Nuages de lumière
Pluies de soleil bleu
Réverbération sur les mornes édentés
Couleur de maïs.
Joie de te revoir ô ma terre !
De dénouer les lacets de ces chaussures
Où blanchit encore le dos de mes orteils ramollis.
Hâte de poser à nouveau le pied
Sur le ciment d’enfer de ton débarcadère
De dégrafer la chemise qui me boucle le cou
Et cadenasse mes poignets
Serre étanche où fermentent encore
Les taches de rousseur de mes bras
Et de mon ventre pâli.
Hâte que ton sel me taraude à nouveau le visage
Que ton soleil inouï me pigmente comme autrefois
Le corps
À la manière des œufs de minimes
Dans l’anfractuosité de leurs nids de rocaille
Sur la ceinture volcanique
De tes sept sentinelles de basalte.

L’enfant Prodigue
Je reviens
Peu m’importe le temps passé
les ans, les heures perdues
Je reviens à la source
du nouvel avenir
Peu m’importe
les jours en allés
les nuits sans mémoire
Je reviens
La mer me reconnaît
comme son enfant prodigue
je suis blanchi de mes errements
couronné d’écume foisonnante
Oubliés mes oublis
effacés à jamais
les regrets et les serrements de cœur
Nostalgie tu n’es plus
Je reviens
Le sable m’invite
le ciel m’honore
Le sel m’oint de son ambre
je ne sais plus où donner du regard
Le vent me cerne de courbettes
et le soleil s’offusque que je tarde à le saluer.
Je reviens au pays des fantasmes futurs
j’ai semé à la vague
des souvenirs qui ne germeront pas.
hivers lointains
fondus en stérile compost
images surannées d’un séjour
bien plus qu’imaginaires

Je reviens
les feuilles m’ouvrent
leurs fenêtres
la lumière me fait une ovation
C’est la congratulation générale
de toutes ces choses
que je n’ai jamais quittées
Je reviens
Seuls les miens ne me reconnaissent pas
je lis sur leur visage
l’insuffisance de l’exil
Dans leurs yeux oublieux
je lis l’écaille de l’absence
Peu m’importe leur présence
leur arrogance ou leur indifférence
l’horizon de leur regard ne me concerne pas.
Mais dès lors
qu’exultent à ma rencontre
toutes les forêts surexcitées
avec leurs touffes d’herbes folles
toutes les plages fébriles
et leurs falaises fastueuses
j’ai dans la tête suffisamment de feu
pour faire exploser
tous les volcans du monde.

Publié le jeudi 30 octobre 2025
Textes et illustrations de Raymond Joyeux
Le premier poème est extrait du recueil Poèmes de l’archipel, publié en 1986
aux Imprimeries réunies.
Le second poème est extrait du recueil Domaine privé maritime publié en 2004
aux Ateliers de la Lucarne
Très bon retour au pays natal… ô poète antillais …!
Ah jamais Grand jamais, oh, tu n’écriras en mieux « Barques qui revenez… »
Tiendre bon, oh le tiède leitmotiv.
JS
Vomica
Le chagrin est ce rêve où le cauchemar dort,
Quand la lune se rit des amours esseulées
Dans la soupe d’ortie, entre les barbelés,
Rinçant des reins usés par le suc du raifort,
Plus me plait quinze jours au pays des aïeux
Que le chant de la rose doux printemps éclose,
Au rageant désespoir du vieillard capricieux
Qui a beaucoup tardé à se remettre en cause.
En aidant des amis bien plus fous que lui-même
Il a soldé la crasse de l’immeuble mal peint
Là où s’amadouait l’artiste de street-art
Lorsque sa mie s’endort au volant de son char.
Désormais échoué, au milieu du carême,
Il ne supporte plus d’ouvrir son calepin.
Jean S. Sahaï
merci pour le rappel de ces poèmes et l’évocation si sensible et sensorielle de ce qui fait l’essence de « notre » île