La chronique du jardinier – première séquence

AVRIL 2025

Vendredi 11, jour d’arrivée

Soleil. L’herbe est belle, haute et brillante. Et toute la vie qui grouille sous le couvert de cette mer végétale, hérissée comme une anémone géante. Vivantes algues ballottées par les courants d’air.
C’est l’image qui me vient. Quel travail à venir au carré des plantations et autres parcelles à cultiver !

La nuit porte conseil. Rêve de pelouse rase, lisse comme une mer d’huile verte. De terre labourée. Sans taupinières ni touffes récalcitrantes inarrachables. La nature n’a que faire des soucis du jardinier.
Elle est votre amie à condition de la cajoler. Ne ne pas l’abandonner six mois d’affilée. Seule trop longtemps, sans surveillance, elle se démène comme elle peut et s’égaille en tous sens. C’est un enfant qui aime la vie.

Samedi 12

Pluie abondante. Tout est gris. Mouillé. 
Douce chaleur du poêle.
Dehors je suis un naufragé sur une barque minuscule au milieu de vagues immenses.
Cette impossibilité de préparer le jardin me désole.
Tous les appareils de jardinage sont au repos.
Petite éclaircie à 11 heures. Le romarin a fleuri et embaume son aire. Son parfum méditerranéen me remplit de soleil.

Lundi 14 

Temps maussade avec éclaircies.
Débroussailleuse devant la maison.
À 16 heures : pluie et ciel noir.
Rêve de l’escargot.

Mardi 15

14h 30 : Réception de l’artisan-jardinier pour devis bêchage et fraisage à venir au grand jardin (25m2) prévus le 29 de ce mois, en matinée.

Mercredi 16

5° au lever. Ciel entièrement couvert.
Tout est mouillé à l’extérieur.
RAS au jardin.

Jeudi 17

4° au réveil. J’allume le poêle.
Ciel maussade, herbe humide, impossible à faucher. 
Débroussailleuse au repos.
J’avance dans le livre de Marie-Sylvie Dionne. Heureusement, j’ai craqué.
Suis-je sur le point de craquer à mon tour ?

Vendredi 18

Miracle : soleil au lever. 
Débroussailleuse, deux heures.
Essai démarrage tondeuse.
Premier oiseau aperçu.

Samedi 19

Ciel nuageux. Vent violent.
Poêle allumé.
18 h : baisse du vent, soleil aperçu entre les nuages.
Rien au jardin. Sinon l’herbe, indifférente, qui continue sa poussée.

Dimanche 20 avril

PÂQUES

Lever 7h30
Repas traditionnel polonais.
J’oublie le jardin.

Lundi 21

Temps couvert
T° 7 degrés
Alex rentre les bûches du mur rouge à la réserve de bois près de l’appentis. Travail de force avec brouette. À trente ans, présomptueux, étais-je capable de le faire… sans brouette ? Sic transit gloria mundi.

Mardi 22

Saint-Alexandre. Le vainqueur des héros.
Ciel modérément printanier tout en douceur. Nuages en pointillés suivant les éclaircies. Feu continu au poêle.
Après-midi : débroussailleuse petite parcelle du potager. Pas de vent.
Vaine tentative de brûler le tas de broussailles humides qui tentent de sécher, résidus de l’an dernier.

Mercredi 23

Soleil au lever vite remplacé par une petite pluie. Je suis prisonnier à la maison. 11h, à peine puis-je sortir chercher du bois pour le poêle.
15 h. À l’appel d’une éclaircie, j’explore le carré de menthe envahi d’herbes et autres petites oseilles sauvages. Cueille quelques feuilles pour la tisanière.
Aperçu un col-vert, long cou tendu en direction de l’Est. Petit miracle jouissif en cette atmosphère automnale. À 20 heures, six degrés au dehors.

Jeudi 24

Pluie le matin qui se calme l’après-midi. J’en profite pour biner le parterre des salades : bêche et râteau sont au travail. J’émiette le sol à l’aide du casse-mottes. Il ne reste plus qu’à se procurer une trentaine d’espèces variées et à les repiquer à la place des courgettes de l’an dernier .
Côté grand jardin, j’enlève les bordures en bois de palette à moitié désagrégées pour les remplacer par d’autres en ciment lorsque le motoculteur aura retourné la terre.

Vendredi 25

Six degrés au lever. C’est désespérant. Seule consolation : des nuages mais pas de pluie.
Bon travail l’après-midi. Déboussailleuse au grand carré pour permettre le passage du motoculteur le 29. Je découvre une série de petites salades qui ont résisté à l’hiver. Tout le potager est dégagé. On voit bien ce que sera l’ensemble dans quelques jours. Premier coucher de soleil depuis notre arrivée.

Samedi 26

Brouillard matinal. Enterrement du pape François.
Je laisse le jardin au repos et travaille sur le livre de Marie-Sylvie Dionne.

Dimanche 27

Tristes nouvelles : décès d’Yves Lorgé aux Saintes et de la mère de notre ami Jean-Claude Lavaud. Journée de recueillement. Le jardin aussi a besoin de paix. Il se recueille à sa manière et honore les morts pour des festins à venir !

Lundi 28

Grand soleil. À la serre du Temps des fleurs, achat de 10 plants de tomate, 30 de laitue, 10 de poirées, et de quelques fleurs décoratives pour l’auge du pignon.

Mardi 29

Soleil au lever. Grand bonheur.
9h, arrivée du motoculteur et de la fraise à émietter les mottes.
Deux heures de pleine action, le jardin se prépare sérieusement alors que l’herbe autour continue en silence sa course vers le haut.

Mercredi 30 avril

Toujours grand soleil. Ô joie déliée dans les hauteurs du ciel. Ce vers de Saint-John Perse m’illumine à chaque parcelle de bonheur.

Toute la journée, genoux au sol, à installer les nouvelles bordures ciment. Travail de précision avec enfouissement, ligne tendue et niveau. Ne jamais faire les choses à moitié. Le potager a des exigences qu’il faut satisfaire, si vous voulez qu’il vous gratifie en retour. Vous posez une bordure de travers, ne vous étonnez pas de voir tomates, courgettes, haricots… pousser de travers.

Merci, mon père, pour m’avoir appris à me servir d’un niveau et d’une ligne de maçon, toi qui fus charpentier-menuisier-ébéniste, marin-pêcheur, constructeur de canots et de meubles, à l’égoïne et à la varlope… et qui, comme moi, tenais chaque jour tes carnets de maître senneur.

En guise de conclusion

C’est la fin du mois d’avril. Après 20 jours d’activités diverses, le jardin est presque prêt pour les semaines à venir.
Je lis dans le recueil de poésie taoïste offert par Alain, ce poème, pour vous l’offrir à mon tour en guise de conclusion de cette première séquence de jardinage :

Il a plu la nuit dernière, je porte des sabots légers
le printemps est froid, je me couvre d’un vieux manteau ouaté

j’ouvre une rigole pour canaliser l’eau limpide
entre les saules éclosent les fleurs rouges des pêchers
mon champ d’herbes ressemble à un échiquier
à la lisière de la forêt je soulève la pierre de la bascule à eau
puis avec mon bonnet en peau de cerf
et mon bâton,
au soleil du crépuscule je disparais
dans les broussailles.

*****

Ce magnifique poème mis à part,
les autres textes, écrits au jour le jour et les photographies sont de
Raymond Joyeux.

Publié le samedi 31 mai 2025










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3 Responses to La chronique du jardinier – première séquence

  1. Avatar de CATHY BOGLIMACCI CATHY BOGLIMACCI dit :

    Quel régal cette chronique ! Merci !

  2. Avatar de Annie Lionet Annie Lionet dit :

    Super jadore

  3. Avatar de Liliane CORBIN Liliane CORBIN dit :

    Malgré l’heure tardive, les effluves du romarin bourguignon ont titillé mes narines ! Merci Raymond, pour ce bain de fraîcheur, après une journée de chaleur incommodante … Déjà, et oui…j’appréhende l’été qui arrive à grands pas. Il faut absolument que je secoue ma flemme afin de répondre à votre dernier mail qui date de ??? Pardon, pardon… Bonne récolte, Raymond !

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