La chronique du jardinier – Séquence 2

20 jours en mai

Jeudi 1er

Fête du travail et du muguet

Grand soleil et ciel d’un bleu parfait. Il fait 30 degrés à Paris.
Nous ne sommes pourtant pas en 68 où il était « interdit d’interdire. » Où le feu couvait sous les pavés. Souvenir des manifs estudiantines à Lyon cette année-là et affrontement avec la police. L’inspecteur du permis de conduire est un ancien policier. Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? me demande-t-il. Reçu pourtant du premier coup et achat d’une 2 chevaux d’un étudiant iranien… Qu’est-il devenu ?
Au jardin, aujourd’hui, j’aplanis au râteau le sol labouré et enlève le plus gros des herbes flottantes.
Au rectangle face au mur rouge, huit beaux trous pour les premières tomates. Quelques feuilles d’ortie au fond recouvertes de terreau pour préserver du mildiou et mise en place des piquets reliés au sommet par des baguettes de bambou pour plus de rigidité et accrochage des branches.

Première plantation de tomates

17h, profitant du soleil : tondeuse grande cour. Mauvais travail à cause de la hauteur de l’herbe et des nombreuses taupinières en surface pourtant aplanies et tassées à la houe.
18 h, première plantation de tomates sur la parcelle aménagée. Avec copeaux de bois aux pieds pour garder la fraîcheur.
Désherbage des fleurs du pignon ainsi que des fraises et de la menthe.
Légère blessure au doigt avec le (minuscule) taille-bordure électrique. Misère. Les mains sont précieuses au jardin. Et la terre généreuse est aussi potentiellement dangereuse (risque de tétanos). Nécessité de porter des gants ! 
Nous avons honoré la fête du Travail, sans défilé, sans muguet ni slogans syndicaux. Une journée fériée bien remplie loin des effervescences urbaines. Mai 68 est très loin derrière nous.

Vendredi 2

7h 30. Ciel laiteux au réveil. Puis soleil timide, beaucoup moins généreux que les jours précédents.
Rangement de l’étable-atelier et travail au jardin jusqu’à 10h.
Seconde tentative de feu aux branchages de l’an dernier. Une réussite grâce au white spirit et à l’absence de vent. Par précaution, fourche et tuyau d’arrosage toujours à proximité. 
13h, Casse-croûte chez un ami non prévu qui ne m’arrange pas. Je dois noyer mon feu qui n’avait pas fini son travail. Au retour, fumée et flammèches malgré les précautions et l’eau versée. Je réactive mon jet pour la nuit.

Samedi 3

Ciel clair avec grand soleil, contrairement à la veille.
Au potager, je prépare l’emplacement d’une nouvelle plantation de tomates.
Même protocole que précédemment.

Dimanche 4

Repas polonais. Le jardin attendra. Il profitera de la pluie du jour.
na zdrowie !

Lundi 5

Temps pluvieux et froid.
Départ à l’enterrement. Le ciel s’est mis au diapason de la situation.
Mon ami Sam me propose une tondeuse dont il veut se débarrasser.


Mardi 6

Arrosage préventif avant le départ pour une escapade à Meyzieu, Pérouges près de Lyon et Viviers en Ardèche chez une cousine de Guadeloupe et des amis.
Cinq jours de repos pour le jardin.
Et qui vous dit qu’il n’en a pas marre de me voir ?
Délicieux séjour impromptu.

Dans les rues de Pérouges

Dimanche 11

13h30, retour au bercail. Premier réflex du jardinier, devinez lequel ?
Les taupes ont étendu leur domaine. Épargnant miraculeusement le potager.
19 h, arrosage intensif. La terre altérée boit l’eau avec avidité.
Il n’a pourtant pas fait une chaleur excessive !
La pluie annoncée pour la nuit complétera le bienfait de l’arrosoir.

Lundi 12

Réveil huit heures. Brouillard dans les combes.
Tout est mouillé mais quelques rayons fugaces à travers les nappes. 
Tour au jardin : des taupes ont rebouché leur refuge en s’accrochant peut-être aux épines du rosier. 
À 10h direction Marcigny chez le pépiniériste. 12 tomates diverses, 3 courgettes, 2 aubergines, 2 poivrons (jaunes et verts) –
Petite pluie. Poêle allumé.
Après-midi : plantation de 12 tomates presque sous le soleil. Arrêt 17h 30. Feu éteint au poêle.
Premier jour fauchage foin en face. Cigognes et autres oiseaux à la recherche de leur pitance accompagnent le geste tracté du faucheur. Qualifié autrefois d’auguste pour le semeur. Les temps changent.

Fannage : retournement de l’herbe pour la faire sécher
Premiers rangs de salades

Mardi 13

8h, léger brouillard qui s’éfiloche. 10 degrés.
Rallume feu à la maison.
Grand soleil. Jardin toute la journée avec pull. 
11-13 h, préparation parterre + plantation de 3 pieds de courgette, avec petite bâche au sol contre l’herbe.
15 -18 h, bêchage carré salade, plantation 36 pieds. 3 rangs de 12, espèces diverses.
Maintien feu maison toute la journée. 22 °
Heureuse surprise, reçu deux livres d’une amie des Saintes.

Mercredi 14

8h. 6° sans brouillard, ciel entièrement dégagé. Vent nul. 18° grande salle.
RAS au jardin. Herbe mouillée pleine croissance. 10h-midi, préparation sol aubergines, poirées dites blettes ou betes avec un ou deux t. Bref, beta vulgaris pour les intimes, poivrons, côté mur allée extérieure.
Grosse brouette d’herbes folles, aux racines profondes difficiles à extraire sans la binette.
Caresser la terre nue de ses mains pour l’égaliser et la douciner.
Revenir l’après-midi pour l’alimenter. Généreuse, espérons-le, elle nous le rendra au centuple dans un mois ou deux. 
Semé carottes petite parcelle courgettes.
Graines de fleurs grimpantes contre mur pignon. 
Fanage foin en face avec cigognes.
Arrosage des plants mis en terre.

Jeudi 15

Levé 8 heures – Soleil, ciel dégagé.
Heureux présage pour un anniversaire.
10-13 h : fixation bordure composite droite. 
Lever d’un petit vent mais le soleil persiste. Début ciel nuageux épars, vite effacé.
Plantation de 2 rangs de haricots.
15 h Retour au jardin.
Préparation parterre et plantation de 21 pieds de patates. 
Grand soleil avec vent.
17h30 : tondeuse Sam. Essais concluants.
Mise en bottes foin fermier d’en face sous un ciel d’été.

Après fanage, enveloppement des balles sous protection plastique : le bottelage

Vendredi 16

Lever avec soleil. Grand ciel bleu sans nuages.
Plantation côté nouveau mur 2 poivrons, 6 poirées vertes + au grand jardin, 2 aubergines avec tuteur. Semé koper (aneth) le long du mur. Arrosage.
Après-midi : débroussailleuse boîte aux lettres + début pelouse clôture. Arrosage général.
Enroulement meules de foin toute la sainte journée face maison. Cigognes.
15 h 30 récupération Alex et Anne. La sortie Sainte Élisabeth est ouverte.
21h repas anniv Ch. Retour 23h30.

Samedi 17

Lever 8h – 10° grand soleil, sans vent.
Avec Alex, sortie table, chaises et banc sur le deck
Tondeuse et débroussailleuse toute la matinée.
Ciel bleu. Pas un nuage.
Courses sans moi Paray.
Préparation blog livre Marie-Sylvie Dionne
Diner royal avec cocktail Alex. Gin à l’italienne
Eurovision : Autriche. Louane 7è. Orage et désespoir !
Alex renouvelle mon abonnement Word-press : 80€
Arrosage intensif (du potager !)…

Dimanche 18

Grand soleil au lever, 4° la nuit. 18 dans l’appart à 8h. Frileux, je rallume le poêle.
Au jardin, les tomates ne progressent pas. Certaines ont les feuilles toutes ratatinées. Sans doute à cause des basses températures nocturnes et du vent du nord, hantise du jardinier. Pourtant grand soleil la journée, mais fond de l’air frais. Première salade attaquée par le ver blanc, l’antipathique herbum vermis. Tout bêtement larve du hanneton.Tapie l’hiver en profondeur et grande dévoreuse de racines saladières, elle remonte au printemps se nourrir en dévorant l’intérieur de la racine principale !. .
Nous déjeunons quant à nous à midi dans le salon avec feu, 21 degrés.
Après-midi : départ des enfants. Tristesse. 
Décide de ne rien faire au jardin. Seule une baguette d’épines de rosier au trou d’une taupe bordure haricots. Réflexion d’Alexandre le randonneur : « Horribilis. »
Découragé de constater que tout végète aux plates-bandes, je remplis au seau le fût bleu du puits.

Lundi 19

Lever 7h30 avec soleil amical.
8h, le ciel se couvre à l’ouest. Moins de clarté. Pluie prévue cet après-midi. Au jardin la taupe a rebouché son trou. A-t-elle été piquée par les épines du rosier ? Rien n’est moins sûr.
11h, Marcigny : achat de plants de poireau et de brocoli au marché.
14h45 – Retour au jardin – Plantation de 40 pieds de poireau et 2 brocolis.
Bonne température extérieure. Très frais dans la maison.
16h15 : Le fermier a fini de ramasser ses meules, juste avant le début d’une petite pluie. Il a le calendrier-météo dans la tête. Les champs sont ponctués de corbeaux à la recherche de victuailles. Ciel très couvert à l’ouest.
À 19h j’allume le poêle, la température remonte doucement jusqu’à 21 degrés à 20 heures. Toujours pas la pluie annoncée. Peut-être cette nuit.

Mardi 20

Temps couvert. La pluie prévue pour la nuit n’a pas été au rendez-vous. Mais le ciel est resté gris, sans un rayon de chaleur. La température a baissé de deux degrés dans la maison. Il fait 12 à l’extérieur, sans vent heureusement. Si bien qu’elle remontera sans doute rapidement à 18, et peut-être à 21 en cours de journée. Je pense à nos 28 degrés en continu des Saintes. 28, mon n° de pensionnaire à Blanchet.
10h, arrosage. Eau tirée du puits à 12 mètres de profondeur, Petits exercices matinaux, propices au développement pectoral, biceps et j’en passe.

Le puits, précieux auxiliaire du jardinier

11h, le soleil bienvenu profite d’une échancrure dans les nuages pour me faire la fête. Il est parcimonieux mais agréablement tiède et réconfortant. Tout le jardin est maintenant entièrement planté. Finis les préparatifs : ils ont duré un mois et demi. Sarclage, bêchage, binage, bordures, organisation des parterres et allées, choix et mise en terre des plants. 

Fleurs de cives de Guadeloupe parmi la menthe

Je récapitule : tomates, haricots verts, salades, poireaux, pommes de terre, brocolis, poivrons, poirés, semis de carottes, aubergines, courgettes. À chacun sa place ! Plus le pied d’oseille de l’an dernier ainsi que le thym, le romarin, la livèche, la ciboulette, les cives increvables de Guadeloupe, la sauge, le persil, l’origan d’Anne, la menthe persistante toujours envahie d’herbe comme les fraises et framboises qui ont franchi leur bordure.

Il ne reste qu’à mettre en terre un beau pied de basilic, indispensable mais extrêmement capricieux et fragile, les courges enfin (10 grosses l’an dernier), en attendant que les graines pointent en leurs godets, puisque celles de François ont dépéri. 

À la même date, sur mon carnet de l’an dernier, je lis : « Tour au jardin hyper mouillé. J’ai envie de tout laisser tomber. Déprimant à mort. Les rangs de salades diminuent à cause des vers blancs. Tout ce travail pour rien. Je ne m’en occupe plus ! »

Midi : un peu plus de soleil. Oiseaux joyeux s’égaillant à tue-tête dans le ciel. 
Maintenant que le potager se débrouille seul, (encore que surveillé du coin de l’œil !), gros et harassant projet en perspective : débroussaillement des abords devenus jungle et forêt d’herbes géantes, orties et autres oseilles sauvages. Les boutons d’or et les marguerites animent pourtant un joli tableau champêtre que n’aurait pas renié l’hôte de Giverny.

François signale une recrudescence de vipères cette année. 
15h, débroussailleuse en action jusqu’à l’arrivée d’une petite pluie, insuffisante pour remplacer un arrosage efficace. Je rentre mes outils. Les nuages s’accumulent au nord avec petit vent frais. C’est fini aujourd’hui au jardin. À minuit, le ciel est étoilé.


****

En guise d’épilogue à ce chapitre :
ce poème d’un moine taoïste, toujours extrait du recueil de poésie chinoise :

La pluie sur la montagne est fréquente
ce sera bientôt le beau temps
à la fenêtre, de temps à autres volètent des pétales de fleurs
au bout des branches partout se répand le chant des loriots
l’endroit est à l’écart, nul visiteur avec qui bavarder
lors de la récolte du blé, tout le monde se réjouit de cette époque de paix
ce n’est pas parce que je suis décrépit que je dois renoncer
à profiter des produits de saison
un bol de yaourt de lait de chèvre garni
de cerises rouges.

Marguerites et boutons d’or épargnés par la débroussailleuse.

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Sauf le poème, texte et photographies sont de l’auteur

Publié par Raymond Joyeux
le vendredi 13 Juin 2025





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3 Responses to La chronique du jardinier – Séquence 2

  1. Avatar de Annie Lionet Annie Lionet dit :

    attendons de voir la récolte (origan ou marjolaine)

  2. Avatar de Dominique Perruchon Dominique Perruchon dit :

    Ou es tu en Métropole Raymond ? Pour ma part j’habite a quelques Km de Fontainebleau au sud de Paris. Mon village s’appelle Maisse. Très amicalement. Dominique

  3. Avatar de Liliane CORBIN Liliane CORBIN dit :

    Bonjour Raymond, quel plaisir de vous suivre au jardin. Tous les plants se mettent en place, alors que je ne ressens aucune fatigue !!! En espérant que la météo ne gâche pas votre travail. Merci pour ce compte-rendu, digne d’un reportage filmé…

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