La chronique du jardinier, séquence 5

Trois jours en septembre

Vendredi 5 septembre

Lever avec ciel couvert et 16 degrés à l’extérieur. 
Dans deux mois, nous serons à Orly pour le retour programmé en Guadeloupe. L’an dernier, à la même date j’avais noté : « Pluie abondante dans la matinée. Le fût bleu déborde ». C’est le cas aujourd’hui mais l’eau restera probablement dans sa réserve jusqu’à l’été prochain. 

Entre 11h et midi, sous une forêt d’herbes, de celles dont l’extrémité de la tige s’accroche à vos basques comme du stratch et vous fait pester, à l’aide de ma bêche plate, je déterre les patates, facilité par la souplesse de la terre. À peine un fond de panier d’osier de cette maigre récolte de tubercules de Parmentier, dont certains attaqués par le ver blanc présentent des cavités qui font penser à de petits cratères de volcans éteints.

Comme il ne faut jamais laver les patates sorties de terre, je les étale sur le deck pour séchage et les termine délicatement à la brosse. Beaucoup de sueur pour peu de résultat. Faudra-t-il continuer à en cultiver ? La question se pose. Notre ami Sam, aux Ripaines près de Suin y a renoncé depuis longtemps.

Contrairement aux jours de canicule où elle était plus dure que pierre, la terre est tellement imbibée en profondeur que d’ici notre retour en 2026, je doute qu’elle parvienne à sécher ! L’inconvénient de cette région, lorsque l’humidité s’installe, à cette époque de l’année, le soleil sur le déclin n’arrive jamais à la résorber. Il en est de même dans la maison où seul le poêle bien alimenté, même en été, peut la combattre. Je me vois mal dans ces conditions passer tout un hiver sous la grisaille, herbe et terre toujours mouillées, engoncé dans des pulls qui vous alourdissent et vous entravent. 

Samedi 6 septembre

Beau présage : 8 h, le soleil, plein Est, s’infiltre sous la porte de la chambre d’Alex. Ciel parfaitement dégagé au réveil. Température extérieure 14 degrés. Le thermomètre indique qu’elle serait descendue à 8 cette nuit. Et nous ne sommes pas encore en automne. Dans l’axe de l’entrée de l’ancienne étable, je photographie le clocher de l’église, bien visible à travers la haie de frênes déjà à demi dépouillés de leurs feuilles. Même image à l’étage depuis la fenêtre de la chambre.

Tué à la bombe deux frelons à demi engourdis qui grimpent péniblement près de la lampe de la marquise. Avec les trois précédents, gisant encore sur le rebord de la fenêtre, ça fait cinq de ces bestioles indésirables exterminées en peu de jours. Après vérification, ils ne semblent pas être de l’espèce asiatique. Il paraît qu’il ne faut jamais écraser un frelon sous peine d’en voir arriver d’autres à la rescousse, attirés par la phéromone dégagée suite au stress de leur congénère. Au potager, je commence à déraciner les pieds séchés de haricots. 

L’herbe est archi mouillée comme elle l’était tous les matins avant la canicule. Peut-être se sera-t-elle essorée en fin d’après-midi pour un éventuel passage de la tondeuse. De11h 30 à 13h : sarclage parcelle haricots avec grand soleil. Il ne reste plus qu’à retourner la terre et la couvrir d’une bâche pour l’hiver.


Certains prétendent que c’est un mauvais choix car la bâche perturbe la vie du sol et l’empêche de respirer. Tant pis, ce sera du travail en moins ce printemps. Car, pour parodier L’Ecclésiaste : « que restera-t-il à l’homme de toute sa peine et de tout l’effort pour lequel son cœur aura peiné sous le soleil ? » L’herbe enlevée à l’automne, si elle repousse plus drue au printemps, mes efforts d’aujourd’hui n’auront servi à rien. « Mais cela aussi, poursuit la Bible, est vanité. » J’ai rechargé les deux batteries de la petite tondeuse électrique. On verra cet après-midi. 16h passage tondeuse jusqu’à 17h. Le soleil ne faiblit pas. 21h, moules-frites avec grosse lune.

Dimanche 7 septembre

Encore du très beau soleil au réveil sans un pouce de vent. Qui s’en plaindra ? Température douce à tiède à l’extérieur. On se croirait revenu au milieu du printemps.

Cueillette d’une bonne brassée de bettes que je dépouille de leurs fanes. À côté, les deux pieds de poivron plantés au printemps ont souffert de la chaleur. Aucun rouge récolté sinon des embryons attaqués par brûlure et pourriture. Sur l’autre pied, 5 ou 6 petits verts attendent de grossir. Un peu tard, à mon avis.

Beaucoup de tomates vertes à donner à François, comme l’an dernier pour confiture. Échange de bon procédé puisque notre ami ayant réussi ses courges, nous en offrira pour l’Halloween du 31 octobre.

Certains arbres ont perdu presque toutes leurs feuilles et annoncent à grands pas la venue de l’automne sans avoir eu le temps de jaunir. Ce dimanche, c’est peut-être le dernier jour avant notre départ que, grâce à la clémence du soleil, la fenêtre de la cuisine reste ouverte toute la journée pour une température intérieure affichée de 26 degrés. 

À 15h30, sous une agréable chaleur, nous filons à la Foire de Digoin où nous rencontrons des amis de Versaugues puis, après un tour complet des exposants, Marijo, l’ancienne secrétaire du collège Jeanne d’Arc et son mari. Une bière locale nous désaltère et achetons au stand de la Confrérie, cinq épognes aux grattons, la spécialité du lieu – qui n’est pas forcément la mienne – avant de reprendre la route des Bruyères.

Le Spa, toujours à 35 degrés, nous invite à profiter de sa douce chaleur.
Vingt minutes de bullothérapie et nous voilà rétablis pour la soirée. La Pologne a gagné son match. Et la lune, je l’ai su trop tard, entame une éclipse alors que le ciel se couvre et que le mauvais temps se prépare pour cette nuit et demain. 

Texte et photographies de Raymond Joyeux

***

Écrit dans mon studio

À la fenêtre à l’ouest le soleil a dépassé midi
j’ai faim, je m’assieds les yeux brouillés
je prends un pinceau et calligraphie
un petit poème

l’encre sèche, les caractères sont penchés
en un bref instant déjà ils remplissent une feuille,
voletant comme des corbeaux dans le vent…


J’ai beau savoir que la pluie s’infiltre dans les murs,
je n’ai pas honte de dessiner sur le sable avec un pinçon
soudain on m’annonce que le repas est prêt
je pose mon pinceau, ma joie est sans borne
j’appelle un garçon, qu’il aille ramasser du bois
mort au bord du torrent,
pour goûter le thé domestique qui pousse
sur la montagne
.

Lu Yu
(Poète taoïste 1125-1210)

Publié par Raymond Joyeux
Le vendredi 12 septembre 2025

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2 Responses to La chronique du jardinier, séquence 5

  1. Avatar de Jean S Sahaï Jean S Sahaï dit :

    MerSea Joailleux.

  2. Avatar de annie lionet annie lionet dit :

    prends tes p

    pulls moins longs pour ne pas t’entraver dedant !

    bises

Répondre à annie lionet Annuler la réponse.