Ça chauffe pour l’Iguane des Petites Antilles

Chers lecteurs, 

En vous souhaitant une très bonne année 2019, j’ai le plaisir de vous proposer cet article du quotidien France-Antilles paru sous la plume de Marc ARMOR et publié le samedi 5 janvier 2019. Cet article, très bien documenté, rejoint sur beaucoup de points notre chronique du 7 juin 2018 dont je vous communique le lien : 

L’iguane des Saintes a-t-il été protégé à tort ? 

Je remercie vivement l’auteur de l’article Marc Armor du journal France Antilles de m’avoir aimablement autorisé ce partage.

Raymond Joyeux

ENVIRONNEMENT

Marc ARMOR  France-Antilles, Samedi 05 janvier 2019

Notre iguane, très délicat comme chacun le sait, est désormais classé en « danger critique d’extinction » par l’Union internationale de conservation de la nature.

Parmi les espèces endémiques de la Caraïbe, l’Iguane des Petites Antilles est l’une des plus menacées. Notre Iguana Delicatissima souffre notamment, mais pas uniquement, de la concurrence déloyale de l’iguane commun, espèce introduite. Classé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme « espèce vulnérable » en 1996, notre iguane a gagné le statut « d’espèce en danger » en 2010, avant de rentrer, sur la dernière liste de l’Union, dans le cercle peu enviable des « espèces en danger critique d’extinction » . Un plan national d’actions destiné à le préserver a été mis en place depuis plusieurs années, mais il va manifestement falloir passer à la vitesse supérieure, du moins dans son application.

La partie n’est pas gagnée. En Guadeloupe comme en Martinique, la population d’Iguana delicatissima régresse rapidement (1). Espèce introduite, l’iguane commun, plus fort et plus compétitif, non seulement lui dispute son territoire, mais encore altère son patrimoine génétique. Les deux sauriens peuvent en effet s’accoupler, mais les rejetons hybrides perdent les caractéristiques de l’Iguana delicatissima.

DES POPULATIONS FRAGILISÉES

Cette menace n’est pas la seule. La population d’Iguana delicatissima est également fragilisée par son morcellement, sur des zones géographiquement restreintes, dont la surface totale n’excède pas 1 000 km2. « Cette situation rend les populations très sensibles à des événements aléatoires du type catastrophe naturelle, maladie ou invasion biologique » , indique l’ONF, en charge des mesures de préservation. Maria, pour ne citer que ce dernier ouragan, a fragilisé un peu plus les populations restantes, notamment à La Dominique. À l’heure actuelle, les seules populations d’Iguanes des Petites Antilles qui ne sont pas menacées sont celles qui vivent sur des îlets, comme Petite-Terre en Guadeloupe (50% de l’effectif mondial) ou Chancel en Martinique.
Mais elles restent à la merci d’une submersion marine ou d’une introduction – accidentelle ou volontaire – d’iguanes communs. Ça n’est pas totalement improbable : c’est ce qui est survenu en 2016 à la Désirade, où Delicatissima est désormais menacé.

Un statut incompréhensible

L’un des éléments qui a permis l’expansion de l’iguane commun, c’est qu’il a bénéficié, pendant des années, du statut d’espèce protégée. Interdiction de lui nuire. Statut incompréhensible si l’on songe qu’il s’agit d’une espèce introduite, et qui plus est envahissante… Cette protection a été levée en 2014 par arrêté du ministre de l’Écologie, mais les dégâts sont faits. Cette levée autorise néanmoins des sessions de capture de cet envahisseur dans les zones les plus sensibles. Mais il est trop tard pour la Grande-Terre, Marie-Galante et Les Saintes d’où Delicatissima a totalement disparu.

L’impact de l’homme a été sévère

Autrefois, notre iguane aurait été en mesure de rivaliser avec l’iguane commun. Mais il a dégénéré au fil des siècles. Des travaux, menés par le Muséum d’histoire naturelle, sur les ossements d’iguanes découverts dans l’archipel de Guadeloupe, ont démontré la présence passée de populations d’iguanes présentant des tailles bien supérieures (+ 20%) à celle des spécimens actuels des Antilles françaises.
Ces lézards étaient chassés et consommés par les premiers habitants amérindiens (de – 3 000 à – 500 ans) sans que cela n’ait eu d’effet détectable sur leurs populations.
En revanche, la comparaison avec ce que l’on connaît des iguanes actuels démontre que la majorité des populations s’est rapidement éteinte et a subi une réduction importante de taille après l’arrivée des Européens au XVIIe siècle.
« Ces nouveaux résultats démontrent que l’impact de l’Homme sur les Iguanes des Petites Antilles durant les derniers siècles a été plus sévère encore que ce que l’on supposait précédemment, indique le Muséum.
Ces données permettront d’adapter les politiques de sauvegarde des iguanes dans les Antilles et ainsi d’envisager le sauvetage de l’iguane endémique, actuellement en grand danger. »

Une colonisation organisée ?

Parmi les solutions de préservation envisageables, l’une a été brièvement évoquée par l’ONF : compte tenu du bon état de conservation des populations sur les îlets isolés (Petite-Terre et Chancel), il pourrait être envisageable de peupler volontairement d’autres îlets du même type. Mais une introduction de ce genre ne se fait pas d’un coup de baguette magique.

Outre que les lieux envisageables ne sont pas légion – Kahouanne, où des spécimens ont été observés dans les années 1990, Fajou ? – il conviendrait d’abord d’analyser la faune et la flore de l’îlet choisi, afin d’estimer si une telle introduction ne risque pas de mettre en danger une espèce originelle, et si le site offre des possibilités de subsistance. Il faudrait aussi procéder à une éradication des éventuels prédateurs d’oeufs et de juvéniles, mangoustes et rats notamment. Et il faudrait en interdire l’accès à l’homme, le temps du moins que l’iguane implanté réussisse son installation.

Son alimentation est variée

Iguana delicatissima est un reptile végétarien généraliste. Son régime alimentaire comprend des feuilles, des fleurs et des fruits d’une grande variété d’arbres et de buissons.
À Petite-Terre, l’analyse de 240 excréments récoltés par des membres de l’AEVA amontré que les espèces les plus prisées sont le poirier, le mancenillier, l’amourette, le bois couleuvre et le bois noir, le mapou, le gaïac, le gommier rouge et le palétuvier gris.

L’alimentation varie avec les saisons.
 Pendant le Carême, les iguanes consomment essentiellement des feuilles et durant la saison humide, ils mangent plus de fleurs et de fruits charnus. Comme l’iguane commun, Iguana delicatissima consommerait des carcasses, voire des oeufs, et pourrait être un carnivore opportuniste.

ZOOM – La Désirade sous haute surveillance

L’observation, fin 2016, à La Désirade, d’un iguane commun, avait donné lieu à un véritable branle-bas de combat. Il avait fallu deux mois de mobilisation pour réussir à capturer l’intrus.
Trop tard, hélas. Il a manifestement réussi à s’accoupler et des hybrides sont désormais présents sur l’un des derniers territoires où Delicatissima se croyait à l’abri. Des formations à la capture ont donc été organisées à destination des services techniques et des gendarmes de La Désirade. Formations efficaces : depuis fin 2016, 13 iguanes communs y ont été capturés.

****

(1) Il n’y a plus d’iguane delicatissima en Grande-Terre. Sur la Basse-Terre, on en trouve encore de Saint- Christophe (sud de Goyave) à la ravine du Grand Carbet, plage d’Anse à Sable à Pigeon, et plage de Cluny sur la côte Caraïbe. On en a également signalé au Morne Deshaies, à Fort-Royal et à l’îlet à Kahouanne.

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6 commentaires pour Ça chauffe pour l’Iguane des Petites Antilles

  1. Marie-joelle LARIDAN dit :

    Bonjour Raymond,

    Je vous souhaite une bonne année 2019 avec une santé de fer et un moral d’acier.
    Un grand merci à vous pour tous vos articles que vous nous envoyez .

    Bien cordialement à vous

    marie joelle

  2. Jo Coëz dit :

    Un commentaire un peu décalé
    Remplacez dans le texte Iguana delicatissima par Amérindien (ou tout peuple en voie d’extinction) vous comprendrez que je ne partage pas du tout l’opinion qu’il faille « défendre » ce délicatissime iguane d’une quelconque concurrence sexuelle! Alors l’argent du contribuable, mon argent, est utilisé à tenter d’empêcher l’iguane soit-disant commun de se reproduire! Sidérant! Les théories aryennes appliquées aux iguanes par quelques UICNistes eugénistes. Alors je devrai expliquer à mon pote du Zambèze ou de la Corrèze que ses excursions génétiques ne sont pas les bienvenues dans nos îles!
    On frise l’absurde à la lecture de « Des formations à la capture ont donc été organisées à destination des services techniques et des gendarmes de La Désirade. Formations efficaces : depuis fin 2016, 13 iguanes communs y ont été capturés ». Ainsi donc 13 malheureuses bestioles qui avaient le tort d’être « communes » ont été attrapées à grands frais en 3 ans, soit une moyenne délirante d’un iguane par trimestre, après une formation « efficace » aux dépens du contribuable commun. Mais que fait donc la cour des comptes! De Funès au secours!!!
    De grâce laisser donc copuler ces braves bêtes et que le meilleur gagne! Utilisons nos précieuses ressources à protéger des espèces que l’action de l’homme met réellement et activement en voie d’extinction.

  3. Dario dit :

    Bonjour Raymond,
    Reçois tous mes vœux pour cette nouvelle année 2019 Que tu sois en bonne santé avec de la joie partagée avec tes amis et ta famille.
    Pourrais-tu STP nous dire un peu plus sur la différence exacte des 2 sauriens ? Si tu as des photos ? Sinon quel est le véritable danger on a un peu de mal à comprendre ? Merci de nous éclairer un peu plus sur le sujet.
    A bientôt

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