NOU KAY AN PATI*

  • Nous partons en pique-nique

De la nuit des temps remonte cette tradition typiquement saintoise de se retrouver en famille ou entre amis, aux nombreuses fêtes annuelles, religieuses ou profanes, qui jalonnent le calendrier, pour se rendre la journée entière, sur les plages isolées de notre territoire, paniers et canots remplis de victuailles et de boissons, laissant le bourg quasiment désert, dans un silence de cathédrale, livré à la libre déambulation de la volaille, des iguanes et des chiens errants.  

Terre-de-Haut ville morte, un jour de pique-nique, comme au temps du Covid.

C’était le temps où ceux qui arrivaient les premiers s’installaient à Pompierre, Marigot, Crawen, Anse Figuier, Pain de Sucre, îlet à Cabris… Il y avait de la place pour tout le monde jusqu’à la nuit tombée où ceux restés à terre voyaient revenir, le plus souvent à la rame, des canots chargés à ras bord, accompagnés de rires, de chants joyeux des fêtards en goguette. Une époque de saine convivialité où les baffles monumentales n’étaient pas à la mode, où seule la voix, y compris celle des enfants, reflétait une joie de vivre, simple et naturelle, sans dérangement pour qui que ce soit.

Départ en pique-nique – Années 1970

Lundi de Pâques et de Pentecôte, 15 août, Noël, Nouvel An, lendemain ou jour même de noces, fiançailles, baptême, première communion, anniversaires, toutes les occasions étaient bonnes pour le matété de crabes, le lambi grillé, le blaff bien épicé, la sauce de burgots, le colombo de cabri, sans oublier le traditionnel boudin créole et les accras faits maison, dégustés sur le sable après le bain, à l’ombre d’un catalpa ou d’un raisinier bord de mer. Autant de spécialités locales accompagnées de l’inévitable punch au citron vert, excepté bien entendu pour les enfants qui se contentaient d’une eau grenadine ou d’une gazeuse Alliance, fabriquée à une certaine époque au Marigot par un dénommé Garrido.

Méga pique-nique traditionnel sur une plage aux Saintes. Photo Raymond Joyeux

Si cette tradition d’aller en partie existe encore, peu nombreux sont nos compatriotes d’aujourd’hui qui s’accommodent d’une plage isolée pour s’adonner aux joies du pique-nique en famille à l’occasion d’un des événements évoqués plus haut. À l’heure de l’électricité, du modernisme et de la facilité tous azimuts, c’est le littoral du bourg, principalement celui du Fond-Curé, qui est régulièrement pris d’assaut avec la bénédiction de l’administration communale qui, moyennant finance, met à disposition des demandeurs tentes et chapiteaux, dressés à même la plage tout un week-end, et qui le restent parfois la semaine entière jusqu’au week-end suivant.

Chapiteau attendant la fin de la semaine pour un nouveau pique-niquePh R. Joyeux

Certes, le littoral appartient à tout le monde et rien n’empêche qui que ce soit d’y organiser avec ou sans l’aval de la mairie un pique-nique familial ou entre copains avec tout ce que cela comporte d’inconvénients pour les riverains, alors même que les animations n’excèdent pas un certain niveau de nuisance.

Il faut savoir en effet, qu’entre le Plan d’eau de la Petite Anse et le ponton de l’Anse à Gilot, l’étroite bande littorale est jalonnée de maisons d’habitation, dont les résidents aspirent, comme la plupart d’entre nous, à la tranquillité, au silence et au repos.

Qu’on implante juste devant chez eux un chapiteau démesuré, leur barrant l’espace à la mer, qu’on accroche des décorations de circonstance, qu’on installe tables et chaises pour les convives, en fonction de l’événement, passe encore ! Mais de là à mettre à fond toute une journée et jusqu’à tard dans la soirée des baffles surdimensionnées en décibels qui se répercutent dans tout le bourg, du fort Napoléon au Chameau, nécessitant à juste titre l’intervention de la maréchaussée, il y a une marge. Que les organisateurs et les invités de ces parties de plus en plus fréquentes apprécient ce type bruyant de musique – si, en l’espèce, on peut l’appeler ainsi – quitte à ne pouvoir ni se parler ni s’entendre, cela les regarde. Mais faire supporter cet environnement sonore hyper dérangeant en continu aux riverains immédiats et au-delà, c’est dépasser la mesure.

Chapiteau à 5 mètres d’une maison d’habitation sans égard pour les résidents.- Ph R. Joyeux

Aussi, puisque pour faire la fête plus personne ne veut s’exiler sur les plages isolées comme autrefois, et que les affaires maritimes interdisent aujourd’hui le transport en canot à cet effet, ce que l’on pourrait proposer à la municipalité de Terre-de-Haut, ce serait de délimiter officiellement une portion du littoral du Fond-Curé hors habitations, toujours la même, qui serait dédiée aux pique-niques en tous genres sous chapiteau et tout le monde serait satisfait. On l’espère en tout cas !

Car mandater des agents communaux pour aller harceler tel restaurateur sous prétexte qu’il aurait dépassé de cinq centimètres le périmètre de son AOT (autorisation d’occupation temporaire) – ce qui ne dérange personne – et n’exiger aucune limite aux fêtards, même occasionnels, c’est déroger au principe d’égalité de traitement et du vivre ensemble en respectueuse harmonie que beaucoup, semble-t-il, à Terre-de-Haut appellent ardemment de leurs vœux.

Photo Raymond Joyeux

 Publié par Raymond Joyeux
Le mercredi 3 décembre 2025

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1 Response to NOU KAY AN PATI*

  1. Avatar de Jean S Sahaï Jean S Sahaï dit :

    Barques qui revenez…

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