Han Kang obtient le prix Nobel de littérature

Han Kang succède à Jon Fosse en devenant le 116e récipiendaire du prestigieux prix. Elle est la première Sud-Coréenne à remporter le prix Nobel de littérature.

La romancière et poétesse sud-coréenne Han Kang, ici photographiée en 2019, a été récompensée par le prix Nobel de littérature jeudi 10 octobre 2024. © Yonhap News – Newscom – Sipa

Le jury a livré son verdict. Han Kang a obtenu le prix Nobel de littérature ce jeudi 10 octobre, l’une des récompenses les plus prestigieuses de la planète. La Sud-Coréenne devient ainsi la 116e personne à recevoir la distinction, succédant au dramaturge norvégien Jon Fosse, primé l’an passé. Le secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise a révélé le lauréat ce jeudi 10 octobre à 13 heures. Plus tôt dans la semaine, les prix Nobel de chimie, de physique et de médecine avaient déjà été décernés.

Han Kang, qui écrit poèmes, nouvelles et romans en coréen, a été récompensée « pour sa prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine », a expliqué le jury dans un communiqué. Parallèlement à l’écriture, elle s’est également consacrée à l’art et à la musique, ce qui se reflète dans l’ensemble de sa production littéraire.

L’autrice, née le 27 novembre 1970 à Gwangju en Corée du Sud, a « une conscience unique des liens entre le corps et l’âme, les vivants et les morts, et, par son style poétique et expérimental, elle est considérée comme novatrice dans le domaine de la prose contemporaine », a dit devant la presse le président du comité Nobel Anders Olsson.

Han Kang a percé au niveau international avec son roman La Végétarienne(2007). Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes du refus de sa protagoniste Yeong-hye de manger de la viande, entraînant son rejet brutal par son entourage. C’est la première Sud-Coréenne à remporter le prix Nobel de littérature.

Han Kang recevra son prix le 10 décembre

Chaque année, l’institution séculaire reçoit plus de 300 candidatures, qui ne sont pas écrites de la main de l’auteur qu’elles soutiennent. En effet, il n’est pas possible de proposer soi-même son nom à l’Académie. Ne sont valables que les candidatures citant un auteur vivant ayant publié dans l’année, et ayant été reçu au 31 janvier au plus tard. Les dix-huit membres du jury sélectionnent ensuite quinze noms, puis réduisent la liste à seulement cinq avant de désigner le vainqueur, « auteur de l’ouvrage littéraire le plus remarquable d’inspiration idéaliste », selon le testament d’Alfred Nobel, le créateur de la récompense.

Outre la gloire inhérente à la récompense, le Nobel de littérature s’accompagne du versement de 11 millions de couronnes suédoises – soit 960 000 euros – à son lauréat. Boris Pasternak en 1958 (sous la pression du gouvernement soviétique) et Jean-Paul Sartre en 1964 sont les seules personnes à avoir refusé le Nobel et sa dotation.

Comme le veut la tradition, la lauréate recevra son prix le 10 décembre prochain, jour de l’anniversaire d’Alfred Nobel.

Par Antoine Bouchet avec AFP

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Source : AFP et Magazine Le POINT du Jeudi 10 octobre 2024

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Terre-de-Bas a sa Miss Guadeloupe

Après Rébecca Érivan et Chloé Déher, toutes deux originaires de Terre-de-Haut et respectivement Miss Guadeloupe en 2008 et 2013, voici, le tour de notre voisine Terre-de-Bas d’avoir sa Miss Guadeloupe. Elle s’appelle Moïra André et a été élue le dimanche 15 septembre 2024 au Palais des Sports du Gosier en présence de plusieurs centaines de personnes.

Voici comment France tv info – Guadeloupe la 1ère relate l’événement :

« Le couronnement de Moïra André est venu conclure un après-midi riche en émotions. Les prestations visuelles étaient époustouflantes, mais ce sont la grâce et la personnalité de la nouvelle Miss qui ont fait la différence. 

Depuis le début des préparatifs, Moïra était perçue comme l’une des favorites. Ce dimanche, elle a conquis le cœur du public et du jury, composé notamment de quatre anciennes Miss Guadeloupe devenues Miss France : Véronique De la Cruz, Corinne Coman, Clémence Botino et Indira Ampiot. Ces figures emblématiques ont non seulement inspiré Moïra, mais ont également contribué à sa détermination tout au long de la compétition.

Nos quatre étoiles étaient là ce soir donc il faut que je leur fasse honneur en faisant un très beau parcours à l’élection de Miss France.

Moïra se projette déjà dans son rôle de Miss Guadeloupe. Son souhait est d’incarner une miss moderne, engagée et pétillante, tout en restant accessible et inspirante pour les plus jeunes. « Je veux montrer aux petites filles qu’il faut croire en leurs rêves« , a-t-elle déclaré après sa victoire. Elle entend aussi défendre les causes qui lui tiennent à cœur, en particulier les problématiques numériques, domaine dans lequel elle excelle, forte de son Master en e-commerce et de son poste de conseillère numérique au Département.

Ambassadrice de la Guadeloupe mais également de Terre-de-Bas

Originaire de Terre-de-Bas, moins touristique et plus discrète que sa voisine Terre-de-Haut, Moïra André souhaite profiter de son élection pour valoriser son île natale.

Je suis très fière de ramener la couronne à Terre-de-Bas. Une commune qui est malheureusement très peu représentée à l’élection de Miss Guadeloupe. Donc j’espère que mon règne mettra un peu de lumière sur mon île qui regorge de richesses et qui est très belle. 

Le retour de Moïra à Terre-de-Bas promet d’être une grande fête, marquant un moment de fierté pour toute l’île, son « joyau » qu’elle invite à découvrir.

Terre-de-Bas est un peu plus calme que sa sœur jumelle qui est plus touristique. Mais Terre-de-Bas a ses richesses comme le bois d’Inde, l’histoire du (chapeau) Salako, les tourments d’amour, les limbés (sorte de doucelettes à base de tamarin) aussi. Donc venez visiter, venez goûter nos spécialités, venez nous rencontrer. »

Arrivée de Moira à Terre-de-Bas après son couronnement

Et pour finir, ce poème de Franz LINOT Milano
1er Vice Président des Mille Fleurs 
Terre de Bas les Saintes

À Moira André, Miss Guadeloupe 2024 :
Éclat de Terre-de-Bas et Héritière d’Excellence

Dans la baie des Anges, au cœur des Saintes,  
Naissent des femmes aux beautés éclatantes,  
Leurs regards profonds, reflets d’un ciel azur,  
Captivent l’âme, d’un charme doux et pur.

Moira André, éclat des temps anciens,  
Héritière d’excellence, d’un destin aérien,  
Par ta beauté rare et ta grâce intellectuelle,  
Tu incarnes l’histoire, une force éternelle.

Sous le souffle des vents et le chant des marées,  
Tu es perle précieuse, de mille étoiles parée,  
Ton sourire radieux, tel un rayon doré,  
Illumine les flots de ton éclat sacré.

Muses des vagues, sirène envoûtante,  
Dans tes yeux brille une lumière élégante,  
Ton nom, Moira André, est l’écho des siècles,  
Rappel historique d’un charme sans obstacle.

Terre-de-Bas, où l’histoire se mêle aux flots,  
A vu grandir cette fleur dans son écrin d’échos,  
Des familles nobles, en quête d’épouses de rêve,  
Ont vu dans ta lignée, des trésors qui s’élèvent.

Ta peau, comme l’or, par le soleil caressée,  
Ta prestance subtile, un art à jamais sculpté,  
Tu es l’âme des îles, en grâce façonnée,  
Reine des flots, dans les eaux couronnée.

Ô Moira André, éclatante et fière,  
Tu portes en toi la mer, le ciel et la terre,  
Ton nom résonne dans l’océan des mystères,  
Beauté saintoise, rêveuse de lumières.

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Nous remercions journalistes et photographes pour leur contribution, Marc-André Bonbon pour son transfert, et félicitons chaleureusement Moïra André pour son couronnement en lui souhaitant bonne chance lors de l’élection de Miss France 2025 prévue le 14 décembre prochain au Futuroscope dans la Vienne..

Publié par Raymond Joyeux
le mardi 24 septembre 2024

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Quand science et poésie se rejoignent

C’est le Prix Nobel guadeloupéen de Littérature, Saint-John Perse, qui déclarait dans son discours de Suède le 10 décembre 1960 :

«  Du savant comme du poète, c’est la pensée désintéressée que l’on entend honorer ici. Qu’ici du moins ils ne soient plus considérés comme des frères ennemis. Car l’interrogation est la même qu’ils tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes d’investigation différent.« 

En illustration de cette déclaration, j’ai le plaisir de vous présenter un poème inédit de Bernard S. Bonbon, écrit voilà 40 ans, dont j’ai tenté, bien modestement, de faire l’analyse que vous découvrirez à la fin de cette chronique littéraire.

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L’auteur

On ne présente plus Bernard S. Bonbon, mathématicien et scientifique de renom,
originaire de Terre-de-Haut (Saintes) en Guadeloupe.
Après de brillantes études à Paris, il a consacré son existence à la recherche en Sciences de l’Art et en Sciences Appliquées.

Éminent spécialiste des problèmes mathématiques de l’espace visuel, il est l’auteur de pas moins de huit ouvrages référencés dans le monde.
Sélectionné dans le Top 2% des meilleurs chercheurs en Sciences Appliquées, il a été nommé Chevalier dans l’Ordre National du Mérite en 2016 par décret du Président de la République.

Son dernier ouvrage paru aux éditions l’Harmattan en 2023, qui s’intitule Géométrie parabolique tridimensionnelle ou Perspective parabolique, réalise le souhait du mathématicien Henri Poincaré (1854-1912) qui espérait qu’un jour un savant inspiré découvrirait le secret de la représentation de la quatrième dimension. C’est chose faite aujourd’hui grâce à notre compatriote et ami Bernard S. Bonbon !
Mais en plus d’être le savant mondialement reconnu que l’on sait, Bernard est aussi poète à ses heures. Jugez-en plutôt :

Le crépuscule des Saintes

Le visage calme offert à la caresse du vent,
Alors que du « canal » arrive un bateau blanc,
Je regardais là-bas se coucher le soleil
Qui donnait à mon île une beauté sans pareille.

Les rayons lumineux glissaient au ras des flots,
Ils incendiaient la baie, illuminaient le port.
Les barques, sur le sable semblaient jouir du repos,
Alors que doucement ma belle île s’endort.

Le soleil maintenant n’est plus qu’un disque d’or,
En équilibre parfait sur la ligne d’horizon,
Entre l’azur et l’eau, hésite-t-il encore ?
Le choix est impossible. C’était une illusion.

Il s’est paré enfin de son habit de nuit :
De légers nuages roses, et par endroits très gris.
Le bateau en passant, un instant m’a surpris,
Alors que lentement il arrivait sans bruit.

Le ciel s’est embrasé, la mer s’est assombrie
Et la longue silhouette de l’Ilet aux cabris »,
Après une journée qui fut belle et tranquille,
Semble être un lourd rideau abaissé pour la nuit.

Elle était déjà là, patiente et un peu pâle,
Cette pleine lune des Saintes qu’accompagne une étoile,
Messagère d’une nuit sereine et tranquille,
Comme le sont toujours, toutes les nuits de mon île.

Bernard S. Bonbon

***

Sur un poème de Bernard S. Bonbon

Comme l’indique son titre, ce poème évoque un moment privilégié du cycle cosmique journalier vu et apprécié par un observateur immobile, sensible à la beauté d’une nature exceptionnelle dans une de ses manifestations les plus pittoresques : le coucher du soleil. Pittoresque étant à prendre en son sens étymologique : digne d’être peint. Et c’est en effet un véritable tableau que nous offre avec justesse Bernard Bonbon, Plume d’or et Médaille d’or internationales des lettres.

Ce qui frappe d’emblée à la lecture de ce beau texte, c’est la progression tout en douceur des étapes du crépuscule. Par petites touches subtilement colorées, l’auteur non seulement nous transporte sur les lieux d’implantation de son chevalet, mais nous donne à voir en direct le sujet central de sa peinture : l’astre du jour en son déclin. Sujet central certes mais auquel sont associés tous les éléments du décor : le vent, le bateau, les flots, la baie, les barques, l’îlet, la lune et sa fidèle étoile-rémora Antares… et, bien entendu, l’île originelle elle-même, non comme décor cette fois, mais comme toile de fond de l’ensemble de la composition. Car ce n’est pas un crépuscule ordinaire qui est décrit ici par le poète, même s’il est majestueux, mais LE crépuscule des Saintes, titre et véritable sujet du poème. Hommage de l’auteur à ses origines insulaires dont on sent qu’elles ont pétri très tôt son imaginaire et sa sensibilité.

De facture toute personnelle, l’architecture interne de la poésie de Bernard Bonbon, en tout cas dans ce présent texte, en dehors de la structure fixe en quatrains et de la présence des rimes, s’affranchit le plus souvent de la rigidité des règles établies de la versification classique. On trouve ainsi en alternance des alexandrins réguliers avec césure à l’hémistiche et des vers de 11 voire de 13 syllabes, comme si l’auteur faisait sienne, volontairement ou non, l’injonction de Verlaine dans son Art poétique :

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose…

Les puristes, inconditionnels de la métrique orthodoxe et du précis académique de versification, oubliant Verlaine, prétendront, j’imagine, que le texte de Bernard Bonbon pécherait par une absence de rigueur dans la composition et par l’alternance improbable de vers réguliers et irréguliers qui nuiraient selon eux à l’unité conceptuelle et à l’harmonie architecturale et musicale de son poème. Mais c’est oublier aussi que l’artiste est maître de son pinceau et de son art, et qu’il n’a que faire d’une structure préétablie qui enfermerait son inspiration dans un cadre formel qu’il considère comme réducteur.

Quant aux images nées de cette inspiration, on peut noter quelques-unes qui devraient ravir les connaisseurs, en particulier, parmi d’autres, celles de l’îlet à Cabris présenté comme un lourd rideau abaissé pour la nuit, ou encore la pleine lune messagère d’une nuit sereine et tranquille…

Mais le point d’orgue de cette imagerie poétique, selon nous, c’est certainement celle qui décrit le soleil, sur le point d’atteindre son hypogée, comme un disque d’or en équilibre parfait sur la ligne d’horizon. Et quand on connaît l’éblouissante carrière de scientifique de Bernard Bonbon, spécialiste mondialement connu et reconnu de l’ellipse et de la géométrie parabolique, on ne s’étonnera pas de trouver ici une telle image, nous montrant le soleil qui semble hésiter entre l’azur et l’eau…

 Choix impossible nous précise l’auteur – C’était, dit-il, une illusion ! Mais ce n’est pas par hasard que ce vers se situe au milieu du poème comme ligne de partage entre le jour qui s’enfuit et la nuit qui s’apprête à prendre la relève.

Pour conclure cette brève et très incomplète analyse, on observera l’omniprésence de l’auteur tout au long du poème, comme l’épicentre de la composition : « le visage calme, je regardais, mon île, ma belle île, le bateau m’a surpris, mon île...  » présence qui nous renvoie à un célèbre tableau de la peinture traditionnelle chinoise où l’on voit évoluer un personnage au milieu d’un décor de montagne et qui semble être le point central de la composition en dépit du gigantisme du décor qui l’entoure. Et là, c’est loin d’être une illusion !

Raymond .Joyeux, 15 octobre 2023

Photo Raymond Joyeux – Crépuscule sur l’Îlet à Cabris -Terre-de-Haut

Publié par Raymond Joyeux
Le Lundi 16 septembre 2024

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TERRE DE BAS DES SAINTES  : UN RICHE PASSÉ

Je remercie Marc-André, mon ami et correspondant de Terre-de-Haut de m’avoir transmis cette page d’histoire méconnue de Terre-de-Bas, notre voisine saintoise, trop souvent injustement mise à l’écart.

Publié sur le site : https://www.terredebas.com/histoire, sans précision d’auteur, ce texte comblera, je l’espère, une lacune dans notre connaissance du passé de notre archipel, pour la plus grande satisfaction du grand public et des amateurs avides d’Histoire locale. 

Présenté sans illustrations, pour compléter votre besoin d’images, je vous invite à vous rendre sur le blog d’Emma blog trotter où des commentaires magnifiques et de superbes photos grand format vous attendent.

https://www.vlogtrotter.com/fr/blog_escapade-a-terre-de-bas-le-depaysement-ultime-aux-saintes_122

R.J.

L’héritage amérindien

Avant la colonisation européenne l’archipel des Saintes fut déjà un lieu de passage pour les Amérindiens. Ceux-ci y ont laissé les traces de leur passage  : poteries, herminettes en conques de lambis utilisées pour l’abattage des arbres se trouvent encore facilement. Les Saintes (Caaroucaera) comme Marie-Galante (Aulinagan ou Aïchi) voient la constitution de jardins dans lesquels les Amérindiens pratiquent  la culture du coton ou du manioc.

Le témoignage le plus probant de leur passage est le village amérindien établi à Grande Anse, près du lagon. Ce village  a été daté par les archéologues de l’université de Leyde aux Pays-Bas de la première moitié du 13ème siècle. Le corps  d’un chef arawak repose encore sur les lieux. 

Terre de Bas entre dans l’histoire avec Christophe Colomb qui découvre l’archipel le 3 Novembre 1493 lors de son second voyage.

L’archipel demeure cependant un territoire Caraïbe, jusqu’au milieu du 17ème siècle. Les Français tentent à plusieurs reprises d’y établir des colonies. Mais cela demeure très difficile. C’est après 1660 que la colonie s’établit définitivement, sous la direction de monsieur Desmeuriers  premier commandant militaire du quartier des Saintes.

Les débuts de la colonisation  :

Le berceau de la colonisation est Grande Anse. Le mouillage des Saintes est l’espace maritime situé en face de la plage, entre la Pointe Noire, l’Ilet à Cabrit et le Pain de Sucre. Les vaisseaux mouillent au large et les passagers descendent en chaloupe, soit à Terre de Bas, soit à Terre de Haut.

Les 400 habitants, en majorité des blancs, vivent de la production des vivres (pois et maïs). Un intense trafic se fait aussi avec les pirates ou corsaires qui viennent échanger les produits de leurs prises et se ravitailler discrètement la baie des Saintes.

Contrairement à une légende aussi bien établie que totalement fausse, les premiers colonisateurs ne sont pas bretons, mais originaires de Normandie,  de la région charentaise, et accessoirement du reste du royaume de France.

Un détail  : la présence d’une demi –douzaine de familles d’origine hollandaise, dont certains patronymes sont bien présents dans l’île.

Il n’existe pas de bourg. Chaque propriétaire réside sur sa plantation. Il y travaille et s’y fait enterrer, à sa mort. La population se rassemble le dimanche pour écouter l’office. Le curé des Saintes  réside à Grande Anse où se trouve la chapelle

18ème siècle  : l’essor de la poterie

Faire la liste des différents propriétaires de la poterie entre 1750 et 1850 c’est citer les Saintois qui comptent à cette époque  : Mézard, Classe, Deher, Sainte-Marie-Grizel. Pourtant c’est la venue de Fidelin qui va donner son essor à la poterie. Celle-ci est située à Grand Baie. Très tôt elle va employer 150 personnes,  soit 1 habitant de l’île sur 4.

La poterie  produit avant tout des formes pour les pains de sucre. Cette production est absolument nécessaire pour les habitations sucrières de l’époque. Le système de poteries de Terre de Bas (il y en a 3 en tout) ajouté à celui de Fidelin à Trois Rivières est au centre d’un commerce intracaribéen visant à approvisionner sans doute des centaines d’habitations sucrières (celles qui ne possédaient pas elles-mêmes une poterie sur place.

A part la poterie et les vivres, de nouvelles spéculations apparaissent  : l’indigo, le café et le cacao. Terre de Bas produit un excellent moka dont on peut encore voir les derniers restes en divers points de l’île. (Napoléon Bonaparte ne voulait que du café de Terre de Bas à sa table et Louis XVIII l’imita en cela).

Sont témoins de ce passé une série d’habitations montrant l’aisance des  gros propriétaires fonciers  : poterie de Grand Baie, Habitation L’Etang, habitation Leroy Prudent, habitation Houëlche à l’Anse à Chaux.

Beaucoup plus dégradés sont la maison des Lasserre à Case Cap, ou Dèhiè Ca Paul (la Canelière), sans compter les nombreuses ruines dont l’histoire populaire a oublié les noms de propriétaires.

19ème siècle : l’essor des bourgs.

Le premier bourg de l’île est Petites Anses, fondé en 1817 par Sainte-Marie-Grizel. Le principal habitant de l’île y fait construire la première église et dote les prêtres de biens fonciers destinés à assurer leur subsistance  : ce qu’on appelle les Tè à pè (terres curiales) sont situées depuis le cimetière et couvrent une bonne  partie sud du Bourg. Le rôle déterminant des Grizel est rappelé par la plaque de marbre située au cimetière à Petites Anses.

Le bourg de Grande Anse naît lui de l’abolition de l’esclavage. Les environ 150 à 180 personnes travaillant et habitant sur la Poterie vont se retrouver à Grande Anse.

Les bourgs se développent et les habitants se tournent vers une autre activité, la pêche. Les Saintois qui étaient avant tout agriculteurs, à la notable exception des activités potières trouvent dans les métiers de la mer une autre source de revenu.

Les deux bourgs ont des relations différenciées avec l’extérieur.

Les deux anses de Petites Anses sont bien protégées des vents dominants et assurent une liaison facile avec la capitale de l’île, Basse-Terre.

Grande Anse lui est tout proche de Terre de Haut qui possède  sur place le minimum d’équipements qui  trop souvent fait défaut à Terre de Bas. Terre de Haut est plutôt tourné vers Trois-Rivières et Capesterre, capitale politique du canton dans lequel les Saintes sont englobées.

N’oublions pas les plantations de Bois d’Inde qui ont donné naissance à au moins deux distilleries, l’une à Grand Baie, site de la poterie et l’autre dans les années 1920 à Petites Anses dans Fond

1950  : le monde moderne débarque

Electricité, moteurs marins, automobiles, réfrigérateurs  : ces «  nouveautés  » technologiques débarquent à Terre de Bas au tournant de 1950. Ces nouveautés changent la vie des 1500 Saintois de Terre de Bas, rendant la vie moins dure, et les revenus tirés de la pêche plus conséquents car moins aléatoires. Le poisson peut être conservé plusieurs jours. On peut aussi aller plus loin. La forme du canot saintois change

. Les anciennes embarcations marchaient à la voile et  devaient «  monter à la lame  », les canots actuels ont un fond plus plat et doivent fendre les vagues.

A ce moment Terre de Haut mieux équipée se lance dans l’activité touristique, ce qu’à Terre de Bas on néglige. Cependant, ce retard dans l’activité touristique nous permet aujourd’hui d’offrir un cadre naturel peu touché par l’homme.

De son passé, Terre de Bas nous lègue les témoignages de sa splendeur passée  : nombreuses ruines d’habitations créoles, patrimoine naturel in comparable, plantes  du passé, plantations de café et de cacao, forêt de Bois d’Inde.

C’est au visiteur de savoir s’approprier l’usage de ce bien commun que nous saintois de Terre de Bas avons conservé pour lui.

Quelques saintois célèbres  :

Les commandants militaires Desmeuriers (17ème siècle), Rivière (début du 18ème siècle) et Sainte-Marie-Grizel (fin 18ème/début 19ème siècle)

Edouard L’Etang, créateur de la dynastie des L’Etang, qui donna deux maires à la commune (Justinien et Eugène L’Etang au 20ème siècle )

Les armateurs Gérard Petit, Maximin Nadille et Victor Vala qui ont ouvert la voie à l’armement Brudey Frères au cours du 20ème siècle.

Mentionnons enfin deux intellectuels de haute tenue  :

Eloi GERMAIN, directeur d’école
Monseigneur MAGLOIRE, 1er prêtre noir guadeloupéen, 1er évêque guadeloupéen dont la personnalité abrupte et les qualités humaines ont éclairé la vie de l’Eglise catholique guadeloupéenne entre 1930 et 1980.

***

Un grand merci encore une fois à Marc-André pour sa transmission, à l’auteur inconnu de cette page d’histoire et à Emma Blog Trotter pour les superbes photos de Terre-de-Bas publiées sur son blog.

Publié par Raymond Joyeux
le 12 septembre 2024

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Adieu Gégé

C’est avec tristesse que nous avons appris ce mardi 20 août 2024 le décès de notre compatriote Gérard Molinié, dit Gégé, à l’âge de 89 ans.

Pour évoquer cet ancien marin-pêcheur hors pair, ami de tous, bien connu et considéré à Terre-de-Haut, je me permets, avec la permission de son auteur, de publier l’hommage que Joyeux de Cocotier lui a rendu sur sa page personnelle, avec sa verve et son style habituels. Hommage auquel je m’associe.

Mardi 20 août 2024,

Mon ami Jocelyn vient de m’annoncer que Gérard Molinié est décédé.

Gégé et Joyeux de Cocotier.

Une figure des Saintes, Terre-de-Haut. Moune l’Anse Mire, très grand marin- pêcheur. Gérard était une belle personne et c’est toujours triste quand un ami s’en va.

Gégé c’est aussi mon enfance, avec beaucoup de souvenirs. J’ai même chanté une de ses chansons : Nou ké bwè, nou ké sou avè lajan an nou, qui est sur un de mes albums, version blues.

La dernière fois que j’étais aux Saintes, chez lui avec ses enfants et la famille, route du cimetière, nous avons fêté son anniversaire. Je suis allé chercher ma guitare pour lui chanter sa chanson. Nous avons passé un après-midi avec la famille à chanter et à boire quelques ti punchs. Notre Gégé était déjà très fatigué. Aujourd’hui, Gérard Molinié, un grand Saintois, est parti rejoindre le paradis blanc.

Paix à son âme, condoléances à ses enfants, à sa famille et à ses amis proches.
Mon Gégé, nou ké bwé, nou ké sou avè lagen an nou * yesyesyes.

*Nous boirons, nous nous soulerons avec notre argent.
Gérard Molinié, ou pé di sa. Sa sé boug an nou.

Joyeux de Cocotier

***

Personnellement, je présente mes plus sincères condoléances à la famille de Gérard Molinié, à ses enfants et à ses proches. Avec le départ de Gégé, c’est un personnage mythique que perdent les Saintes et Terre-de-Haut en particulier. Adieu l’ami.
R.J.

Publié par Raymond Joyeux,
le jeudi 22 août 2024

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Terre-de-Haut, une exposition de haute tenue : la photographe Claire Jeuffroy à l’honneur

À l’initiative conjointe d’Alain JOYEUX, de la Galerie Île-Art, et de la photographe Claire JEUFFROY, c’est une manifestation hors du commun qui nous est proposée à Terre-de-Haut jusqu’au 31 août de cette année 2024.

Pour le plaisir, je vous invite à prendre connaissance du reportage que le journal France-Antilles a consacré à cette exposition…. Mais surtout, si ce n’est déjà fait, à vous rendre en masse à la Galerie ÎLE-ART, 50 Rue Benoît Cassin à Terre-de-Haut, pour y admirer les remarquables photographies sous-marines de Claire Jeuffroy.

Outre le talent exceptionnel de Claire, vous y découvrirez en effet la richesse insoupçonnée de la faune et la flore sous-marines de notre région, mises en valeur par des clichés jamais réalisés à ce jour dans les eaux de notre archipel et pour lesquels notre photographe a maintes fois été primée.

Si cette exposition a pour vocation première de nous faire admirer cette richesse, elle nous invite aussi à prendre conscience de sa fragilité et de la nécessité urgente de la préserver.

À ce propos, vous lirez avec intérêt, j’en suis persuadé, la réflexion d’Alain Joyeux, jointe à ce dossier… En attendant les mesures qui seront préconisées à l’occasion d’une table ronde sur le sujet prévue sous peu, avec la participation de Claire Jeuffroy, invitée à juste titre par M. Louly Bonbon, maire de Terre-de-Haut, présent au vernissage de l’exposition le 10 août dernier.

Bonne expo à toutes et tous… et à bientôt pour une nouvelle chronique.

Raymond Joyeux

De la nécessité d’une collaboration active et responsable entre tous les intéressés

Par-delà la beauté des vues photographiques qu’elle partage à travers cette exposition et ses ouvrages, le rôle  de Claire Jeuffroy est important comme « sentinelle » du milieu naturel sous-marin saintois, car sa présence régulière sur les sites sous-marins du littoral mais aussi de Cabri, de Grand-ilet, de la Coche et des Augustins, de la Baleine et du Sec-Pâté, permet de rendre compte par la photographie de leur beauté et de la richesse de leur biotope, mais aussi d’alerter lorsque celui-ci est mis à mal.

Sa démarche écologique-sensible la confronte naturellement avec les premiers usagers « traditionnels » de la mer, les marins-pêcheurs, qui revendiquent parfois la mer comme leur propriété, tant cette pratique vitale est ancrée au cœur de l’archipel et des îles en général. Les pêcheurs sont normalement et par principe les premiers protecteurs de la mer tant il est vrai qu’elle est leur gagne-pain et première ressource depuis des générations.

Cela dit, la course au profit ne les épargne pas et certaines pratiques et techniques pas toujours maîtrisées (dur métier) créent « des dommages collatéraux » sur le milieu. Certains pêcheurs  n’apprécient bien-sûr pas d’être pointés du doigt comme étant par exemple responsables de la raréfaction des tortues, à cause notamment de filets perdus ou de folles à lambis les prenant dans leurs mailles.

Il ne s’agit pas d’opposer écologie et pêche. il s’agirait plutôt de continuer à associer ces termes dans une vue commune : « responsabilité » . Dans son action de sensibilisation pour la protection du milieu marin, Claire Jeuffroy alerte également sur l’utilisation abusive de certaines zones sensibles et fragiles du littoral comme le mouillage des bateaux de plaisance (entre autre la zone entre Pain de Sucre et Morne Rouge où le libre mouillage est encore permis) dont l’ancrage, fers et chaînages trainés endommagent parfois de façon irréversible les récifs, les coraux et leurs habitants. Son  travail d’observation est aussi une action de veille vigilante. Les autorités concernées n’ont parfois pas les moyens de faire ce travail colossal de surveillance et ne prennent pas toujours en compte les observations rapportées, se bornant au mieux  à produire des rapports ou signalements qui sont malheureusement souvent sans effets (ou effets encore attendus…), rapports sans doute perdus dans les labyrinthes administratifs ?

De fait, ces autorités publiques tardent également trop souvent à engager des actions qui sont pourtant dans certains cas urgentes, à régler dans l’immédiat. Il  n’est bien sûr pas question de jeter la pierre à qui que ce soit, étant conscient des limites de ces juridictions et des freins des procédures interminables ; des années parfois pour obtenir un financement et aller au bout d’un petit projet… 

Tout cela pour dire qu’il importe de soutenir le travail transversal des « amateurs », des bénévoles, des amoureux de la nature et de l’art, comme Claire Jeuffroy et de tous ceux qui engagent souvent des milliers d’heures incognito sur leur temps libre pour une noble cause : ici celle de la Mer. 

Ces « amateurs » peuvent réellement aider, travailler de concert avec les « professionnels » et officiels… Nous voyons une fois encore, ici avec l’engagement de Claire, le rôle majeur des observateurs indépendants pour tenter de sensibiliser la population sur des aspects peu connus et néanmoins majeurs de leur cadre de vie. Ses photographies, par leur aspect documentaire, vont ainsi  au-delà de la dimension artistique-esthétique, qui est ici remarquable, il faut le souligner, dimension qui simplement nous réjouit, nous éblouit, à travers cette exposition. Merci à elle d’avoir accepté d’exposer dans l’espace saintois ILE-ART… « ILe Aw' » en créole (Ton île !)

Comme le souligne J.M. G. Le Clézio :

« Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis »

Alain Joyeux

Les photographies sont de Claire Jeuffroy

Publié par Raymond Joyeux
le lundi 19 août 2024

Publié dans Environnement | 3 commentaires

Mickaël s’en est allé…

Mickael à 5 ans. Ph. R. Joyeux

Hé, Mickaël, mon neveu, qu’est-ce que tu nous as donc fait en cette veille du 14 juillet 2024 ? Parti si tôt rejoindre ton père Joseph ! On n’a pas idée ! Tu n’pouvais pas attendre encore un peu, non ? Oh, c’est vrai, lui-même nous a quittés, quand toi tu n’avais que 14 ans. Ce n’était pas non plus un cadeau à faire à l’ado que tu étais, ni à Line, ta maman, ni à ta mamie de 82 ans, ni à nous tous, sa famille… 

Et toi, à la veille de tes 40 ans, voilà que tu suis son exemple. Que tu nous tires la langue et nous fais le même mauvais coup que lui, le même faux bond inattendu. Comme déconneurs, vous n’étiez pas tous les deux en reste, mon frère Joseph et toi, son fils. Et pour votre dernière connerie, vous vous êtes fait attraper et mordre tous les deux par le crabe, cette odieuse créature du diable qui ne connaît ni âge, ni raison !

Mickaël, chemise bleue, au mariage de sa cousine Sandrine en 1998, à Solliès-Pont (Var)

La déconne et la convivialité, voilà, entre autres, les traits de caractère que tu as hérités de ton père Joseph qui t’aimait plus que tout. Et tout compte fait, ce n’était pas un si mauvais héritage. Car de la vie, même trop courte, pour lui comme pour toi, vous en avez, tous les deux, tiré le meilleur. Et ce ne sont pas tes proches ni tes amis qui me démentiront. Ils et elles sont si nombreux, si nombreuses, aujourd’hui à poster ta photo en leur compagnie, à te rendre hommage. Si nombreux à pleurer leur deuil, qu’il n’y a pas assez de place sur leur portable pour t’exprimer leur tristesse et leurs regrets, leurs mots de tendresse et de sympathie : Mickaël, la gentillesse ; Mickaël, la fidélité ; Mickaël, la gaité ; Mickaël, la serviabilité ; Mickaël le beau parleur ; Mickaël, le toujours souriant, le raconteur de blagues à faire plier les tablées entières, aux Pieds dans l’eau ou ailleurs…. Bref, Mickaël ceci, Mickaël cela. Toujours le positif en somme, car bien souvent dans ces cas-là on oublie le négatif, et c’est tant mieux. 

Mickaël à droite en croisière à Saint-Martin avec deux amis. Facebook de Mickaël

Mais chez toi, Mickaël, le négatif, il fallait fouiller bien loin, pour le trouver. Et encore ! Si minime. Ah oui, quand tu venais frapper à ma porte à une heure du matin, une bière à la main, un peu éméché, et que tu me disais : « Tonton Raymond, ce poème affiché sur ton frigo, Il faut toujours être ivre, c’est pour moi que tu l’as écrit. » « Mais non, Mickaël, ce poème n’est pas de moi. C’est un poème de Baudelaire. Il ne l’a pas écrit pour toi. Il l’a écrit pour lui, et pour nous, tous les hommes, pour nous faire oublier nos tracas. Et si tu observes, Mickaël, ce que dit le poète, ce n’est pas seulement d’alcool qu’il faut nous enivrer, mais aussi de poésie et de vertu… » Et là, tu ouvrais grand tes yeux, soulevais ta canette en souriant et me disais, malicieux : « Il ne dit pas de bière, alors, tonton Raymond ? » Voilà, c’était toi, Mickaël, mon neveu. C’était toi dans ta ressemblance parfaite avec ton père Joseph. Au fait, n’oublie pas de le saluer de ma part, de la part de ses camarades de bordées, de déconnades et de poissons grillés. 

Une soirée grillade avec Joseph, 2ème à partir de la gauche, et la complicité de Man Joubè. Ph. R.Joyeux

Comme nous tous, ta mère, Line, tes frères et sœurs, tes oncles et tantes, tes cousins et cousines, tes amis et amies si nombreux, si nombreuses, nous te saluons à notre tour pour ta dernière croisière.

Adieu mon neveu, repose en paix… et n’oublie pas ton smartphone, au cas où tu aurais une nouvelle blague à nous raconter… pour nous faire rire de la mort. Mais avant, si tu veux bien, laisse-nous sécher nos larmes.

Ton oncle Raymond

Mickaël, croqué par Bruno Coiffard. Facebook de Mickaël

Publié par Raymond Joyeux
le lundi 15 juillet 2024,

Jour d’inhumation de Mickaël

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Nouvelle publication

Amies lectrices, amis lecteurs, j’ai le plaisir de vous informer de la publication à compte d’auteur par Les Ateliers de la Lucarne de mon nouvel ouvrage : L’arbre du dromadaire. Ce récit au format A5, relate mes quatre années d’exil en France métropolitaine de 1960 à 1964. Édité en nombre restreint, il n’est disponible que chez l’auteur, au prix de 20 € (frais d’expédition compris). Pour toute demande s’adresser à : raymondjoyeux@yahoo.fr. Afin de vous mettre, je l’espère, l’eau à la bouche, je vous propose quatre extraits exclusifs des 192 pages de cette chronique. Merci infiniment pour vos encouragements.

Arrivée à Cannes- Septembre 1960
Page 29

J’ignore s’il existe aujourd’hui à Cannes des installations portuaires permettant aux navires de gros tonnage d’accoster pour embarquer et débarquer des passagers. C’est en tout cas en chaloupe que j’ai mis pour la première fois le pied sur le sol de France en cette fin septembre 1960. Mes yeux n’étaient pas assez grands pour savourer la majesté des paysages, l’extraordinaire beauté des lieux. J’ai alors pensé à mes amis des Saintes qui prétendent qu’il n’y a pas de plus beau pays que le leur. Oui, Terre-de-Haut, mon île natale, est certainement plus que belle… si l’on ne s’en tient qu’à ses seuls paysages, à la diversité harmonieuse de son relief, au sable immaculé de ses plages et des criques innombrables qui cisèlent son littoral en baies cristallines. Mais pour moi la beauté d’un site ne se réduit pas toujours à ce que nous offre généreusement la nature. L’homme, pour peu qu’il soit mesuré, respectueux de ce qui l’environne, peut contribuer par son art et son intelligence à rehausser cette beauté, à nous la rendre plus proche, plus accessible, plus aimable. Malheureusement, sa main trop souvent sacrilège, peut aussi enlaidir le plus beau des panoramas, saccager pour longtemps le plus pittoresque des paysages. Par des aménagements intempestifs, désordonnés ou incongrus, des détériorations dues à l’absence volontaire ou non d’embellissement et d’entretien du cadre de vie, par l’irrespect insoucieux de l’environnement, concept récent à l’époque mais qui englobe aujourd’hui davantage que signifiait alors ce terme. En débarquant à Cannes en cette matinée de fin d’été méditerranéen, époustouflé par tout ce qu’il m’était donné à voir, j’étais loin d’imaginer que j’allais au-devant d’autres merveilles qui devaient pour toujours imprégner mes sens et mon esprit. Et dès le premier jour, je me suis pris d’amour pour cette Côte d’Azur où j’allais vivre deux années de ma jeune existence.

Installation à l’institution : La Croix-Valmer- Septembre-octobre 1960
Page 35

Avant d’être conduits à nos logements respectifs, nous avons eu droit à une collation servie au réfectoire. Une immense salle à haut plafond, carrelée à l’ancienne, au fond de laquelle serpentait un escalier en marbre menant aux étages. Je découvrais pour la première fois une boisson au lait fermenté légèrement gazéifiée, le kéfir, spécialité de la maison qui allait nous être servie régulièrement les fins d’après-midi après les cours. Puis chacun a investi sa chambre au premier et second étages, selon une répartition préalablement établie dont les critères nous échappaient. La mienne était bien plus qu’une simple chambre. Spacieuse et orientée plein Est, elle donnait sur le parc, du côté opposé à la façade principale. Si bien que j’allais avoir droit tous les matins, dès le printemps, au lever du soleil à travers les branches ajourées des pins et autres chênes-lièges, végétation spécifique de la région.

Famille d’accueil en Saône et Loire Juillet 1961
Pages 80-81

Je me souviens de l’état d’esprit qui était le mien simplement en lisant le nom de ce village inconnu : Châtenay-sous-Dun. J’ignorais, bien sûr, ce que j’allais découvrir et dans quelle famille je serais reçu, mais cette dénomination m’avait tout de suite emballé et rassuré, et j’étais tout excité à l’idée de m’y rendre. J’avais eu la prémonition que je me retrouverais chez moi, aux Saintes, dans ma propre famille, et que de ce point de vue je ne serais ni dépaysé ni considéré comme un étranger. Je peux dire aujourd’hui que ce sentiment n’était pas une vue de l’esprit, une chimère, mais une réalité qui allait bien au-delà de tout ce que j’avais imaginé… et me réjouissais à l’avance de ce changement d’air et d’atmosphère : j’allais quitter l’ambiance vernissée, feutrée, studieuse et monastique du pensionnat pour me retrouver à l’air libre, battre la campagne, de la paille dans les cheveux, avec des champs à perte de vue, dans des odeurs de ferme, de foin coupé, de moisson, d’étable, d’écurie et de poulailler… Bonjour « veaux, vaches, cochons, couvées », j’allais vivre, à l’envers et pour de bon, l’aventure de Perrette et le pot au lait !

Service militaire : Lons-le-Saunier Septembre 1963Novembre 1964
Page 151-152

Une classe d’appelés chassant l’autre, les libérables qui nous avaient précédés, avant de rentrer définitivement dans leurs foyers à la fin de leur service, une énorme et ridicule quille en bois autour du cou, devaient rendre leur paquetage au grand complet, alors que nous, nouveaux arrivants, nous venions de recevoir le nôtre. Naïvement, j’avais étalé le contenu du mien sur le lit de la chambrée qu’on m’avait attribuée et revenais d’une boule à zéro règlementaire afin de me mettre en tenue pour la photo destinée à la carte d’identité militaire. C’est alors que je me suis aperçu que la vareuse que j’avais laissée sur un cintre à portée de main pour m’en vêtir rapidement, s’était volatilisée, l’espace d’un cillement, subtilisée sans doute par un quillard qui s’était fait lui-même chaparder la sienne ! Et c’est un sergent antillais, beaucoup plus athlétique que moi, qui m’a prêté sa veste pour la photo, ayant pris soin de dégrafer des épaulettes ses galons de sous-officier. Ainsi, c’est en flottant dans une vareuse trop large, que débutait ma période militaire, comme le symbole de cette parenthèse flottante qui allait me voler 14 mois de ma vie.

Publié par Raymond Joyeux
le mardi 2 juillet 2024

Publié dans Rétrospective, Témoignage | 2 commentaires

Voici la saison cyclonique…

Fin juin a débuté en zone Nord-Atlantique ce qui est convenu d’appeler la saison cyclonique. Pour coller à cette actualité météorologique, je vous propose ce poème et l’analyse qui le suit.

L’œil du cyclone

Lorsque le vent se lève
au nord de mon pays
s’inscrit la fuite des courants
à la lisière des hauts-fonds.

Et le ciel s’écartèle
aux quatre-temps de la saison
lorsque septembre en transe
en voile de mariée
gravit les marches du cyclone.

La mer, huilée
en tous ses muscles de lutteur
déploie sur toutes rives dévastées
ses grandes rages tapageuses.

Et le soir qui s’essouffle
à cerner l’œil de la tempête
grave l’espoir
au cœur de l’homme.

(L’analyse proposée ici n’est pas celle, classique, que l’on fait habituellement d’un poème, avec étude détaillée de la versification, des figures de style, de la musicalité et autres éléments littéraires spécifiques que comporte un texte de ce type. C’est simplement une approche globale tendant à faire comprendre la démarche de l’auteur à travers l’objectif qu’il s’est fixé et les moyens mis en œuvre pour l’atteindre et l’exposer au lecteur.)

1 – Genèse de la composition

Ce court texte a été écrit en 1975, en réaction à un très long poème sur le même sujet dans lequel l’auteur (dont j’ai oublié le nom) s’était appesanti sur les effets dévastateurs de cette catastrophe météorologique. 

Pour tenter de montrer que l’on pouvait faire plus court et plus efficace, en allant à l’essentiel, j’ai écrit l’œil du cyclone. En d’autres termes, j’ai recomposé le poème, que l’on pourrait sous-titrer : petite météorologie poétique, avec une stricte économie de moyens. Économie de moyens, à l’image même du phénomène dont les effets ne durent en réalité que peu de temps. Mais également en rapport inverse de ces effets qui détruisent tout sur leur passage et qui s’exercent, eux, sans aucune épargne d’expression. Par comparaison avec la réalité, ce poème est donc construit selon un double parallélisme : le premier, par sa brièveté, correspond à la rapidité relative du phénomène, comme une sorte de symétrie exacte dans leur géométrie commune ; le second inverse le rapport énergétique car la force du cyclone n’a aucune commune mesure avec le peu de mots utilisés pour l’exprimer et dépasse de loin, par ses effets son architecture verbale.

2 – Structure du poème

1ère strophe :  

Premier tableau : L’arrivée du cyclone 

Vent du Nord – Fuite des courants.  (L.1-3)

Deux éléments vécus et constatés, à la fois origine et conséquence du phénomène dépressionnaire à venir. Ces deux faits, aériens et maritimes dont le premier est la cause du second, se traduisent par une modification de l’état de la mer et de l’atmosphère, donc influent sur la géographie locale qui devient progressivement le champ de manifestations météorologiques d’une grande ampleur, face auxquelles l’homme est impuissant. Le vent du Nord, inhabituel dans cette zone insulaire généralement visitée par les paisibles alizés venus de l’Est, témoigne des premières bourrasques générées par l’avancée tourbillonnaire du cyclone. Cette manifestation est le signe avant-coureur de l’arrivée imminente du phénomène. La mer se désorganise et se prépare à fondre sur les côtes : fuite des courants, non pour échapper au désastre annoncé mais pour y participer et prendre sa part du festin eschatologique en préparation. Le vent qui se lève et le courant en fuite figurent en quelque sorte deux des quatre cavaliers de l’Apocalypse, les deux autres étant le ciel qui s’assombrit et l’orage qui menace, implicitement évoqués. 

2ème strophe :

Deuxième tableau : L’installation du cyclone.

Le ciel s’écartèle
aux quatre temps de la saison.  (L.5-6)

L’écartèlement, c’est l’image de l’agitation démesurée des nuages qui courent en tous sens dans le ciel. Il va de pair avec les quatre-temps liturgiques de la crucifixion, que le calendrier biblique fixe à la mi-septembre, date de la survenue de l’automne septentrional et période apogéique de formation des cyclones tropicaux en zone atlantique. Mais cet écartèlement du ciel et sa manifestation, la course effrénée des nuages, sont aussi le symbole de la vulnérabilité et de l’impuissance de l’humain face aux cataclysmes naturels en général et aux ouragans en particulier. Dénuement et souffrance qui, tant sur le plan psychique que physique affectent l’homme, lequel, inquiet, tiraillé entre ce qu’il lui faut entreprendre sans tarder pour se protéger et l’inconnu que représentent le passage et les effets du cyclone, ne sait à quel saint se vouer.

Lorsque septembre en transe
en voile de mariée, 
gravit les marches du cyclone 
(L 7-9)

Le cyclone installé poursuit son inéluctable progression. Septembre, féminisé et assimilé par métonymie au phénomène, est le mois cyclonique redouté par excellence ; c’est celui de l’alliance sacramentelle des éléments déchaînés contre la nature elle-même ; contre la géographie préexistante, prélude à une nouvelle géographie née de et dans la violence. Arbres déracinés, littoral remodelé, fonds marins saccagés, c’est une transformation radicale du paysage intérieur et extérieur. Paysage naturel mais aussi humain, car l’homme, pris dans les transes de septembre ne sort pas indemne de ce déchaînement des éléments, dont la lune de miel, suggérée par les transes, le voile de mariée et la montée des marches, n’était en réalité qu’une lune de fiel.

3ème strophe :

Troisième tableau : Les effets suggérés du cyclone

La mer huilée 
en tous ses muscles de lutteur
déploie sur toutes rives dévastées

ses grandes rages tapageuses.

Généralement quand on parle d’une mer d’huile, c’est pour signifier le calme absolu des eaux. Ce vers utilise la même comparaison mais en la prenant à contre-pied. Présentée comme un lutteur antique, dont le corps était huilé pour offrir moins de prise à l’adversaire, la mer au plus fort du cyclone, exhibe sa puissance destructrice sans rencontrer de résistance. C’est une lutte fratricide inégale entre, d’un côté, la nature paisible du paysage qui n’offre que sa fragilité placide en refusant le combat et, de l’autre, l’hostilité de cette même nature, aveugle et brutale, qui déploie sur toutes rives dévastées ses grandes rages tapageuses. L’évocation des effets du cyclone est concentrée en une seule phrase qui fait contraste, comme il a été dit plus haut, avec la puissance dévastatrice du phénomène. Chacun des termes de cette strophe suffit à renseigner le lecteur sur les effets de cette puissance aveugle. Nous sommes en plein dans la fonction majeure de la poésie qui est de suggérer plutôt que de décrire. C’est au lecteur de faire l’autre moitié du chemin en se servant de son imagination pour compléter le tableau. C’est à lui d’imaginer la nouvelle géographie modelée par la violence des éléments. Le poème a joué sa partition, il n’a pas à s’étendre au-delà de son rôle.

4ème strophe :

Tableau final : Déclin du cyclone et espoir de la délivrance

Et le soir qui s’essouffle 
à cerner l’œil de la tempête
 grave l’espoir au cœur de l’homme…
 (L.14-17)

Les forces élémentaires finissent par s’épuiser et le parcours en spirale du phénomène progressi-vement l’éloigne de son point d’impact. Le calme règne à nouveau, c’est l’œil du cyclone. Mais un calme provisoire. Le soir, symbole de paix, est choisi comme terme momentané de l’angoisse et des fracas engendrés par les intempéries. Le jeu de mots cerner l’œil de la tempête est bâti sur une double métaphore : les cernes au sens propre désignant les demi-cercles sombres sous les yeux qui indiquent fatigue et épuisement, l’approche de la nuit figure la couleur des cernes et renvoie à l’œil du cyclone, synonyme d’essoufflement des bourrasques et du vent. L’homme reprend espoir même s’il ne lui reste désormais qu’à contempler les dégâts. Il doit simplement veiller à ce que cet espoir ne soit pas vain car la tempête n’est peut-être pas complètement terminée et pourrait reprendre avec plus d’intensité.  Rien n’est sûr. Il ne faut pas baisser la garde et la protection des habitations doit être maintenue jusqu’au lende-main pour parer à une éventuelle reprise des forces de l’ouragan. C’est alors seulement qu’il pourra se trouver face à une nouvelle géographie qu’un prochain cyclone remodèlera à son tour. C’est le cycle cosmique toujours recommencé des saisons qui continuera son cours et que clôturera un nouvel espoir suivi lui-même d’une nouvelle géographie…

Conclusion : 

Des 43 poèmes qui composent les Poèmes de l’archipel publiés en 1986, L’œil du cyclone est sans doute l’un de mes préférés. Sa brièveté, qui consiste à traduire en peu de mots la quintessence d’une réalité complexe comme une manifestation cyclonique, (son développement, sa maturité, son déclin), représente à mes yeux ce que doit être la poésie : capacité objective d’évocation et pouvoir maximum de suggestion avec un minimum de moyens. D’un côté une géographie littéraire presqu’esquissée, mais suffisamment précise pour cerner le sujet, de l’autre une dynamologie naturelle extrêmement élaborée de la naissance, de l’évolution, des effets et de la dissolution d’un phénomène météorologique à l’ampleur démesurée.


Poème et texte de Raymond Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
Le vendredi 28 juin 2024

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Un texte de circonstance du philosophe Alain

La pluie

Il y a exactement 115 ans, le 3 juin 1909, Alain publiait ce texte que je vous propose aujourd’hui.

Prenant le contrepied de la plupart d’entre nous, Alain fait ici l’éloge de la pluie.
Celle qui depuis le mois d’avril de cette année 2024, inonde la France, fait dégringoler le moral et pourrit les jardins. Mais sans doute parmi vous il s’en trouve quelque-uns qui comme le philosophe aiment la pluie et lui trouvent toutes les vertus du monde… Pour les autres ce morceau de littérature les aidera peut-être à prendre leur mal en patience…
J’avoue que c’est mon cas… en attendant l’été.
R.J.

J’aime la pluie. L’air est lavé et la terre m’offre ses odeurs. J’aime la grande pluie qui tambourine, les nuages qui s’effilochent, la douce lumière qui change d’instant en instant, et la délicate ligne rose au-dessus de l’horizon.

Comme j’expliquais à l’homme cultivé ces plaisirs de Normand, il me dit : « Vous voulez faire un paradoxe. La pluie est bonne pour l’agriculture, je ne dis pas non. Mais la pluie est sale et triste. Je viens de rencontrer un lourd camion dont les chevaux pataugeaient, et je suis crotté jusqu’aux oreilles. Le ciel est gris ; mes idées sont grises. J’ai froid aux yeux, et j’ai froid au cœur comme s’il pleuvait dans mon estomac. Non, voyez-vous, le ciel bleu, et la pleine lumière, voilà les sources de vie. Comme je comprends les Grecs, et les grandes clartés de l’Iliade, et la douce Iphigénie qui dit adieu à la lumière ! »

Il y a beaucoup de littérature là-dedans. La boue est bien plus propre que la poussière ; on voit la boue, on peut l’enlever ; on ne la respire pas. J’ai lu Homère; ses héros sont de redoutables brutes, et les tragédies grecques sont assez ennuyeuses. La forme en est belle, mais la couleur manque. Cela est naturel, car le soleil mange les couleurs. A la vive lumière, remarquez-le, toutes les couleurs pâlissent. Le Midi saisit un homme du Nord par quelque chose de sec, de net, de rude dans les lignes. Ce sont des montagnes pelées, des terrasses pierreuses, des oliviers plutôt gris que verts, des cyprès sans grâce, et qui semblent noirs. Il faut des yeux noirs comme des puits pour noyer toute cette lumière-là.

Il nous faut une lumière plus douce, et des ombres moins heurtées. Quand un carré de ciel bleu lavé de pluie se montre entre les nuages, c’est alors que les chênes, les hêtres, les ormeaux, les marronniers, les acacias étalent devant nos yeux les nuances innombrables du vert, plus pur et plus riche que les couleurs vierges sur la palette. Un vent frais secoue les feuilles ; une buée flotte le long du sentier ; la terre est molle et élastique sous le pied; les toits brillent. L’oeil saisit toutes les choses selon leur distance.

Ce qui est tout près est riche et vigoureux ; ce qui est loin est comme un rêve. C’est alors que votre pensée se promène autour de vous, faisant mille tours comme un chien fidèle. Tandis que dans ces paysages de terre cuite, la pensée court perpétuellement sur l’horizon, ce qui fait sans doute qu’ils sont passionnés et discoureurs, car leur pensée n’a ni détail ni premier plan ; ils sont juristes; philosophes; et, au surplus, noirs comme des taupes, tout cela faute de pluie. S’il avait plu sur le Forum, César aurait eu la tête plus fraîche, et nous n’aurions pas connu le catholicisme.

3 juin 1909

Publié par Raymond Joyeux
le lundi 3 juin 2024

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