Recettes d’hiver… ou la poésie-surprise d’avant Noël

À l’AMI(E) ANONYME QUI ME VEUT DU BIEN…

Retour aux Saintes. Mercredi 13 décembre 2023.

Premier geste : la boîte aux lettres.

Pour une fois, pas de colossale facture d’eau ni d’avis d’imposition..
Quelques pubs destinées à la poubelle…

Sous la liasse de prospectus colorés, une simple enveloppe blanche déjà servie. Sans adresse. Une enveloppe plus épaisse que celles que je reçois habituellement.
Et même pas cachetée.

À l’intérieur, surprise : un livre. Oh, pas très épais ! Moins de 100 pages.
97 exactement en comptant les pages de garde et la table des matières.
Mais quel livre ! Un recueil de poèmes.

Avant même d’ouvrir la porte de la maison, je cherche un expéditeur. Une dédicace, peut-être ? RIEN !

Seuls, sur la couverture Gallimard, le titre, le nom de l’auteur : Louise GLÜCK, et un bandeau rouge : Prix Nobel de Littérature.

Une main anonyme me l’a glissé sans se faire connaître.
Certainement pas de quelqu’un qui me veut du mal ! De quelqu’un au contraire qui connaît ma passion dévorante pour la poésie. Un(e) passionné(e) comme moi sans doute. Oui, Un ou une passionné(e). Quel enchantement ! Nous sommes de la même planète.

À peine entré, sans même m’occuper de la valise ni des volets, je parcours les pages.
Lis des bribes au hasard.

Page 13.

Le jour et la nuit arrivent
main dans la main comme un garçon et une fille
s’arrêtan
t seulement pour manger des baies sauvages dans un plat
décoré de peintures d’oiseaux.

C’est une édition bilingue. Anglais d’un côté, traduction française de l’autre par Marie Olivier.. Mon ami Michel Duval aurait apprécié.

Plus loin, page 23 :

Un jour une enveloppe arriva,
affranchie avec des timbres d’une petite république européenne.
Cette enveloppe, le concierge me la tendit avec des airs fort cérémonieux ;
j’essayai de l’ouvrir dans le même esprit.

Quelle coïncidence ! Un jour une enveloppe arriva. La mienne n’est pas affranchie.
Comme celle de l’auteur qui continue :

À l’intérieur il y avait mon passeport.
Inside was my passport, écrit-elle en anglais.

Même sans la traduction j’aurais compris.

Pour moi, pas de passeport à mon nom dans l’enveloppe. Mais c’est tout comme :
un passeport pour le plaisir que m’offre à la veille de ce noël 2023 un(e) ami(e) anonyme. Et qui me rend plus que joyeux : Joyfull, écrit Louise Glück, page 59. Et non le fade happy, comme on traduit habituellement ce mot.

Joyfull ! La plénitude de la joie. Du bonheur. De la chance. Glück en allemand. Du nom même de l’auteure.

S’il fallait continuer à vous proposer des citations, je serais intarissable et c’est tout le recueil que je recopierais.

Mais qui est cette auteure ?

Louise Glück, née le 22 avril 1943 à New York et morte le 13 octobre 2023 à Cambridge (Massachusetts), est une poétesse américaine. Primée à plusieurs reprises, elle est lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Ses œuvres sont très peu traduites en français. Nous dit Wikipedia. Elle a publié treize recueils de poèmes, un texte en prose et deux essais sur la poésie. Ce présent recueil est sa dernière publication.

Photo Wikipedia


Voici comment sa traductrice (Marie Olivier) parle de son dernier livre

« Et le monde passe,
tous les mondes, chacun plus beau que le précédent.
 »

Avec Recueil collectif de recettes d’hiver, publié aux États-Unis en 2021, Louise Glück poursuit son oeuvre poétique en laissant une place de plus en plus grande à la narration. Dans ces poèmes qui prennent parfois des allures de fables, l’individualité des voix qui s’expriment s’estompe au profit d’une présence au monde plus collective. À mesure que des réalités matérielles sont mises à distance émergent une multitude de détails, métaphores obsédantes d’une vie perçue à travers le prisme de la mémoire et du rêve : des bonsaïs que l’on taille, un passeport abandonné, la lumière joyeuse du soleil, de petites princesses jouant à l’arrière d’une voiture. Tout converge vers une fin, accueillie plus qu’attendue. Mais tout fi nit par revenir, jamais à l’identique, comme l’hiver porte en germe le retour du printemps. Le langage, dans cette écriture de haute précision et d’une extrême concision, semble presque avoir épuisé ses ressources, et pourtant subsiste encore la possibilité de dire l’ineffable. Telle est la magie de la poésie de Louise Glück, sa force vitale.

En manière de remerciement

En terminant cette chronique, comment pourrais-je dire mieux sur la poésie de Louise Glück que sa traductrice Marie Olivier ? Et surtout comment remercier l’expéditeur ou l’expéditrice anonyme qui m’a fait cadeau de son précieux recueil ?

Peut-être tout simplement en citant une dernière fois l’admirable poétesse qu’il ou elle m’a permis de découvrir.

Pages 17-19 :

Parfois une carte postale arrivait.
Sur la face avant, des monuments emblématiques et œuvres d’art sur papier glacé.
Une fois une montagne couverte de neige. Après un mois environ,
un post-scriptum apparut : X te salue.


Qui sait ? pour moi, un jour, cet X aura peut-être un nom ! S’il me lit, je le salue en tout cas aujourd’hui à mon tour, en attendant que le mystère s’éclaircisse. Mais, chacun le sait, mystérieuse est souvent la poésie. Mystérieux parfois aussi sont les poètes et leurs admirateurs.

Publié par Raymond Joyeux
le 14 décembre 2023

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3 Responses to Recettes d’hiver… ou la poésie-surprise d’avant Noël

  1. Avatar de Annie Lionet Annie Lionet dit :

    👍

  2. Avatar de Bonbon bernard Bonbon bernard dit :

    Je n’ai jamais connu un si grand passionné que toi , qui sais communiquer aussi bien ses ressentis.
    Je suis un admiratif inconditionnel, pas seulement de tes vers , mais aussi et surtout de tes proses qui utilisent à merveille cette si belle langue de Molière.

  3. Avatar de Liliane CORBIN Liliane CORBIN dit :

    Merveilleux cadeau que ce recueil de poèmes, si mystérieusement déposé dans votre boîte aux lettres, cher Raymond. Quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime s’est transformé en Père Noël, très en avance. En espérant pour vous que cette personne aussi attentionnée se fasse connaître.

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