisme ! Aujourd’hui, ceux qui pensaient à cette époque nous rabaisser, en nous renvoyant à notre état de nature, seraient sans doute les premiers à s’insurger contre l’envahissement actuel de nos rues par des véhicules motorisés en tous genres, entravant leur bien-être de touristes en changement d’air ! Et le pire c’est qu’ils n’auraient pas tort !

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Quartier de la poissonnerie avant l’arrivée des scooters – Photo Plé 1973

Le paradis perdu des marcheurs…

Devenues en effet un véritable et grouillant panier à crabes au sens littéral du terme, les rues de Terre-de-Haut sont désormais difficilement praticables pour le piéton ordinaire, quelles que soient l’heure et sa bonne volonté. Autrefois paradis des marcheurs, notre île, au fil des années, a vu la circulation motorisée prendre le pas sur celui des adeptes de cet exercice naturel qui consiste à mettre instinctivement un pied devant l’autre et à déambuler paisiblement dans le calme et la sérénité.

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Rue piétonne préservée à Terre-de-Haut – Photo Anne de Floris – 2018

Bien sûr, il reste encore de nombreux lieux protégés aux Saintes où, loin du bourg et de sa fièvre, le marcheur trouve encore son plaisir. Mais quand on voit les enfants des écoles, lorsqu’ils ne sont pas, dès sept heures du matin, transportés par leurs parents en voiture, à moto ou à scooter, se rendre en classe sur un engin à propulsion électrique (vélo, skate ou trottinette), et rentrer solitaires à la maison par les mêmes moyens, on s’interroge sur leurs aptitudes à développer le sens de l’effort physique et du plaisir social à flâner en chemin entre copains, là où se nouent souvent et se développent les plus solides amitiés.

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Chemin exceptionnellement désert vers la plage de Grand’Anse à TDH – Ph. A. de Floris

Marcher c’est faire preuve de dignité 

Le quotidien Le Monde/Éditions de l’Aube vient de publier un petit livre fort intéressant pour les amateurs ou non de la pratique pédestre, intitulé Philosophie de la marche, et que j’ai la chance de posséder. L’intérêt de cet ouvrage collectif d’une centaine de pages, réside dans les réflexions des auteurs sur le sujet, mais aussi et surtout dans les citations d’écrivains et de philosophes parmi lesquels Jean-Jacques Rousseau, Arthur Rimbaud, Victor Hugo, Henry David Thoreau, Jacques Lacarrière, David Le Breton, Walt Whitman…
Des auteurs du livre et des écrivains cités, j’ai sélectionné pour vous les citations suivantes :

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Un contact vivifiant avec la nature – Photo R. Joyeux 2018

Marche de solidarité. Ici, Je suis Charly – Terre-de-Haut 2015 – Ph. R. Joyeux

Au bout du chemin quelque chose nous attend – Terre-de-Bas  2015 – Ph . R. Joyeux

Je ne peux, bien évidemment, vous présenter ici la totalité du contenu de cette petite Philosophie de la marche. Aussi je vous invite fortement à vous la procurer au plus vite. Pour la modique somme de 12 € (prix métropole), non seulement vous serez encouragé à vous adonner à cette pratique naturelle qu’est la marche, si ce n’est déjà fait, mais vous y puiserez de sublimes réflexions qui vous conforteront dans l’idée que marcher n’est pas seulement bon pour le corps, mais qu’il produit sur l’esprit tout autant de bienfaits : plaisir de l’effort, rêverie, détente, sérénité, découverte de la nature et de soi, élan de solidarité… et plus encore selon votre complexion et votre humeur du moment !

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Petit clin d’œil sympathique et tranquille

Tellement pris par sa passion de peintre et sa pratique intensive de la marche enjouée, notre talentueux artiste Alain Joyeux, auteur de cette amusante toile colorée, a oublié une  ou deux lettres supplétives dans son texte, ce qui fait l’originalité et la valeur du tableau. Comme moi, je pense que vous lui pardonnerez volontiers cette étourderie. C’est bien connu, les vrais artistes comme les marcheurs impénitents, bien qu’ayant les pieds sur terre, sont souvent un peu sur la lune, perdus dans leurs rêveries !

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année de marche et de méditation en vous remerciant de votre amicale fidélité.

Raymond Joyeux

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8 commentaires pour Plaidoyer pour la marche

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    Salut Raymond et meilleurs voeux. Tu connais mon avis sur l’ « ultra motorisation » de notre chère ile. Cet engouement reflète la paresse de l’effort pourtant valorisant qu’est le déambulage pour admirer les beautés de l’archipel. C’est entré dans les moeurs dommage. Amitiés

  2. vonvon dit :

    et il semblerait qu’il y a un projet de feux rouges je pense que les riverains de ces feux vont devoir supporter les scooters pétaradants stoppés à ces feux bon courage à eux …l’ancien maire avait eu une bonne idée, pour une fois, en instaurant des bandes jaunes pour limiter les stationnements sauvages devant les portes des habitants. Il y a une solution, je pense, en faisant remarquer aux instances concernées, une mise en avant du danger envers la faune, la flore, et la santé des Saintois ils l’ont fait en france sur certaines îles pourquoi pas ici ?

  3. Liliane CORBIN dit :

    Afin que l’île retrouve la sérénité d’antan, il faudrait peut-être interdire les véhicules à moteur et autoriser seulement les engins qui fonctionnent avec, non pas de l’huile de coude, mais … de genou. Et tant pis si quelqu’un me rétorque qu’avant l’on s’éclairait à la bougie et que l’on utilisait les charrettes pour le transport des marchandises !!!

  4. raymondjoyeux dit :

    Votre proposition, chère Liliane, ne serait pas une régression, mais tout simplement un retour au bon sens ! D’ailleurs nos deux précédents maires s’ y étaient collés. Entre 1991 et 2003, Robert Joyeux et Louis Molinié avaient successivement signé de nombreux arrêtés municipaux pour tenter de maîtriser la situation. Le dernier en date de ces arrêtés – toujours en vigueur puisque jamais aboli – préconisait l’interdiction totale de la circulation motorisée dans le bourg. Dans notre chronique du 5 juillet 2015, nous évoquions longuement cet épineux problème. Malheureusement, la tournure actuelle des événements ne semble pas plaider pour une solution raisonnable en ce domaine :
    https://raymondjoyeux.com/2015/05/07/circulation-larrete-municipal-oublie/

  5. raymondjoyeux dit :

    Pour compléter cette chronique sur la marche, je vous propose la relecture de celle du 17 janvier 2014 : Une balade au Chameau en compagnie de Roméo Léon :
    https://raymondjoyeux.com/2014/01/17/une-balade-au-chameau/

  6. ALAIN JOYEUX dit :

    « Quand le monde était grand, car on allait encore à pied… »

    Si tout ou presque est dit sur les vertus de la marche (grand merci au passage pour le relais de ce petit tableau et sa très pittoresque fote d’ortografe !), l’utilisation des deux roues pétaradants génère parfois un effet comique bien qu’au final pathétique :

    Voici que certain(e)s trouvent tout à fait normal de garder leur casque vissé sur leur tête lorsqu’il rentrent, par exemple, dans les commerces ! Nous voyons alors déambuler , aux heures de pointe, quantité de « playmobiles » qui, lorsqu’ils se rencontrent au rayon fromage, se font même la bise sans ôter leur coquille de burgot qui leur couvre le chef.
    Très drôle mais, excusez moi ceux qui se reconnaîtront, grotesque et pathétique (j’assume la répétition).

    Pour ma part, les visiteurs de la galerie où j’expose quelques unes de mes créations à Terre de haut sont informés par un casque peint portant cette mention : « Ici, j’enlève mon casque » ; sous titré à propos de l’objet : « protège le crâne mais enferme l’esprit » .

    Tout comme l’on ôtait son chapeau par respect dans les salutations d’autrefois, il me semble que de prendre le temps d’enlever son casque, même pour une course d’une minute à la boulangerie, est une marque de courtoisie élémentaire, un gage de bien vivre ensemble… combien de jeunes dans cette attitude ne font qu’imiter leurs parents ?

    Cet oubli apparemment anodin, sans doute inconscient, et somme toute pas si grave, ne concerne pas bien sûr tous scooteristes et motards. Il est pourtant selon moi symptomatique d’un état d’esprit ambiant : vite, vite… pas le temps … peur ? … « je ne reconnais plus personne en Harley Davidson » ! tableau surréaliste donnant l’impression de vivre dans une banlieue suburbaine ! Hého, les saintois ? Hého ? il y a quelqu’un ? … arrêtons de nous croire comme à la télé… dans un stress permanent illusoire.

    Je profite de cette chronique pour adresser un message à tous nos amis motorisés : « S’il vous plaît, Lorsque que vous arrêtez pour parler avec vos amis, eux même en scooter, au lieu du dialogue de sourds qui s’en suit, où chacun hurle pour vous faire entendre et comprendre ( car bruit du moteur + casque- je ne parle même pas du smartphone qui se manifeste en même temps !)… coupez le contact… prenez le temps… Merci ! … ou alors, marchez maintenant ! Pour se parler entre humains, c’est beaucoup plus SYMPATIQUE !

  7. ALAIN JOYEUX dit :

    Au passage un message aux visiteurs de passage dans notre île:

    L’île est petite, profitez, marchez !!! enfin les vacances, un peu de sport fera du bien et vous n’aurez pas l’air d’une quiche avec votre casque et la charlotte en dessous ! aah, aah…
    même en scooter on ne verra pas tout !

    Il est vrai que les commerces de location de véhicule et de visites guidée à la sortie du bateau peux faire croire à la nécessité d’un moyen de locomotion… poudre aux yeux !

    sans compter le danger. Ici, trop d’accidents de la route. Il ne se passe pas une semaine sans que l’hélico ne vienne évacuer un accidenté grave sur la route.
    Le vélo éléctrique paraît plus soft et convivial mais est au moins aussi dangereux…

    Si vous n’êtes pas souffrant, que vos jambes et votre souffle fonctionnent encore , marchez !
    gardez votre argent pour vous payer de bons restaurants, un livre de poésie d’un auteur saintois ou un tableau à ma galerie !

  8. vonvon dit :

    j’ai passé un excellent moment à lire les 2 commentaires d’Alain, commentaires plein de vérité et de vécu mais hélas je n’ai qu’une crainte: que les concernés ne lisent pas ! par contre les usagers qui déambulent dans les magasins ou parfois dans les rues avec leur casque me confirme que nous sommes sur une autre planète ….PTDR !!

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