Un Noël à Fort-de-France pendant la guerre

Le texte qui suit est extrait d’un livre à venir, encore inédit mais totalement achevé, intitulé La malédiction de la Saline dans lequel est racontée l’histoire romancée mais basée sur des faits réels, de Deverne J., jeune Saintois de19 ans, élève de Terminale au lycée Sainte-Marie de Fort-de-France en 1942-43. Période pendant laquelle, la Martinique et la Guadeloupe, encore colonies françaises, sont administrées respectivement par l’Amiral Robert et Constant Sorin.

***

L’année 1942 tirait à sa fin. En prévision des fêtes de Noël et du jour de l’an, tous les quartiers de Fort-de-France s’étaient pavoisés de guirlandes multicolores, de branches de filao décorées aux coins des trottoirs, d’étoiles géantes se balançant au gré de la brise, entre deux piliers télégraphiques ou deux façades d’immeubles eux-mêmes scintillant de lumignons qui clignotaient en rythme dans la nuit.

On avait l’impression que, pour oublier la guerre pourtant lointaine, les habitants de la ville s’étaient donné le mot pour rivaliser d’ingéniosité en matière de décoration de la devanture de leur maison. Et quelle animation ! Le soir, de toutes les cases, s’élevaient des chants traditionnels de Noël comme en un concert polyphonique, un pot-pourri de circonstance où les paroles de Michaud veillait se mêlaient en canon à celles de Joseph mon cher fidèle et d’Allez mon voisin… Des airs enlevés d’accordéon, d’harmonica et de violon, accordés au tempo des tambours, résonnaient dans les faubourgs, créant une atmosphère singulière de fête à la fois joyeuse et mélancolique.

Anticipant la nuit de la nativité et de la Saint-Sylvestre, les autorités avaient levé le couvre-feu. Des bandes de jeunes, ivres de cette liberté nocturne retrouvée dont ils étaient sevrés depuis des mois, se tenant par le cou, déambulaient dans les rues, riant et chantant à tue-tête, à la recherche d’un chanté nwel  où couleraient à flots le shrubb à la peau d’orange et la liqueur de merise-maison amoureusement préparés pour l’occasion. Accompagnées de l’incontournable boudin créole, traditionnellement épicé, dont la force emportait la bouche, ces boissons alcoolisées, colorées d’ambre ou de carmin, servaient de prétexte à apaiser le feu du piment qu’au contraire elles attisaient.

Au lycée Sainte-Marie, séminaristes et lycéens s’étaient mis au diapason de la liturgie à venir. Comme à l’accoutumée, une immense crèche en papier rocher décorait le chœur de la chapelle, attendant l’arrivée d’un Enfant-Jésus blond en porcelaine, à demi-nu, les bras ouverts en offrande, rose-chair comme une poupée de kermesse. La chorale de son côté, sous la direction du Père Vacherand, répétait chaque soir les chants grégoriens de l’Avent et de la messe de minuit. Deverne qui en faisait partie aimait ces moments d’élévation mélodique qui lui emplissaient le cœur, le transportant dans une autre dimension, hors du temps, sur les sommets d’une psalmodie apaisante, indicible, presqu’irréelle. Ce qui ne l’empêchait pas de penser aux vacances prochaines et à la sortie programmée au Diamant avec Alfred et les deux filles du couvent Saint-Joseph….

Chanté Nwel aux Saintes décembre 2024- Ph; Raymond Joyeux

JOYEUX NOËL À TOUTES ET TOUS – BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE

Avec mes remerciements pour votre fidélité
et mes vœux sincères pour 2025.

Posté par Raymond Joyeux
Le 24 décembre 2024

Cet article a été publié dans Histoire locale, Littérature. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 Responses to Un Noël à Fort-de-France pendant la guerre

  1. Avatar de Annie Lionet Annie Lionet dit :

    Impatients de découvrir joyeux Noel au milieu de ce monde en fusion bisous 😍

  2. Avatar de Gomez Armand Gomez Armand dit :

    Mon cher Raymond,

    Je profite de la sortie de ton article pour te souhaiter un joyeux réveillon de Noel.

    J’ai pensé à toi lors d’un travail de français avec une classe de 5eme. Ils ont travaillé sur le thème « Regarder le monde : le voyage et la poésie » et j’ai fait découvrir à une collègue ton recueil Poèmes de l’archipel. Les poèmes îles et Insulaires ont semblé les plus appréciés à rattacher aux thèmes du voyage et du souvenir.

    Merci pour ces articles partagés sur ton site et ceux à venir ! Cela me rappelle des souvenirs et me laisse ancré dans le monde des Antilles malgré la distance.

    À très bientôt sur tes chroniques et mes plus amicales pensées pour ces fêtes de fin d’année.

    PS : Puis-je t’envoyer un petit mail sous peu ?

    Armand Gomez

  3. Avatar de Alain Joyeux Alain Joyeux dit :

    Ma grande tante Marie, me racontait que dans les sections des hauteurs de Capesterre, les enfants passaient la journée de Noël de maison en maison pour chante. Il etait de tradition de leur donner des mandarines, fruit de saison abondants a l habituée, dont les pepins étaient soigneusement conservés pour être deposés aux 4 coins de la maison comme porte bonheur, santé, abondance et fertilité…

  4. Avatar de Sam Sam dit :

    Comme un enfant ,je trépigne de vous revoir ce printemps avec ce livre ,tant attendu comme les autres .

    Joyeux noel et bonnes fêtes du nouvel an.

    Amitié

    Sam

Répondre à Sam Annuler la réponse.