Maria : les Saintois n’oublient pas…

Belle initiative que celle de Marijoé Métayer : recueillir le témoignage d’une quarantaine de nos compatriotes de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas qui avaient vécu aux Saintes, dans la nuit du 18 septembre 2017, l’enfer de l’ouragan Maria.

Un ouvrage indispensable à conserver

Dans une élégante présentation de 140 pages, éditée aux Éditions Nèg Mawon, cette navigatrice bretonne, installée aux Saintes avec son mari depuis bientôt cinq ans mais absente lors du passage de l’ouragan, a consigné par écrit ces témoignages, illustrés de photographies en noir et blanc, immortalisant ainsi les terribles effets tant matériels que psychologiques occasionnés par le phénomène.

Maria 1

Un public attentif et intéressé

Présentant son ouvrage ce samedi 24 novembre 2018 à la mairie de Terre-de-Haut, en présence d’une assistance particulièrement intéressée, parmi laquelle quelques-uns de ceux qui avaient témoigné, Marijoé a expliqué la genèse de son projet et sa rencontre avec la population. Répondant aux questions des participants, elle a précisé comment elle avait enregistré sur son portable, toujours avec la plus grande émotion de part et d’autre, ces précieux témoignages, sélectionné les photos et procédé à la mise en pages.

Des témoignages poignants

Mais où l’émotion fut à son comble dans la salle ce samedi soir, – comme cela a été le cas le matin à Terre-de-Bas – c’est au cours de la lecture de certains témoignages, extraits de l’ouvrage. Lecture particulièrement expressive qui a suscité les réactions du public et remué les souvenirs. Si bien que certains ont ressenti le besoin d’exprimer spontanément leur propre vécu de l’événement, comme une sorte de thérapie personnelle et d’exutoire tardif à leurs angoisses d’alors, certes atténuées aujourd’hui, mais toujours bien présentes à leur mémoire.

Lecture émouvante du témoignage de Fofo par Marine

Puis ce fut la séance des dédicaces à laquelle l’auteure, avec empressement et gentillesse, s’est naturellement prêtée… Pour la satisfaction des nombreux acheteurs, soucieux d’acquérir l’ouvrage, afin de conserver, sans doute pour mieux survivre à la leur, ces tranches de vie partagées, témoignages poignants de la faiblesse de l’homme face aux forces de la nature, mais aussi leçon de vigilance pour l’avenir et rappel à l’amour et au respect que nous devons à la planète…

Séance de dédicace pour Marijoé à Terre-de-Bas


Extraits de témoignages tirés de l’ouvrage

Olivier de la saintoise Momo retrouvée coulée à Nevis…

Jusqu’ à aujourd’hui, j’étais incapable de parler de tout ça… Un si joli bateau sur lequel j’étais bien à l’aise !

… Je pense qu’on a oublié ce qu’est un ouragan. Jamais on n’a connu ça ici… Celui-là, il était vraiment impressionnant ! Car malgré les constructions plus solides qu’avant, on a eu des dégâts. Cette année, ça a été terrible, tous ces cyclones. Avec José, on a vu la mer de Grande Anse déchaînée comme jamais… Des vagues de 15 mètres à l’Anse Rodrigue ! Je me dis qu’une prochaine fois, il se pourrait que la mer passe de l’autre côté de l’île. Je crains ce qui peut nous arriver… Là, il y aura des morts. Heureusement que l’ouragan passe toujours la nuit. Pourquoi ? C’est calculé. Quand il arrive à l’approche de la terre, il ralentit et décide ce qu’il va faire… par le nord ou le sud ? Et la nuit, il attaque. C’est plus effrayant mais au moins les curieux restent chez eux et c’est moins dangereux…

Sarah de Ti Kaz’la

Moi, j’avais mon casque de moto tant j’avais peur que quelque chose me tombe sur la tête et l’avantage c’est qu’il me protégeait également du bruit qui était terrifiant.

...Je vis ici depuis 6 ans et n’avais encore jamais connu de cyclone. En Bretagne, ma région natale, des vents de 150 k/h, c’est assez fréquent ! En revanche, ce qui diffère c’est que les vents de l’Atlantique sont constants alors qu’ici on a eu affaire à un broyeur continuel tournant de 360°. On était en fait comme dans une essoreuse ! C’est plus déroutant, ce vent qui n’est pas de face… Ça tourne dans tous les sens et on ne sait plus où aller se protéger…

Marc à Pompierre

On dirait que Maria a fouetté la nature et, qu’après ce coup de stress, la terre est plus fertile  et les plantes poussent mieux ! La vie est la plus forte…

… J’avais l’impression que toute la toiture allait s’envoler, la maison vibrait fort… Les enfants étaient terrorisés, ne voulaient pas rester à l’étage. Heureusement que mon toit est fixé sur du bois car la toiture montait et descendait sans arrêt ! On aurait dit qu’elle se contorsionnait en craquant de tous côtés. Et l’eau de pluie s’infiltrait comme si on avait passé le karcher sur le toit. On est restés toute la nuit à éponger l’eau, à rassurer les enfants, à se rassurer soi-même. Tous les projectiles qui volent, les gouttières qui se cassent… C’est un bruit assourdissant, comme un monstre à l’extérieur…

Tina à Marigot

Terre-de-Haut n’est plus comme avant… Le paysage a changé ! On en parlera encore longtemps..

Beaucoup de Saintois ont pris l’annonce du cyclone à la rigolade mais moi j’avais un pressentiment qu’on allait souffrir le martyre. Alors j’ai commencé à ranger nos affaires et j’ai cherché à joindre Jean-Marc qui était comme d’habitude au bord de la mer, il donnait des coups de main pour faire monter les bateaux. À son arrivée, je l’ai informé de la nouvelle trajectoire de Maria, mais peut-être pour ne pas m’alarmer, il disait qu’on ne craignait rien. Pourtant ça avait commencé à souffler sur Pompierre et ça venait directement sur nous.

David à l’Anse Rodrigue

L’épisode le plus flippant de la nuit, c’est la chute de pression. J’ai réellement cru que c’était la fin pour moi, que la mort était là.

… J’ai été très vite totalement inondé pendant le passage de Maria. J’avais de l’eau jusqu’aux genoux et je suis grand. Soit environ 70 cm d’eau. On avait mis nos affaires en hauteur là où on ne pensait pas prendre de l’eau mais ça a été pire que prévu. De l’eau absolument dans toute la maison ! Avec l’aide du propriétaire, on s’est aussi protégés en barricadant toutes les ouvertures à l’exception de la porte en bois du salon qui donne sur la terrasse côté mer. Celle-là, il l’a sans doute oubliée si bien que toute la nuit j’ai dû la tenir ! Le vent l’ouvrait tant sa force était intense. Je la bloquais en haut et en bas, je faisais des glissades dans l’eau, je tombais… j’y retournais tant bien que mal. Cette porte s’ouvre vers l’extérieur, il fallait sans cesse tenter de la caler. C’est sûr que ça m’a marqué car je ne voyais rien dans la nuit sauf les éclairs d’orages impressionnants. Je luttais contre le vent, je suis costaud mais c’était vraiment dur. Et pourtant j’ai un physique de baraqué !

Gaby à Terre-de-Bas

J’ai pu observer qu’il y avait beaucoup plus de fruits que d’habitude en juillet août. Et je me suis dit que quelque chose se préparait.

…La nature est formidable, elle produit plus de fruits car elle sait que l’arbre va mourir. Ainsi les jeunes pousses pourront renaître. Comme si l’arbre anticipait sur son avenir. Le bois pelé, par exemple, qui passe sa vie à changer de peau, a produit énormément de  fruits l’été dernier. Ce sont des sortes de petits cassis. Nous avons eu aussi des merises en quantité, des goyaves, le raisin bord de mer… Celui-là à la base est un arbre médicinal. Et il proposait de belles grappes, c’était à profusion… Il y avait en revanche peu de poissons, ils se cachaient déjà un mois avant. J’ai compris après pourquoi… Cela présageait un cyclone ! Sinon, au début, alors que le vent soufflait assez fort du nord, j’ai remarqué que les frégates étaient comme perdues, elles ne savaient plus où aller… Leur habitat c’est le Grand Îlet au sud, mais c’était trop exposé, elles ne pouvaient le rejoindre…

Remerciements

Un grand merci à Marijoé Métayer et à son mari Jean-Alain pour cet indispensable travail de résilience et de mémoire.
Merci à ceux qui ont accepté de témoigner pour l’histoire et aux photographes amateurs qui ont immortalisé les effets dévastateurs de cet impressionnant ouragan du
18 septembre 2017.
Je rappelle aux lecteurs qu’ils trouveront l’intégralité et la totalité des témoignages et des photos dans le livre Maria, les Saintois n’oublient pas, édité par Neg Mawon, en vente  aux Saintes pour la modique somme de 16 €…

Raymond Joyeux

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Un commentaire pour Maria : les Saintois n’oublient pas…

  1. Dario dit :

    Encore un livre que je dois acheter lors de mes vacances au mois de Mars prochain. Pourrait-on le trouver sur place ?

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